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Giorgio MORODER - Midnight Express (1978)
Par AIGLE BLANC le 22 Septembre 2018          Consultée 130 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Si depuis 2003, le cinéaste Alan Parker semble s'être définitivement retiré du circuit international, rappelons ici quelques-uns de ses titres de gloire qui le rendent digne de figurer dans la base de données de Forces Parallèles. En effet, parmi les réalisateurs britanniques émergeant au mitant des années 70, et ayant fait leurs armes dans la publicité, comme les frères Scott (Ridley et Tony) et Adrian Lyne, il est celui ayant le plus oeuvré pour la musique.
Dans sa filmographie riche de 14 longs-métrages, on compte pas moins de 3 comédies musicales : Bugsy Malone (délicieuse parodie des films de gangsters entièrement interprétée par des enfants tenant des rôles d'adultes et dont les chansons sont signées de Paul William), Fame (ayant inspiré la fameuse série des années 80 ainsi que le Musical éponyme), et Evita (l'adaptation du Musical de Tim Rice et Andrew Lloyd Webber où Madonna obtient ses galons de vraie chanteuse rivalisant avec les stars de Broadway comme Barbra Streisand).
A ce trio gagnant, on doit ajouter l'incroyable The Wall, adapté de l'opéra rock de Roger Waters, et les Commitments, film irrésistible sur l'ascension d'un groupe de blue-eyed-soul issu d'un Dublin miséreux auquel il essaie d'échapper tant bien que mal, et dont la bande originale s'est fort bien vendue également.
Si ses films musicaux s'arrêtent là, en revanche, il a signé d'autres grands films remarqués en leur temps où il démontre à la fois son éclectisme et un goût marqué pour les sujets hautement humanitaires : c'est ainsi qu'on lui doit Birdy sur l'autisme d'un jeune homme traumatisé par la guerre du Vietnam et rêvant de voler comme un oiseau, et Mississipi Burning d'après un fait divers datant de l'époque du Ku Klux Klan, sans oublier le film fantastique Angel Heart.

Midnight Express, son deuxième film sorti en 1978, obtient 2 Oscars dont celui du meilleur scénario pour Oliver Stone. Il est l'adaptation du récit véridique de Billy Hayes emprisonné pendant quatre ans en Turquie pour possession de Hashisch avant qu'il ne trouve le moyen de s'évader suite à un second jugement de peine le condamnant pour l'exemple à 30 ans d'emprisonnement. Obtenant un grand retentissement médiatique, le film signe les débuts d'Oliver Stone comme brillant scénariste encore inconnu à l'époque, ceux de l'acteur américain Brad Davis que récompense à juste titre le Golden Globe de la révélation masculine de l'année 1979 et enfin ceux d'une des premières Bandes Originales entièrement électroniques composées pour un film. Sa musique lui vaut ainsi contre toute attente son second Oscar.

Même si la musique de Midnight Express inaugure son entrée retentissante dans le monde du cinéma, Giorgio MORODER n'est plus, loin s'en faut, un inconnu aux oreilles des mélomanes ayant vu déferler la vague disco. En effet, l'Italien MORODER, producteur, arrangeur, compositeur et DJ, a fracassé le hit-parade américain et européen en produisant et co-composant dès 1975 plusieurs albums hyper sexy de la reine du disco Donna Summer, parmi lesquels le séminal Love To Love You Baby, l'album le plus hot de l'histoire du disco. Sous le nom Giorgio, il a aussi débuté une carrière solo où s'exprime son goût pour les instruments électroniques dont il passe légitimement pour l'un des pionniers dans le cadre de la musique populaire.

Midnight Express comprend 8 pistes dont 2 titres chantés n'ayant pas vraiment marqué les esprits. Non seulement ces chansons n'apparaissent pas dans le film, mais semblent avoir été intégrées à l'album à seule fin d'aider ce dernier à atteindre une durée décente, quoique 31 minutes reste encore limite, même au regard des critères en vigueur à cette même époque.
La plus hors-de-propos, "Istanbul Blues", est pourtant signée Oliver Stone et Billy Hayes, respectivement scénariste et auteur du livre dont est adapté le film, ce qui tend à prouver que cette chanson était conçue comme partie intégrante de la B. O. Mais sauf erreur de ma part, Alan Parker ne l'a pas retenue dans son director's cut, et à juste titre. La chanson en soi est plus que potable. Il s'agit d'un blues-rock classique délivré par de bons musiciens dont le chanteur David Castle, quoiqu'un brin trop light, la chanson sonnant plutôt comme un bon titre d'ALAN PARSONS PROJECT, ce qui n'est pas discriminant du tout, mais brise quelque peu la couleur électronique du score par ailleurs composé par Giorgio MORODER. L'autre piste chantée est celle qui clôt l'album, ni plus ni moins qu'une reprise vocale du Theme principal de Midnight Express, interprétée par la chanteuse Chris Benett, proche collaboratrice de MORODER sur son projet parallèle Munich Machine dont l'album A Whiter Shade of Pale était sorti l'année précédente. Cette version chantée du thème principal, par ailleurs des plus honnêtes, aurait pu accompagner sans problème le ban titre du générique final, mais Alan Parker, qui a failli confier la musique à VANGELIS, ne voulait pas de chansons dans son film.

