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1988 Vivid
2017 Shade
 

1990 Time's Up
1993 Stain

LIVING COLOUR - Vivid (1988)
Par JASPER LEE POP le 4 Janvier 2018          Consultée 443 fois

C'est totalement fortuit, mais ça n'en est pas moins ironique. Sur mon étagère, à quelques centimètres à droite de mes CDs de LIVING COLOUR, se trouve un CD du groupe MOTHER'S FINEST. Son titre ? Black Radio Won't Play This Record parce que le combo, à cette époque en 1992 intégralement constitué de musiciens noirs, joue un rock à guitares abrasives sévèrement burné (du metal même sur cet album pas mauvais du tout) qui n'est pas censé correspondre au goût de la communauté afro-américaine (monolithique, c'est bien connu). Le problème, c'est que l'album n'est pas davantage passé sur les radios blanches. C'est la double peine, les stéréotypes ont la vie tout aussi dure du côté des Caucasiens comme on dit aux States et les MOTHER'S FINEST, tant qu'on parle d'eux, s'en amusaient dès 1976 sur leur album éponyme avec la chanson « Niggiz Can't Sing Rock'n'roll ».

En 1988, LIVING COLOUR parvenait, une fois n'est pas coutume, à faire exploser tous ces carcans en réalisant l'exploit d'écouler 2 millions d'exemplaires de Vivid. Quand sort ce premier album, les musiciens du groupe ne sont pas des perdreaux de l'année. Le guitariste Vernon REID a d'abord fait ses armes au sein du collectif DEFUNKT puis dans la marmite jazz fusion de la DECODING SOCIETY du batteur Ronald SHANNON JACKSON. Ces éléments (et la théorie Harmolodic chère à Ornette COLEMAN) vont infuser dans son jeu et seront naturellement présents dans LIVING COLOUR qu'il fonde dès 1984 sous différentes configurations. La formation se stabilise en 1986 autour du line-up qui nous intéresse et joue très régulièrement au CBGB's, la Mecque du punk-rock de New York. À la même époque, Reid décroche quelques cessions sur le second album solo de Mick JAGGER, Primitive Cool. Le courant passe bien entre les deux hommes et le bouche à oreille est tel que le chanteur des STONES va voir LIVING COLOUR jouer au CBGB's. Conquis, il suspend ni une ni deux l'enregistrement de son album une semaine pour produire une démo de Reid et ses copains. Le coup de pouce fait naturellement son effet et le groupe signe chez Epic et entre en studio avec Ed Stasium, l'ingé-son de Primitive Cool*.

Encadré par des extraits de discours de Malcolm X et de JFK, le morceau « Cult of Personality » essuie les plâtres de bien belle manière avec un riff d'acier trempé qui va vite trouver sa place dans les classements du type « Les 100 meilleurs riffs du rock ». C'est du metal (Led Zep sous acide?) mais joué par des musiciens virtuoses provenant d'autres univers et c'est encore plus flagrant sur le solo (enregistré en une prise) qui laisse transparaître le parcours jazz-rock de Reid et qui continue de diviser, on aime ou on déteste. Rajoutez à ça un texte dénonçant les dangers de l'idolâtrie qui met malicieusement sur le même plan Staline et Kennedy, Mussolini et Gandhi, et vous obtenez un grand morceau qui passera en heavy rotation sur MTV et fera décoller les ventes. Pas de doutes possibles, une nouvelle voix singulière dans le rock est née (et je passe sur le look de Corey Glover avec son short cycliste fluo).

Si les autres singles ne font pas le même carton, « Cult of Personality » ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. Il y a du lourd derrière avec « Desperate People » et sa cavalcade débridée d'une minute introduisant par contraste un riff plombé de premier ordre. Le ciselé « Open Letter (to a Landlord) » est assurément un moment fort de l'album servi par un texte brillant dénonçant les méfaits de la gentrification. Quant à « Funny Vibe » et son patchwork funk/metal/rap (avec un featuring de Chuck D et Flavor Flav de PUBLIC ENEMY), à « Broken Hearts » et sa pincée de soul (et son solo de basse délicieux), à « Glamour Boys » et sa touche caribéenne, à « What's Your Favorite Colour » et ses cocottes funky, ils valent à LIVING COLOUR d'être classé dans le genre fusion, case fourre-tout dans laquelle on range un peu trop rapidement les artistes qui traversent avec bonheur les genres en dehors des clous. La reprise de « Memories Can't Wait » des TALKING HEADS est tout ce qu'une cover devrait être, soit une relecture et une réappropriation totale.

L'album se termine en beauté avec « Which Way to America? » qui résume parfaitement l'entreprise. On y entend un groupe techniquement au-dessus de la concurrence et qui joue au service de la chanson une musique protéiforme alliant puissance et groove, le tout agrémenté d'un texte qui interroge sur la place de la communauté noire dans la société américaine comme le fera sur les écrans Spike Lee dans Do The Right Thing un an plus tard. Où en est-on aujourd'hui quant à la place des musiciens noirs dans le rock à guitare ? Pour le savoir, on peut demander l'avis de la Black Rock Coalition fondée par Vernon Reid en 1985 pour lutter contre les cloisonnements raciaux au sein des genres musicaux. En attendant, une chose est sûre : tant musicalement que symboliquement, Vivid est un album de référence.

* Et histoire de planter des graines, devinez qui jouait de la basse sur certains morceaux de l'album de Jagger ? Doug Wimbish qui accompagnait alors Jeff Beck.

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   JASPER LEE POP

 
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- Corey Glover (chant)
- Vernon Reid (guitare, chœurs)
- Muzz Skillings (basse, chœurs)
- Will Calhoun (batterie, chœurs)
- +
- La Famille Fowler (chœurs)
- Mick Jagger (chœurs, harmonica)
- Chuck D (commentaire)
- Flavor Flav (commentaire)


1. Cult Of Personality
2. I Want To Know
3. Middle Man
4. Desperate People
5. Open Letter (to A Landlord)
6. Funny Vibe
7. Memories Can't Wait
8. Broken Hearts
9. Glamour Boys
10. What's Your Favorite Color? (theme Song)
11. Which Way To America?



             



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