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VARIETE FRANCAISE  |  STUDIO

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Michel POLNAREFF - Enfin ! (2018)
Par BAKER le 8 Février 2019          Consultée 166 fois

M'enfin ! Que s'est-il passé ? Qu'est-ce qui a bien pu foirer ? Non, je ne vais pas parler du temps excessivement long pour aboutir à cet album. 28 ans, oui, c'est un peu exagéré aux entournures, mais bon, chacun a ses problèmes, et POLNA n'est d'ailleurs pas un cas unique au monde. Non, je parle plutôt du disque en lui-même : le titre est drôle et malin, la pochette l'est tout autant. Le son... beaucoup, beaucoup moins.

Enfin ! est un disque constitué de trois axes majeurs : les bons (ou plutôt bons) titres, les (très) mauvais, et le son. Un son exécrable, tant et si bien qu'on ne puisse le mettre de côté. Le mastering est brickwallé, ça on a l'habitude, mais surtout le mixage est calamiteux : effets mal gérés, instruments saturés, et surtout couches d'instrumentations totalement inintelligibles. Dès la première minute, ce qui devrait être un pur moment de plaisir symphonico-progressif devient une torture auditive, les fréquences se mélangeant de façon hideuse, tout le monde se marchant sur les pattes. Je passe souvent pour le maniaque du son, et pourtant un très mauvais mixage, je n'en parle presque jamais, il faut qu'il soit réellement abominable, et physiquement éprouvant, pour le mentionner. Ici, c'est la première chose qui vous pète à la gueule, et ça durera jusqu'au dernier grésillement (si !) du dernier fade-out.

Voilà, maintenant le tableau est situé : les bonnes chansons seront gâchées par le mixage, et les mauvaises ne seront pas sauvées. D'ailleurs, autant en parler tout de suite, de celles-là. Je ne parle pas des chansons moyennes, qui alternent le chaud et le froid, comme "Sumi" avec son spoken text pourri, ses jeux de mots désespérants, son orgue pas mal cheap, mais aussi un fond hard rock bien lourd et drivant. Ou encore le premier single, "L'homme en rouge", ici réenregistré pour se débarrasser des vilains sons de Roland D-5, et qui aurait pu donner quelque chose d'intéressant vu la pomposité assumée, hélas transformée en gloubiboulga sonore. Ou "Longtime", récréation agréable entre son intro à la David FOSTER, de belles violonnades made in 1981, et un batteur bourrin comme pas deux.

Non, je veux parler de titres vraiment très en-dessous de la plus petite attente. Single officiel, idéal d'ailleurs pour plomber définitivement les ventes, "Grandis pas" est une sirupeuse litanie pianistique sans aucun charme ni dynamique, surfant sur une vague d'émotion modèle XS qui ne méritait évidemment pas 28 ans de gestation, ni 28 mois, et à grande peine 28 heures. "Terre Happy" joue la carte de l'écologie discount, vide comme un rayon hallal dans une charcuterie du Texas, avec des synthés rappellant François FELDMAN, des effluves Irlandaises à la Kate BUSH totalement incongrus, et un bel autotune bien voyant lors d'une transpose qui a dû se tromper de bretelle d'autoroute. Et que dire de "Dans ta playlist" ? SI l'ennui était un hôtel, cette chanson serait le bagagiste. Et ce texte... "Si j'existe, c'est d'être dans ta playlist" : voyez, il y a vraiment des mauvaises langues, certains prétendent que POLNAREFF est gâteux et n'a plus une dent ; c'est faux, il en a au moins une. Contre OBISPO.

