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Nina SIMONE - Little Girl Blue (1957)
Par AIGLE BLANC le 12 Juin 2017          Consultée 228 fois

Quand paraît en 1958, chez les disquaires, Little Girl Blue, Eunice Kathleen Waymon est encore une illustre inconnue. Pourtant, à 25 ans, elle transporte déjà avec elle un solide bagage musical et une ambition clairement affichée.
En effet, depuis l'âge de 3 ans, elle révèle au piano et au chant de précoces dispositions musicales mises à profit dans l'église locale que fréquentent régulièrement ses parents protestants et où, dès 12 ans, en 1945, elle est amenée à donner un récital de musique classique, sa grande passion.
Mais Eunice est née sous le joug de deux handicaps majeurs : elle est une femme et, qui plus est, une femme noire. Lors de son récital à l'église, elle refuse de jouer quand on oblige ses parents, installés au premier rang, à laisser leur place à l'auditoire blanc et à aller s’asseoir dans l'arrière salle. Elle finit par obtenir gain de cause, mais le traumatisme causé par cet incident porte en germe sa future implication dans la lutte pour les droits civiques des noirs dans l'Amérique de l'Apartheid.

Son talent est déjà tellement évident qu'il est remarqué par la patronne de sa mère, Mrs Miller, qui s'arrange pour lui permettre d'accéder à une formation musicale. C'est ainsi que l'adolescente est chapeautée par Miss Mazzy ("ma mère blanche" comme la surnomme Eunice) qui lui enseigne les secrets du piano pendant 6 ans, à raison de 3 heures de pratique quotidienne.
Portée par son ambition de devenir la première concertiste noire des USA, elle intègre comme pensionnaire le lycée Allen qui n'accueille que des enfants noirs précoces et en sort major de sa promotion en 1950.
Son ascension fulgurante reçoit un arrêt cinglant le jour où elle échoue à l'examen d'entrer au prestigieux institut Curtis de Philadelphie, échec qui met fin à son ambition d'intégrer le cercle fermé des concertistes.
Après avoir accompagné au piano un professeur de chant, elle décide de s'installer à son compte en lui empruntant une partie de ses élèves et se met à écumer le Midtown bar à Atlantic city afin de continuer à financer ses leçons privées. C'est à cette époque (1954-1959) qu'elle se choisit le pseudonyme Nina SIMONE, "nina" désignant une "petite fille " en espagnol et "Simone" étant le prénom de l'actrice française Simone Signoret qu'elle avait admirée dans le film Casque d'or de Jean Becker.

Tout en gagnant l'indépendance qui reste le point d'orgue de sa personnalité farouche, Nina SIMONE chaque soir au Midtown bar peaufine ce qui devient son style musical, aux confluents de la musique classique, du jazz, du Folk et du blues. C'est ainsi qu'elle est remarquée par le patron du label Bethleem qui la signe pour l'album Little Girl Blue. Le patron a compris que Nina SIMONE n'est pas une artiste que l'on peut dompter facilement, aussi lui laisse-t-il une liberté totale quant au choix des chansons alimentant son premier opus.
D'ordinaire, le genre d'album auquel appartient Little Girl Blue ne contient que des reprises. On ne peut les évaluer par conséquent que sous l'angle de la prestation vocale et de l'accompagnement musical. Or, Nina SIMONE dispose d’atouts non négligeables dans ce domaine, et pas uniquement sur le plan vocal. Si elle reprend des titres de Duke ELLINGTON ("Mood Indigo"), de George GERSHWING ("I loves you Porgy" tiré de l'opéra Porgy & Bess) et de Count BASIE ("Good Bait"), sa contribution dépasse le cadre dévolu au chant. C'est elle en effet qui signe tous les arrangements et qui s'accompagne au piano sur tous les titres. Ce qui la différencie par exemple d'une artiste de la trempe de Billie HOLIDAY, simple interprète. Et sur le dernier titre de l'album, l'instrumental "Central Park Blues", elle révèle un réel talent de compositrice.

Little Girl Blue reste à ce jour une très belle entrée en matière dans la riche discographie de Nina SIMONE. Elle y exprime déjà les diverses facettes d'un talent protéiforme en variant agréablement les humeurs et les rythmes. Elle livre avec assurance des titres chaloupés et printaniers comme "Mood Indigo" et "Love Me Or Leave Me" destinés à devenir les standards de ses futurs concerts, auxquels on peut adjoindre l'excellent instrumental "Central Park Blues" qu'elle a intégralement composé au piano et qui, du haut de ses presque 7 minutes, propose une ballade enjouée et énergique, autant que rêveuse, dans Central Park. Elle y accomplit une prouesse pianistique grâce à un toucher ferme et autoritaire qui nous donne à sentir à chaque frappe de touche les pas du promeneur heureux. La batterie de Albert Heat justement appuie chacun des pas tandis que l'excellente basse de Jimmy Bond, au rythme soutenu immuable, offre une assise solide au piano qui peut dès lors digresser au fil de ses rêveries et découvertes champêtres.
Nina SIMONE a été de son vivant diagnostiquée bi-polaire, ce qui explique aussi sa prédilection pour les titres d'humeur mélancolique, voire dépressive. C'est ainsi qu'elle nous plonge à plusieurs reprises dans des ambiances jazzy d'où le Blues n'est jamais absent. A ce titre, dans le lent et profond "Don't Smoke in Bed", sorte de complainte pianistique nocturne, la chanteuse livre une belle performance vocale en allongeant systématiquement les syllabes, ce qui nécessite, on s'en doute, un sens consommé de la respiration. Alors que le titre éponyme, très belle ballade au demeurant, dévoile un chant nostalgique et un piano soyeux aux sonorités feutrées.
Son amour pour la musique classique s'exprime abondamment dans "Good Bait", "You'll Never Walk Alone" et dans le futur standard "My Baby Just Cares For Me" qu'avait interprété auparavant Billie HOLIDAY et qu'elle reprend avec une autorité indéniable. Elle excelle même dans le superbe et groovy "Love Me Or Leave Me" et son piano sautillant riche et très en verve.

Il manque cependant à cet album inaugural ce petit quelque chose qui fait la différence : un peu plus de risque par ci par là, un laisser-aller qui dépasserait l'impression d'un effort un poil trop appliqué et scolaire. Mais pour un premier opus, c'est indéniablement une réussite.

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   AIGLE BLANC

 
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- Nina Simone (piano, chant, arrangements)
- Jimmy Bond (basse)
- Albert 'tootie' Heat (batteries)


1. Mood Indigo
2. Don't Smoke In Bed
3. He Needs Me
4. Little Girl Blue
5. Love Me Or Leave Me
6. My Baby Just Cares For Me
7. Good Bait
8. Plain Gold Ring
9. You'll Never Walk Alone
10. I Loves You Porgy
11. Central Park Blues



             



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