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VANGELIS - La Fête Sauvage (1976)
Par AIGLE BLANC le 5 Avril 2017          Consultée 181 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Le documentaire de Frédéric Rossif a bénéficié en 1976 d'une sortie nationale dans les salles de cinéma, une forme d'événement à une époque où les documentaires animaliers étaient avant tout destinés au petit écran de télévision (et ils étaient vraiment petits alors comparés à ceux d'aujourd'hui).
Le long-métrage de F. Rossif, par les moyens conséquents mis en oeuvre et par ses choix de prises de vue, constitue une petite révolution dans l'art de filmer le spectacle de la nature, un peu comme Le monde du silence de Louis Malle et de Jean-Yves Cousteau qui avait eu l'honneur d'offrir les premières images sous-marines vues sur un écran de cinéma.
La fête sauvage se veut le témoignage unique d'un monde qui préexiste à l'homme. Il s'agit pour le cinéaste de l'observer avec un regard lucide et sans anthropomorphisme*, une façon de s'inscrire contre la vision édulcorée et abâtardie qu'en propose Walt Disney dans ses dessins animés comme dans ses documentaires. A cet égard, le film porte admirablement son titre : c'est bien à la célébration du monde sauvage qu'il nous convie, une célébration sans concession et sans manichéisme qui n'élude en rien la sauvagerie de ce monde impitoyable.

Le choix du cinéaste se portant sur VANGELIS pour en signer la musique peut surprendre dans la mesure où ce dernier est connu pour déployer avec ses claviers électroniques un monde de poésie et de douceur très éloigné de cette "sauvagerie" que le film est censé célébrer. C'est la rencontre entre les deux artistes, depuis la série télévisée L'apocalypse des animaux, qui explique ce choix paradoxal. Leur collaboration est devenue légendaire, comme celle de Sergio Leone et d'Ennio MORRICONE ou celle de Federico Fellini et de Nino ROTA. VANGELIS a signé aussi les musiques de la série télévisée L'opéra sauvage (1975-1980) et du documentaire Sauvage et beau, lui-même sorti dans les salles de cinéma en 1984.

De toutes les BO officielles de VANGELIS, La fête sauvage est probablement la moins connue, voire la plus dépréciée. Il n'est qu'à parcourir les innombrables compilations et autres Best Of pour constater combien elle brille par son absence, au bénéfice bien entendu des célébrissimes Opéra Sauvage, Chariots de Feu, Blade Runner et 1492.
A l'écoute du disque, force est d'admettre la relative légitimité de cet oubli récurrent. En effet, au sein de l'expérience du film, cette musique s'impose par sa capacité à se fondre dans les images sublimes de Frédéric Rossif. Mais, sans l'appui de ces dernières, elle perd une grande partie de sa poésie voire quelquefois de son intérêt.

L'énorme point noir de l'album réside principalement dans la piste 1 (18min, soit l'ancienne face A du vinyle), gangrenée par l'adjonction de sources musicales extérieures. Il est naturel, me rétorquerez-vous, d'entendre des chants et des percussions africains dans un film qui honore l'état sauvage primitif. Mais alors, pourquoi avoir sélectionné un chant africain aussi banal dont le rendu documentaire évoque la captation d'un chant local ? L'amateur de chants ethnologiques y trouvera son compte, pas l'amateur de BO, et encore moins le fan de VANGELIS.
Les percussions africaines, cette fois noyées dans un montage sonore qui mêle des cris d'oiseaux et des grognements de buffles ou d'hippopotames, se prolongent dans une autre plage du disque tandis qu'en arrière-plan VANGELIS improvise en déployant sans imagination une nappe de synthé stéréotypée.

En définitive, les seuls moments un tant soit peu intéressants de cette partie sont à chercher dans deux thèmes dont le premier sert de générique d'ouverture au film et le second met à l'honneur une flûte apaisée. Et encore, ces deux compositions ne doivent leur intérêt qu'à leur incongruité dans la discographie de VANGELIS.
Le générique d'ouverture propose un thème saisissant par son rythme pulsé qui traduit avec force une ambiance de safari dans la savane. C'est d'autant plus étonnant que cette ambiance est rendue principalement par les claviers électroniques que soutiennent des percussions africaines bien intégrées au tissu musical. Je ne connais aucun autre titre de VANGELIS qui sonne comme celui-ci. Pour une oreille néophyte, il n'est pas évident de reconnaître l'empreinte du synthétiste grec. Cela démontre sa capacité à se laisser entraîner par le pouvoir évocateur des images. Il compose souvent ses BO en suivant le film muet sur un écran face à lui.
L'autre thème surprenant du disque est cette pièce apaisante que caresse une flûte solitaire et qui traduit la fin de la journée, quand tous les mammifères diurnes vont se désaltérer dans l'étang avant de disparaître dans la savane sous le rideau du sommeil. La composition anticipe les ambiances New Age. Si elle ne marque pas les esprits, en revanche, la torpeur qu'elle suscite s'harmonise parfaitement avec la séquence du film qu'elle accompagne. Là encore, VANGELIS sort de son terrain d'élection au point que sa musique en est méconnaissable. Il n'explorera jamais plus un territoire aussi dépouillé.

En définitive, le meilleur de La fête sauvage est dévolu à son thème principal, relégué dans la piste 2 (l'ancienne face B du vinyle) et qui accompagne les scènes d'amour entre les animaux, si beau et si lyrique qu'il ne dépareillerait pas intégré à la sublime BO de L'Apocalypse des Animaux (le chef-d'oeuvre de VANGELIS). Le compositeur y déploie son sens inné de la mélodie en captant une tendresse et une poésie bouleversantes.
Le problème, c'est que ce thème si délicat occupe la quasi totalité de la piste 2 (20 min), soit que VANGELIS le reprenne comme un refrain lancinant en variant légèrement ses arrangements, la plus belle occurrence demeurant ce passage sublime décuplé par la voix de Vana Verouti, chanteuse grecque dont les vocalises avaient enchanté l'un des meilleurs moments d'Heaven & Hell, (on pense alors à la fusion exceptionnelle entre la musique d'Ennio MORRICONE et la voix d'Edda Dell'Orso) ; soit qu'il étire le thème en lui adjoignant plusieurs développements digressifs plutôt jolis quoiqu'assez vains.
Le constat reste donc un peu décevant : VANGELIS échoue dans son ambition de conférer à son beau thème une ampleur symphonique. Au fil du temps écoulé, la beauté et l'émotion s'émoussent quelque peu. Certaines mauvaises langues pourraient reprocher à ce thème sa mièvrerie.

La Fête Sauvage n'atteint pas la grâce séminale de L'Apocalypse des Animaux à cause d'un sentiment d'inachèvement.

Note réelle : 2.5/5

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   AIGLE BLANC

 
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- Vangelis (tous les instruments)
- Vana Verouti (vocalises)


1. La Fête Sauvage, Part 1
2. La Fête Sauvage, Part 2



             



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