Un solide tiers de titres à fuir, quelques autres anecdotiques, un son calamiteux...et pourtant, en lui donnant une vraie chance, j'avoue éprouver une certaine tendresse envers ce disque. Probablement parce qu'au-delà de ses défauts, il laisse aussi paraître une réelle joie de composer et surtout de jouer. Les musiciens, quand on les entend, sont en effet en roue libre et toujours mis en valeur. Le disque comporte d'ailleurs pas moins de trois instrumentaux, dont deux de presque dix minutes : l'ouverture à tendance rock prog pompier (comme on aime quoi !) avec un piano expressif, un pont space rock qui va titiller le TANGERINE DREAM de la fin des 80s, une très bonne utilisation des blue notes... et le titre de cloture un peu trop long, mais où Michel se la pète Derek SHERINIAN en torturant un Korg (je parie pour le preset "Monster Lead", numéro 14 banque B !) façon prog metal. L'orchestration tonitruante, le batteur expansif, le solo de violon final, tout respire la joie de jouer.

Et puis comment être totalement méchant avec un disque qui derrière sa façade sérieuse de "retour d'un génie bla bla, car..." laisse éclater des folies qu'on ne verrait au grand jamais sur un disque de variété française en 2018 ? Regardez "Louka's Song" : a-t-il été, via Tony MacALPINE inspiré par le "Ya-Yo-Gakk" de Steve VAI ? Toujours est-il que ce titre est un beau bordel jouissif avec son shuffle piano cocktail mâtiné de hard disco, putassier au dernier degré, démodé avant même sa sortie, et donc irrésistible ! Certes, les interventions de Louka sont crispantes pour ne pas dire plus, on dirait un Vocaloïd sous cocaïne, mal mixé en plus (ah, cet album.....), mais sinon devant tant de bonne humeur, que vous faut-il de plus ? Une basse slappée ? Y'a. Des gros violons à la SUMMER / MORODER ? Y'a. Le portable de Draghixa ? Ah je peux vous le communiquer : c'est un Samsung.

Et "Positions" ? Bon, elle commence par une contrebasse brickwallée (!) et le début est peu finaud, mais voilà une chanson qui gagne en folie pure pour finir sur une seconde moitié, encore une fois instrumentale, et où le peps jazzy qui gagne le studio fait penser aux Aristochats. Là aussi, peu d'artistes de nos jours oseraient laisser leurs musiciens prendre autant les devants. Enfin que penser d' "Ophélie", qui fait partie des titres déjà connus et refaits ? Cette chanson dans cette version 2018 est un parfait résumé de l'album : on dirait ULTRA VOMIT qui reprend un refrain de DAVID & JONATHAN avec Michael ZAGER à la production (ce solo de bugle ! DE BUGLE !!!), ELMER FOOD BEAT aux textes et Mike OLDFIELD bourré aux synthés, le tout remixé sur un Amiga 500 de base avec un câble RCA défectueux. Et pourtant, cet improbable gloubiloulga en forme de Casimir-metal, avec ses choeurs d'enfants, sa batterie disco et ses tubular bells, finit par faire sourire puis rire, de bon coeur.

En fait, cet album est aussi intéressant pour ce qu'il est (notamment dans le négatif : ventes pas si fantastiques, mixage intensément foireux, appréciation très modérée des acheteurs y compris parmi les fans) que pour ce qu'il n'est pas : ni album torturé d'un génie malade, ni foutage de gueule en règle avec dix chialeries au piano façon GREGOIRE (c'est pour toi que je chiante), ni tentative de modernisation de sa musique façon wesh-gitan-elleaununivers, Enfin ! est plutôt une explosion d'ego mais qui était attendue, et même, avouons-le, souhaitée. Vos oreilles risquent de ne pas apprécier ; mais côté coeur, l'Amiral n'a pas encore chaviré. Maintenant, il faut être clair : un naufrage de 28 ans, moi, j'appelle ça une croisière.

Note finale : ça mériterait 2, ou 2,25, je mets 3 parce qu'une telle orgie instrumentale en 2018 chez une major française, ça mérite le coup de pouce. Faudrait juste acheter des actions chez Audika.

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1. Phantom
2. Sumi
3. Grandis Pas
4. Louka's Song
5. Oph Lie Flagrant Des Lits
6. Longtime
7. Positions
8. Terre Happy
9. L'homme En Rouge
10. Dans Ta Playlist ( C'est Ta Chanson )
11. Agua Caliente



             



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