Les 6 autres titres de Midnight Express sont donc tous des instrumentaux exécutés avec les claviers électroniques de l'époque. Le premier d'entre eux, "The Chase", est devenu presqu'immédiatement un standard du disco instrumental. Composé pour accompagner la première tentative de fuite de Billy Hayes, le rythme trépidant, qui s'apparente à une cavalcade au son de basse énorme que les modulateurs accélèrent à bon escient au moment voulu, martèle un beat disco particulièrement efficace, mais qui bien que donnant envie de se déhancher sur la piste de danse n'oublie pas qu'il s'agit d'imprimer suspense et urgence à la séquence. On sent l'influence de KRAFTWERK, mais la couleur disco est bien la patte de Giorgio MORODER. Ca pulse du tonnerre pour un titre hyper efficace et, si j'ose dire, très cinégénique.
"Love Theme" se veut l'illustration sonore de la seule scène sentimentale du film. Et encore, elle n'intervient pas dans un cadre consensuel. En effet, les années d'incarcération passant, et le manque sexuel se faisant douloureusement sentir, Billy Hayes trouve une compensation dans sa relation intime avec un autre détenu, bien qu'aucun des deux ne soit porté sur l'homosexualité. La scène du film est très brève, et mise en scène à la façon très connotés des balbutiantes années 80, dans des éclairages clair-obscur hyper esthétisants. Giorgio MORODER compose lui-même une mélodie un brin caricaturale, très sentimentale certes mais assez belle au demeurant. Les arrangements minimalistes déploient quand même des nappes de synthés atmosphériques qui aujourd'hui sonnent datées, ce qui ne retire rien à l'efficacité du titre.
L'émotion vibre avec infiniment plus d'authenticité dans "Theme From Midnight Express", de loin la mélodie la plus fusionnelle du film qui en accompagne puissamment deux scènes primordiales : la première fois, c'est pour souligner la rencontre poignante entre Billy et son père venu le voir dans sa prison turque et prend une dimension émotionnelle incroyable lorsque le fils encadré par des gardiens doit rejoindre sa cellule devant le regard décomposé du père qui menace alors les gardiens de représailles si jamais ils maltraitent Billy. Ce beau thème de MORODER contribue à la réussite indéniable de la séquence finale, quand Billy, alors que rien ne le laissait présager sur le moment, trouve une occasion rêvée de s'échapper. Ces quelques mesures de claviers expriment avec une force bouleversante la tension du personnage qui se rapproche de la sortie sans être persuadé de réussir son évasion car devant passer l'épreuve du bureau de poste du gardien préposé aux clés de l'établissement. Je sais qu'il ne s'agit que d'un thème relativement simpliste, mais l'impact émotionnel dans sa fusion avec les images fait partie d'un des chocs de ma cinéphilie à l'ère de mon adolescence si sensible.
Il est peu probable que les titres "The Wheel", "Istanbul Opening" et "Cacaphoney" soient cités, y compris par les fans du film et de sa musique, comme les moments forts de la B.O. En effet, ce sont les seuls pour lesquels G. MORODER n'illustre pas une scène en particulier, ne recherche pas la dimension narrative de la musique. Ce sont des pistes pourtant essentielles dans la mesure où elles plongent l'auditeur au coeur de l'enfer vécu par Billy Hayes. Ces plages ambient que rejetterait tout label spécialisé dans le New Age suintent l'horreur des prisons turques. L'absence de mélodie d'ailleurs les rapproche de certains travaux du TANGERINE DREAM de Sorcerer, les claviers électroniques fouillant des textures sales, moisies, claustrophobiques, conduisant au bord de la folie et de l'enfer. Il est dommage que MORODER par la suite, et malgré le succès de ses B.O pour American Gigolo, Cat People et Scarface, n'ait plus exploré ce territoire pourtant riche qu'autorisent les sonorités électroniques qui par définition sont destinées à livrer des sons inédits que les instruments acoustiques sont incapables de reproduire. Dans ces trois titres, le compositeur se révèle l'égal de TANGERINE DREAM et de Hans ZIMMER, produisant une musique au potentiel visuel énorme.
Cette B.O. se doit de figurer dans la discothèque de tout béophile qui se respecte, même si elle a rejoint aujourd'hui le rang des oeuvres rétro et paraît par moments plutôt simpliste.

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   AIGLE BLANC

 
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- Giorgio Moroder (claviers électroniques)
- Harold Faltermeyer (arrangements pour cordes et cor)
- Greg Mathieson (arrangements pour cordes et cor)
- Patrick Mcclure (guitares acoustique et électrique)
- Rick Tierney (basse)
- Jerry Sommers (percussions, batterie)
- David Castle (chant, piano, clavinet)
- Chris Bennett (chant)


1. The Chase
2. Love's Theme
3. (theme From) Midnight Express
4. Istanbul Blues
5. The Wheel
6. Istanbul Opening
7. Cacaphoney
8. (theme From) Midnight Express (reprise Vocale)



             



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