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Sheila
Love
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le 21 Novembre 2021 par MARTIN LA BOTTE


♫ "Toutes les femmes, tous les hommes, sont faits de la même eau et du même sel
Et leurs âmes s'abandonnent aux rayons de lumière d'un même soleil"♫

C'est-y pas beau, ça ? Et si ça avait été chanté par quelqu'un d'autre que Sheila il y a pile 50 ans, on aurait alors loué les valeurs humanistes et poétiques d'un Ferrat ou d'un Nougaro, par exemple, qui auraient très bien pu pondre de telles paroles et on apprendrait encore aujourd'hui la chanson dans les écoles.

Pour les non-initiés, ces 2 lignes sont extraites de "Blancs jaunes rouges noirs" et servent de pont entre refrain et couplet. Et on tient là un des 3 extraits de cet album "Love" qui ont bénéficié d'une mise en avant en single (ou plutôt un des 4 titres, j'y reviendrai.).

Le premier, sorti 9 mois avant le L.P, est devenu inchroniquable, tant il est emblématique du répertoire de Sheila comme "Que je t'aime" l'est de celui de Johnny, le "Connemara" de celui de Sardou ou "Born to be alive" de celui de Patrick Hernandez. Mais, dans ce dernier cas, je viens de citer l'intégralité du répertoire à tubes du sieur Hernandez. Donc, je ne m'attarde pas davantage sur "Les Rois mages" (je suppose que vous connaissez ?), hymne "sheilien" s'il en est, aussi apprécié par les uns qu'abhorré par les autres. On peut quand même rappeler que, sur le plan historique, c'est LE morceau qui a relancé Sheila dont les ventes ronronnaient honorablement depuis bientôt 3 ans, pour une seconde décennie de fructueuse gloire.

2ème extrait donc, ce "Blancs jaunes rouges noirs", sorti en single 3 mois auparavant et ayant connu un succès forcément moindre mais non négligeable pour autant. Avec ce titre, beaucoup moins léger que "Melchior and co" bien que restant très dansant avec ses accents jerk, plus écrit et surtout plus militant (une chanson à faire écouter à certains candidats aux prochaines présidentielles), Sheila fait mouche une fois de plus et surprend. J'aime vraiment beaucoup et cela, dès l'intro quand le timbre murmurant de la chanteuse, sensuel, surgit délicatement, sans paroles, comme une chatte tapie dans les herbes avant de plonger sur sa proie.

3ème et dernier extrait, mon préféré, sorti en même temps que l'album. Et comme je le disais plus haut, il ne s'agit pas de 3 mais de 4 titres qui ont fait l'objet d'une mise en avant car pour ce dernier simple, on sent que Carrère a eu énormément de mal à se décider sur la chanson qui s'imposerait dans les hits parades et serait un bon argument de vente pour le 33-tours. Du coup, à l'hiver 71/72, on a pu voir Sheila défendre 2 titres dans 2 genres diamétralement opposés. D'abord "J'adore", duo loufoque avec un Aldo Maccionne cabotinant comme jamais et une Sheila qui joue les poules de luxe frivoles et sentimentales. Au nombre de prestations télé et surtout à sa seule présence dans les charts, Carrère semble avoir davantage misé sur cette agréable badinerie, clairement hommage aux grandes comédies de l'âge d'or hollywoodien.
Mais je préfère tellement la face B, "Trinidad", qui reste pour moi la pièce maîtresse de l'album, cosignée par Henri Salvador, aux accent blues sur les couplets et gospel sur les refrains, aux choeurs soul et à la sensualité totalement inédite pour la chanteuse. ♫ Des pensées folles nous envahissent et nous rapprochent dans la nuit, on oublie le froid hivernal...♫ Si ça, ça ne donne pas envie de réserver immédiatement son billet pour Trinidad, même en période de Covid ! Et c'est aussi bon en audio qu'en vidéo, une des plus chouettes chorés de Sheila très sexy en chemisier ultra court avec, pour dernier bouton, une énorme fleur au-dessus du nombril à l'air avec pantalon moulant taille basse et pattes d'éph' (non, Vanessa n'avait rien inventé). Immense regret que Carrère ait hésité et n'ait pas perçu à quel point ce "Trinidad" avait tout le potentiel d'un nouvel incontournable pour sa pouliche et pouvait accélérer sa mutation musicale dont les prémices ne se manifesteront réellement que 4 ans plus tard.

Le reste de l'album est tout à fait plaisant en dehors de cette reprise bouche-trou en allemand d'un morceau de 1967. "Love", cover aussi légère que sympa, bouge mieux que l'originale. Avec "Fragile", Vline Buggy offre un de ses premiers textes graves à Sheila qui chante avec sensibilité la conscience de la souffrance de l'autre. "Votre enfant" est une jolie mélodie qui aurait pu être proposée à Mireille Mathieu, très bien écrite et orchestrée, qui parlera à tous ceux qui ont eu du mal à quitter leurs parents ou à voir partir leur progéniture. Une chanson qui m'a toujours beaucoup touché. Moins client des 3 derniers titres, même si aucun ne me fait fuir, loin de là. "Le Carrosse", hors du temps, élégant et printanier, "Une femme" à la thématique sentimentale récurrente et pas très féministe de celle qui ne peut s'épanouir qu'aux côtés d'un homme et "Vive la terre", 2ème cover des "Middle Of The Road" après "Les Rois mages" où la chanteuse nous conseillait déjà (furtivement) de protéger notre jolie planète.

Un très bel album pour l'artiste, considéré et annoncé comme "premier" parce qu'exceptionnellement, on pouvait y retrouver des chansons inédites en dehors de celles sorties simultanément en single. Bel album aussi de par son iconographie généreuse, séduisante et fraîche, qui ferait taire n'importe quel connard qui prendrait plaisir à colporter des ragots abjects sur la féminité de Sheila.

Seule petite différence de point de vue avec notre Marco, dont j'ai pourtant trouvé une fois de plus la critique excellentissime, ce n'est pas l'album que je recommanderais prioritairement à quelqu'un qui tenterait de se familiariser avec l'oeuvre de Sheila. Même si ce "Love" sucré ressemble, plus qu'aucun autre, à la carrière de la chanteuse qui a si souvent changé de style par la suite, il me semble que l'assez évidente absence d'homogénéité de l'opus pourrait dérouter certains curieux armés pourtant des meilleures intentions. Car quel point commun entre "Les Rois mages", "J'adore", "Trinidad", "Votre enfant" et "Le Carrosse" ? En dehors de la voix claire de Sheila, je n'en vois guère. Pour commencer, et selon ses goûts, j'orienterais davantage le volontaire sur des albums plus artistiquement cohérents comme "L'Amour qui brûle en moi" ou "On dit" et quand on commence à vraiment apprécier du "Sheila" dans un genre précis, on devient plus ouvert sur les facettes les plus improbables de son univers musical extrêmement évolutif et diversifié. ;)













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