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Herbie HANCOCK - Inventions & Dimensions (1964)
Par TEEMO le 13 Juin 2018          Consultée 286 fois

Sorti la même année que « My Point of View », album dont le succès repose principalement sur la composition « Blind Man, Blind Man », « Inventions & Dimensions » s'inscrit comme un album de transition annonciateur d'une période clé dans la discographie de Herbie HANCOCK. Exit la soul, le blues et ce groove aux racines afro-américaines qui animaient jusqu'alors avec verve la musique du claviériste : place à une approche plus expérimentale. Bien sûr, l'amateur du répertoire le plus easy-listening de HANCOCK se trouve sûrement dérouté voire déçu dès lors qu'il se penche sur cette œuvre, tant son contenu semble plus abstrait. Aussi, il est nécessaire d'aborder le sujet avec un certain recul et une belle ouverture d'esprit.

« Inventions & Dimensions » est un album tout à fait spontané. En effet, les morceaux s'apparentent plus à des jets de mélodies et d'accords sur une toile vierge qu'à des compositions à proprement parler. Herbie HANCOCK, en tant que chef d'orchestre a pris soin de transmettre un minimum de consignes à ses musiciens afin d'exploiter au maximum leur qualité d'improvisateurs. L’œuvre demande donc une attention privilégiée de la part de l'auditeur pour être comprise et appréciée.

Si l'adjectif « chaleureux » semble seoir parfaitement à des morceaux comme « Watermelon Man » ou « Driftin' », on peut affirmer à l'inverse que « Inventions & Dimensions » se pare d'une esthétique glaciale. Le titre lui-même évoque tantôt un aspect expérimental, créatif, tendant presque vers l'avant-gardisme, tantôt le voyage spatial, temporel, avec évidemment cette interdépendance que ces deux notions partagent. Derrière les premières écoutes qui semblent révéler une musique absconse et erratique se cache un paysage insoupçonné. Ainsi « Succotash », par la constance hypnotique de sa rythmique et par l'expression du piano qui semble libéré de toute forme de contrainte musicale, construit un univers mélodique halluciné et psychédélique. Notez que l'on parle bien ici d'une formation acoustique... ! « Jack Rabbit » partage aussi cette nature aérienne, éthérée notamment par ses percussions empruntées à la musique sud-américaine. D'ailleurs, le jeu du batteur Willie Bobo, en plus d'être soutenu par le percussionniste Osvaldo Martinez, est très influencé par la musique afro-cubaine dont les couleurs viennent apporter beaucoup de piquant à l’œuvre. Sur « Jack Rabbit » il nous livre un solo du plus bel effet, qui n'est pas sans rappeler les imposants orchestres tribaux.

S'étendant sur plus de 11 minutes, « Triangle » est peut-être le morceau le plus intense. Si la walkin' bass de Paul Chambers nous amène sur un terrain familier, on ne reconnaît point de thème auquel se raccrocher. Or, HANCOCK prouve sa maîtrise de la création mélodique avec toujours autant de panache. L'ambiance se veut d'abord posée, très détachée, comme sur « Mimosa », autre morceau tout à fait singulier. Puis les mélodies frémissent, s'affolent, prennent des allures de torrent de notes, jonglent habilement avec une rhétorique musicale riche constituée de contretemps, de dissonances et de redondances exagérées.
Il est toujours étonnant de se dire qu'une osmose envoûtante parvienne à prendre vie entre quatre musiciens qui n'ont point de ligne directrice. D'ici à parler de free jazz, il n'y a qu'un pas...

Si « Empyrean Isles », « Maiden Voyage », « Speak Like A Child » sont autant de jalons de la carrière de HANCOCK, notamment dans sa période la plus expérimentale, « Inventions & Dimensions » en est l'étincelle. L'ensemble de l’œuvre se bâtit au fur et à mesure de l'inspiration des musiciens et entraîne inexorablement l'auditeur dans son tourbillon. Cette spontanéité qui se veut affranchie des codes du jazz « classique » fait tout le sel de cet opus qui révèle une nouvelle facette de la personnalité musicale de HANCOCK, personnalité qui ne fera que s'étoffer par la suite !

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- Herbie Hancock (piano)
- Paul Chambers (basse)
- Willie Bobo (batterie)
- Osvaldo « chihuahua » Martinez (percussions)


1. Succotash
2. Triangle
3. Jack Rabbit
4. Mimosa
5. A Jump Head



             



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