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Margaret SINGANA - Lady Africa (1996)
Par LE KINGBEE le 6 Juin 2018          Consultée 217 fois

Si les compilations sont décriées et souvent composées en dépit du bon sens, celle-ci vaut le détour, d’autant plus que les disques de Margaret SINGANA demeurent aujourd’hui difficilement disponibles. Gallo Records nous propose ici un excellent ouvrage de 20 titres écrémant au mieux la carrière de la chanteuse.

Margaret SINGANA naît en 1938 dans un kraal, habitation traditionnelle zoulou en rondeur faisant office d’enclos pour le bétail et de hutte pour l’homme. Originaire de Queenstown, au Sud dans la province de l’Eastern Cape, elle rejoint, adolescente, Johannesburg au nord pour travailler comme domestique dans une riche famille de blancs. Margaret, qui a pris l’habitude de chanter lorsqu’elle astique le parquet de la demeure, fait la vaisselle ou s’occupe de la cuisine, attire l’attention de ses patrons par la qualité de son chant. En plein apartheid, ce couple de gentils patrons mélomanes enregistre leur bonne et envoie des démos à diverses boîtes de production. Une démo atterrit en 1964 dans les bureaux des concepteurs de « Sponono », une comédie musicale écrite par Alan Paton, un auteur blanc activiste anti-apartheid. Margaret intègre aussitôt la troupe de choristes. Elle va végéter pendant six ans entre ses taches ménagères et diverses petites apparitions. En 1970, elle intègre The Symbols, un modeste groupe local. Deux ans plus tard, la formation décroche une seconde place dans les classements avec « God Feelings ». Il faudra attendre 1973 pour que le nom de la chanteuse soit enfin reconnu grâce « Ipi Tombi », une comédie musicale qui connait un énorme succès en Afrique du Sud mais aussi au Canada, en Australie, à Broadway jusqu’en Europe (pas chez nous). Durant les années 70, Margaret enregistre sept disques mais les lois apartheid ne lui permettent pas d’accéder à un statut de vedette internationale. Margaret Singana est la première chanteuse non blanche à remporter le trophée de meilleure chanteuse auprès de Radio 5, (l’équivalent à l’époque des Grammy Awards ou de notre future Victoire de la musique) avec « I Never Loved A Man ».

A contrario de Miriam MAKEBA, Letta Mbulu ou du jazzman Hugh Masekela, Margaret refuse de s’exiler, préférant chanter sur ses terres et lutter contre l’Apartheid. Auteure de sept albums durant les seventies, elle retombe vite dans l’oubli. La chanteuse fait un come-back en 1987 avec « We Are Growing », titre servant de bande son à la série télé « Shaka Zulu » diffusée dans le monde entier. Seuls deux de ses albums sont édités par des firmes internationales (« Where Is My Love » et l’excellent « Tribal Fence ») via Casablanca. Même chose pour les singles avec « God Feeling »/ « Gimme Your Love » édité par Philips en 1973 et « Have You Ever Seen The Rain »/ Why Did You Do It » diffusé par la Warner en 1977. On apprend par voie de presse que la chanteuse décédée en 2000 à 63 ans, suite à de graves problèmes santé ; elle a passé les deux dernières années de sa vie clouée dans un fauteuil roulant et dans le dénuement le plus total. Preuve que l’injustice et le vol sont aussi présents dans l’industrie du disque que dans notre vie de tous les jours.

Si Miriam MAKEBA avait hérité du surnom « Mama Africa », Margaret est baptisée « Lady Africa », sobriquet donnant logiquement le nom à cette compil. Le compilateur écrème au mieux la carrière de la chanteuse, piochant allègrement dans huit disques tout en privilégiant « Love Is The Power », « Stand By Your Man », l’excellent « Tribal Fence » et « Hamba Bekile », les quatre disques offrant les plus grosses parts du gâteau.
Cet éventail propose huit compositions de Patric Van Blerk, songwriter et producteur attitré du label Jo’Burg Records et grand complice de la chanteuse. Ces différentes pistes oscillent entre Pop, Disco, Deep Soul avec plus ou moins de réussite. Si le chant demeure inattaquable, l’orchestration se révèle typique des années 70 et du début des années 80. Le chant tantôt énergique tantôt pondéré atteint selon les morceaux une intensité digne de certains prêches religieux ou de Deep Soul seventies. Parmi cet échantillonnage, ce sont bien évidemment les titres marqués par les influences africaines qui semblent les plus captivants (« We Are Growing », « Johannesburg » titre semi biographique dédié à la Cité de l’Or). Mais la chanteuse peut aussi se montrer curieusement plus à la page. « Gimme Your Love » avec son entrée d’orgue proche d’un Gospel se transforme en une Soul lascive et sexy digne de la Disco Queen Donna Summer. Le dansant et festif « Love Will Find A Way » pourrait faire figure de tube du K.C. & The Sunshine Band.

