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G THOROGOOD AND THE DESTROYERS - Move It On Over (1978)
Par LE KINGBEE le 27 Septembre 2017          Consultée 785 fois

Nous sommes en 1978, l’année précédente George THOROGOOD, bluesman blanc venu de nulle part, a enregistré son premier disque, une galette qui s’est transformée en disque d’or. Pas mal pour un premier coup d’essai. Rounder Records décide de renvoyer son artiste en studio. Contrairement à de nombreuses maisons de disques qui battent le fer pendant qu’il est chaud, sous entendu pour ramasser un max de pognon, Rounder est indépendant tant au niveau de son catalogue que de son budget. Le label n’hésite pas à enregistrer des albums de Folk, de Bluegrass ou de Country Old Time ni à lancer des artistes méconnus voir inconnus dans un souci de découverte et d’enrichissement culturel. Le label et le guitariste n’ont strictement aucune pression, de toute façon le père George n’est pas du genre à se prendre la tête, il a attendu longtemps pour graver son premier bébé et se montrerai presque philosophe. Enfin quand on parle de sérénité, le gars n’a en fait qu’une envie, vivre de sa musique et en découdre avec un registre peu en vogue. En 1978, rares sont les bluesmen blancs à s’imposer sur la scène internationale.

Pour ce second disque, THOROGOOD est venu les mains vides, sans une seule composition. Le bonhomme tient à rendre hommage à certains bluesmen qui l’ont inspiré. Rounder Record n’est pas opposé au principe et laisse la bride bien souple à son nouveau poulain. Histoire d’avoir les coudées franches, le guitariste décide de produire lui-même le disque. Ce n’est pas bien sorcier, il est secondé par le batteur Jeff Simon, un pote de longue date, le bassiste Bill Blough et un nouveau venu avec Uncle Meat Pennington un joueur de tambourin et de maracas en remplacement du guitariste Ron Smith. Ce changement n’est pas anodin, George apprécie le son trio power blues, la présence d’une seule guitare est destinée à rendre le répertoire encore plus abrupt, comme si le trio était sur scène dans une gargote, là ou les trois compères se sentent dans leur élément. Comme par magie, le Dimension Sound Studio, le studio du label basé à Boston, va se transformer en bouge, le genre d’endroit où on hésite à deux fois avant de franchir la porte. C’est pratiquement dans des conditions de Live que le groupe se met en place. Ici pas d’overdub ou de traficotages , du rentre dedans direct, pas de temps à perdre. La session se déroule comme un bout de papier millimétré, c’est d’autant plus facile que nos trois musico ont rôdé les dix titres depuis des lustres, la cohésion est quasi instantanée et naturelle.

Premier tour de piste avec « Move It On Over », l’un des premiers succès d’Hank Williams gravé en 1947 pour la MGM. Le grand Hank était parvenu à faire monter son titre à la 4ème place des charts Country et celui-ci sera naturellement repris par moult groupes péquenots (Cowboy Copas, Maddox Brothers, le duo Johnnie & Jack). Au milieu des sixties, Ray Charles reprenait la chanson à la sauce Soul, l’un de ses péchés-mignons. George THOROGOOD revisite totalement le titre, transformant un proto de hillbilly post war en un boogie blues aussi gras que fiévreux. Appuyé par une rythmique efficace, le gars nous assène une démonstration de guitare avec slide et picking gorgé de rockin’. Recette quasiment identique avec « Cocaïne Blues », un vieux western swing de T.J. « Red » Arnall lui-même inspiré du bluesgrass « Little Sadie » de Clarence Ashley. Si Roy Hogsed en avait fait un hit mineur en 1947 pour le label californien Coast Records, c’est souvent les versions de Johnny Cash qui ont marqué durablement les esprits, voire celle de Joakin Phoenix dans le biopic « Walk The Line ». Contrairement à la version de Roy Hogsed incorporant un accordéon, celle du père George prend une coloration hillbilly boogie du meilleur crû. Les riffs énergiques de gratte servent de contrepoids humoristiques aux paroles, la chanson racontant les déboires d’un bonhomme qui sous l’emprise de l’alcool et de la coke tira à plusieurs reprises sur sa bien-aimée.

Hommage à Bo Diddley avec « Who Do You Love » avec une interprétation plus abrupte dans laquelle la Gibson fait des ravages. Une version qui n’a aucun mal à faire oublier celles antérieures des Woolies, groupe Rock du Michigan, ou des Preachers combo californien. En fait s’il fallait dresser une liste des meilleures versions, l’originale de Bo Diddley, celles des Doors et du Quicksilver Messenger Service viendraient côtoyer celle de Thorogood. Le regretté Chuck Berry, référence déclarée de Thorogood, figure parmi les clins d’œil avec « It Wasn’t Me » posé ici sur un rythme plus vigoureux et convulsif. Constat encore plus flagrant avec « So Much Trouble » tiré d’un single Savoy de Brownie McGhee, célèbre partenaire de l’harmoniciste Sonny Terry, peut être le plus grand duo de l’histoire du Blues. Le trio transforme ce blues des Appalaches en un boogie blues hautement dynamique.

Mais les Destroyers peuvent adoucir la sauce quand le besoin s’en fait sentir. « The Sky Is Crying », le classique d’Elmore James gorgé de feeling, avec une slide apportant une intensité dramatique permet de faire reposer les soupapes. Autre moment de douceur avec le velouté « I’m Just Your Good Thing », un somptueux slow blues louisianais de Slim Harpo dans lequel Thorogood se montre presque trop respectueux. Autre petite pépite avec « The Same Thing », œuvre de Willie Dixon pour Muddy Waters, dans laquelle le guitariste accélère le tempo avec de petits coups de slide typiques de Hound Dog Taylor. Si cet inusité a connu des versions rébarbatives (Grateful Dead, Bob Margolin), le trio réussit encore à retenir l’attention. La slide, composante importante dans le phrasé du guitariste, tient le premier rôle sur « Baby Please Set A Date », titre gravé par Homesick James pour le label Colt mais œuvre probable de Memphis Minnie avec à la clef un rythme moins pantouflard. Dernier coup de semonce avec un second clin d’œil à Elmore James, « New Hawaiian Boogie » mis en boite pour le label Flair est délivré dans une version quasi instrumentale proche de la version d’Hound Dog Taylor. Un vibrant hommage aux guitaristes hawaïens jouant à plat.

Ce second disque uniquement composé de reprises reste dans la lignée du premier : un répertoire cohérent, un trio power blues efficace et complice dans lequel la Gibson en fingerpicking ou en slide se montre souvent dévastatrice, et un chant rauque non travaillé. En fait, George Thorogood ne changera guère de cap pendant près de 40 ans de carrière restant fidèle à une ligne de conduite carrée et authentique. Un disque qui confirme le premier opus.

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   LE KINGBEE

 
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- George Thorogood (chant, guitare)
- Jeff Simon (batterie)
- Billy Blough (basse)
- Uncle Meat Pennington (tambourin, maracas)


1. Move It On Over.
2. Who Do You Love.
3. The Sky Is Crying.
4. Cocaïne Blues.
5. It Wasn't Me.
6. That Same Thing.
7. So Much Trouble. I'm Just Your Good Thing.
8. Baby Please Set A Date.
9. New Hawaiian Boogie.



             



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