Putain mais quelle crasse classe... C'est de ça qu'il s'agit avec Georges Brassens, cette rusticité rurale, ces petites chansonnettes bien écrites, nous laissant sur le cul en semant leurs mots crus, leurs réflexions amères... On a l'introductif 'Fernande', sorte de Didier Super anticipé, à la différence près du caractère insouciant de la musique. Bien sûr, il y a 'Sauf le respect que je vous dois', une fois n'est pas coutume révélatrice de la misogynie de Brassens (banale au vue de l'époque) accompagnant son personnage d'éternel célibataire, mais toujours agréable à entendre. 'La ballade des gens qui sont nés quelque part' passe déjà un palier, avec ce texte caustique soulignant l'absurdité du chauvinisme.
Mais j'ai personnellement un penchant pour les morceaux les plus mélancoliques du bonhomme, et ceci n'est encore rien face à cette magistrale enfilade de perles rejoignant pour moi le panthéon de ses meilleurs titres, au même titre que 'Chanson pour l'Auvergnat', 'Les amoureux des bancs publics', et l'exceptionnelle 'La non-demande en mariage'. 'La princesse et le croque-note' sème au fil d'une musique inspirée et mélancolique un texte sulfureux mais beau. 'Les passantes' dispose d'un texte très beau et, une fois n'est pas coutume (une fois n'est pas coutume sans ironie) plutôt bienveillant envers la gente féminine.
Et puis, on passe encore un cap, il y a 'Mourir pour des idées', dévastatrice de verve musicale, intellectuelle et littéraire. Pourquoi chercher à en dire plus ? Un coup de génie. 'Stances à un cambrioleur'. Une suite d'accord oscillant constamment entre inquiétude sombre et mélancolie affligeante, une contrebasse sourde, la voix grave, profonde et chantante du poète. Le texte est sublime, fin, loquace, mélangeant ironie bienveillante, mélancolie amère et critique sociale acerbe. Magistral. Que dire d'autre ?