Mais Margaret Singana évolue aussi comme un poisson dans l’eau dans l’exercice parfois difficile de la reprise. Si l’orchestration et les arrangements de « I Never Loved A Man » sonnent un peu trop modernes et trop eighties par rapport à celle d’Aretha Franklin, la chanteuse envoie aux pâquerettes bon nombre de reprises du morceau. En fait, hormis la version d’Aretha et celle de Spencer Wiggins intitulée « I Never Loved A Woman », le titre ayant fait les beaux jours de la gente masculine, la Sud-Africaine nous délivre une sacrée bonne interprétation.
Maintes fois reprise mais rarement égalée, la ballade Country de Tammy Wynette « Stand By Your Man » a été cuisinée à toutes les sauces : Candi STATON, Tina TURNER en Soul, Lynn Anderson, Loretta LYNN, Tracy Nelson ou les Dixie Chicks en Country, Lyle Lovett en Americana, Claudette Miller en Ska. Pour ne froisser personne, on ne s’étendra pas sur les sacrilèges Pop d’Elton JOHN, Carole Laure ou de Carla BRUNI, cette dernière méritant les plumes et le goudron, ni sur l’adaptation française de Jeane Manson avec « C’est Toi Que J’aime ». Margaret s’en tire encore haut la main dans une version ponctuée de fines touches reggae. Elle parvient même à reléguer « Where Is The Love », hit mineur et funky de Betty Wright, aux oubliettes. Si vous êtes comme votre humble serviteur extrêmement attaché aux nombreux chefs-d’œuvre de CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL, « Have You Ever Seen The Rain » ne devrait guère retenir votre attention. Avouons cependant que Margaret ne se montre pas plus mauvaise que les nombreux repreneurs du morceau et sa version vaut pour le moins celles de Bonie Tyler, Boney M, Rod STEWART et consorts. Les fans purs et durs des BEATLES auront certainement le même ressenti, cependant cette fois-ci l’orchestration et la partie arrangements jouent en faveur de la présente version. L’intro d’orgue sonnant très churchy et un tempo considérablement ralenti, comme l’aurait souhaité John Lennon, apportent un cachet à la reprise. On n’ira pas jusqu’à dire que Singana se réapproprie le morceau mais cette version se distingue de nombreuses reprises peu édifiantes (bizarrement, beaucoup de covers Country), le rythme fortement tempéré augmentant la détresse des paroles.
Bis repetita avec « Many Rivers To Cross », le plus gros succès de Jimmy Cliff, repris à tire-larigot. (de Percy SLEDGE à Harry NILSSON, de Linda RONSTADT à Joe Cocker). Là, Margaret s’appuie sur un tempo trop vif, perdant ainsi une partie de l’émotion que pourrait fournir le titre. Afin d’épargner nos lecteurs les plus sensibles, je n’évoquerai que de nom l’adaptation française « Trop d’Années A Vivre » de Julie Pietri.
Si vous aimez la ballade à cheval entre bubble-gum et blue-eyed soul, « When Will I Be Loved » popularisée par les Everly Brothers devrait vous convenir. Dans cette version, le tempo légèrement plus accentué que dans l’originale nous permet de ne pas piquer du nez, l’incorporation d’une flûte apportant un peu de fraîcheur, mais avouons qu’il n’y a pas de quoi faire exploser l’applaudimètre.
Terminons par le feu d’artifice. Si « When Will I Be Loved » n’a à mon sens jamais cassé trois pattes à un canard, il en est tout autre de « Why Did You Do It », une tuerie du groupe STRETCH. Le meilleur titre de White Funk de la décennie. Il semblait impossible de faire aussi bien, sauf que Margaret nous offre une version que certains jugeront un brin supérieure. J’avoue qu’entre les deux, mon cœur balance. La voix claire de Margaret s’oppose au timbre grave et gras du chanteur Elmer Gantry. Par rapport à la version originale, il manque le gros break de guitare, cette ligne de basse hyper ronde, le breakdown « One Two » vociféré par Kirby Gregory entre la 4ème et la 5ème strophe, ce n’est pourtant pas grand-chose, juste deux chiffres, la brève intervention des cuivres et puis ce putain de groove qui s’empare du morceau et de votre cerveau, mais la sincérité, l’authenticité et le timbre parfois pointu de la chanteuse parviennent à eux seuls à combler ces manques. Chapeau !

Tout n’est pas parfait dans cette presque anthologie, mais le compilateur a tenu à regrouper les différents univers dans lesquels pouvait nous immerger la chanteuse. On regrette juste qu’il n’y ait pas plus de titres chantés en isizulu, une langue utilisant les fameux clics. Une compilation remettant au goût du jour l’une des meilleures interprètes du continent africain. A classer entre Soul, Pop, Funk, World au choix.

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- Margaret Singana (chant)


1. I Never Loved A Man.
2. Light Up The Light.
3. Stand By Your Man.
4. Where Is The Love.
5. Tribal Fence.
6. Have You Ever Seen The Rain.
7. Love Is The Power.
8. I Feel So Strong.
9. Mama Tembu's Wedding.
10. We Are Growing.
11. Orang Outang.
12. Johannesburg.
13. Help.
14. Many Rivers To Cross.
15. Gimme Your Love.
16. Why Did You Do It.
17. When Will I Be Loved.
18. Stop The Rain.
19. My Name Is Margaret.
20. Love Will Find A Way.



             



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