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ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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- Membre : Belshama

SEVEN REIZH - (partie 1) La Barque Ailée (2015)
Par MARCO STIVELL le 1er Mai 2019          Consultée 321 fois

Oubliez tout ce que vous savez, croyez savoir en réalité, sur SEVEN REIZH. Pas la musique, bien sûr : élément premier qui a séduit plus d'un passionné de rock progressif, à raison, elle reste telle qu'elle. D'abord, le groupe breton, initiative de Claude Mignon et Gérard Le Dortz, est un trio. Le troisième membre fondateur, ami d'enfance des deux précités, se nomme Noël Le Hénaff. Ensemble, ils ont grandi et pensé, sur une échelle de temps qui se compte en décennies, un travail qui va bien au delà du projet musical : une histoire de famille et une lutte d'un siècle et demi.

Il est difficile de résumer en quelques mots ce qui ne peut l'être, tant il y aurait de choses à en dire. Le Dortz les a dites, lui, écrites même sous forme de roman, car son ami Noël est le descendant de Jean-Marie Le Bris, un Cornouaillais qui a vécu au XIXème siècle (1817-1872), d'abord marin et devenu, à force de rêves et d'efforts, un pionnier de l'aviation. Conçue pour porter secours aux naufragés, sa barque ailée, une vraie barque munie d'ailes, lui aurait permis de s'élever et flotter comme un oiseau pendant quelques secondes, lors d'un essai sur une plage en petit comité.

Hélas, Le Bris, dont l'existence a été marquée par divers malheurs (familiaux, amour "interdit" hors mariage, guerre avec la Prusse) en sus de l'échec technique et populaire de ses créations, la barque ailée Enora et son petit frère, l'Albatros, doit attendre plus d'un siècle après sa mort avant d'être reconnu pour son influence sur le développement d'un moyen de transport alors seulement imaginé. Par la plume de Le Dortz, le récit de Le Hénaff comme celui de Le Bris demeurent viscéralement attachés au Finistère (Brest, Concarneau, Douarnenez, Audierne) et parallèlement au combat - gagné – du premier pour la reconnaissance de son aïeul, se précise l'origine de SEVEN REIZH.

Noël, Claude et Gérard, sont d'abord trois enfants bretons puis adolescents, grands copains qui, parmi leurs plus beaux souvenirs, ont en commun la passion du rock progressif. Écouter GENESIS, PINK FLOYD mais aussi Alan STIVELL en boucle les a conduits, des décennies plus tard, à lancer le projet, même si cela a creusé un fossé entre un tandem Mignon/Le Dortz enthousiaste et un Le Hénaff qui s'est senti moins concerné. Derrière les albums-concept Strinkadenn' Ys (2000) puis Samsâra (2006), très appréciés du public mélomane, gardant peu ou prou les mêmes musiciens amis de base, il y avait, depuis toujours, l'envie d'attendre le dernier volet d'une trilogie - devenue, de fait, tétralogie, avec le choix de deux parties - pour faire la lumière sur tout.

Les deux derniers éléments de cette suite d'albums nous marquent mieux encore que les deux premiers, à tous les niveaux. Sur La Barque Ailée et L'Albatros, on retrouve, quinze ans après, Claude Mignon pour porter avec des notes et autres sons les paroles écrites par Le Dortz. Ils conçoivent un objet-trésor colossal : deux livres-albums remplis de photos magnifiques (par Alain Ernoult), de notes et bien sûr le roman. Le rôle de Mignon n'est pas moins important, aussi en termes d'enregistrement, parfois aux studios Real World de Peter GABRIEL où le pré-mixage a été fait également.

Le bassiste Olivier Carole a de nouveau répondu à l'appel, tout comme les frères Mével, à l'exception de Konan et alors que cette fois-ci, Bleunwenn, absente de Samsâra, reprend le micro pour les chants en breton (traduits par son frère Gwendal), dès le premier morceau, "Sarpant nij", émotion ! Ronan Hilaireau vient rejouer du piano, d'autres musiciens connus du pays armoricain font des apparitions remarquées, Bernard Le Dréau, Cyrille Bonneau, François Pernel...

Et puisqu'on parlait du chant, les autres voix féminines, Astrid Aubron (chant anglais) et Stefanie Théobald (chant français et vocalises) révèlent leurs atouts aussi bien que Bleunwenn l'a fait depuis le début en 2001. On retrouve enfin le timbre magnifique, les mots en kabyle et l'influence considérable de Farid Aït Siameur. Véritable ciment du groupe comme on l'apprend dans le roman, il apparaît meilleur que jamais.

Peut-être est-ce parce que les mélodies semblent encore plus belles que sur les deux albums d'avant, parce que le temps a passé, que la vérité éclate et en grand, que le voyage se présente comme plus prenant encore, autant que difficile ? Il ne faut pas s'attendre à du prog résolument classique, on le sait, les entrées de la géniale rythmique Gurvan Mével/Olivier Carole et leurs élans déstructurés, les guitares électriques tranchantes et lyriques de Claude Mignon constituent souvent de véritables surprises au sein de ce qui peut paraître une musique très calme, joliment déguisée.

Calme mais exigeante, un beau tour de force pour des arrangements d'orfèvre, un travail titanesque où le rock et les claviers côtoient les divers instruments à vent qui, comme les voix (et langages associés donc), se succèdent pour une même mélodie : harmonica, hautbois, uilleann pipes... Le saxophone ténor de Bernard Le Dréau, instrument jusque-là absent de SEVEN REIZH, vient brusquement interrompre avec hargne et déchirement, à plusieurs reprises, les chants passionnés de Farid Aït Siameur et Astrid Aubron sur la longue marche (15 minutes) vers le ciel de "Kemmañ". Pendant ce temps, la guitare électrique use d'un effet blues rythmique comparable à celui de David Gilmour sur le milieu de "Echoes", passage le plus beau de ce morceau mythique de PINK FLOYD.

Le cymbalum de Mihai Trestian apporte un je-ne-sais-quoi d'irréel aux synthés de Claude Mignon sur "Seven", le violon classique (ainsi que de splendides arrangements de cordes) rencontre son cousin chinois, l'erhu de Marcel Aubé... L'effort réalisé pour les timbres des instruments vaudrait à lui seul le détour, s'il n'y avait le même souci apporté aux paroles et aux voix toutes aussi gorgées de soul (au sens premier du terme : âme, spiritualité) les unes que les autres alors qu'elles n'ont aucune forme de "black attitude" dans cette musique considérablement en marge de la variété et de la pop à succès. Les vocalises nasillards de Stéfanie Thiebold y contribuent au même titre que les chants principaux. Et puis la chorale "religieuse"... Quelle finesse, quelle beauté ! Comme toujours, mais mieux.

Bien que majoritairement planantes et proches dans leur ton mélancolique, les mélodies sont magnifiques, pour ne pas dire plus, dans l'ensemble. On note aussi que le fragile et très bel interlude au piano seul de David Tench, "Autre Lettre à Louis Mignon", a le même effet que "The Drop" après "Signal to Noise", dans l'album Up (2002) du susmentionné Peter GABRIEL. Wha...

Le concept des paroles résume et respecte l'avancée du roman, pour cette première partie attachée à la jeunesse de Jean-Marie Le Bris en tant que marin militaire autour du monde, y compris la Nouvelle-Zélande, ses soi-disant Sauvages et l'étape difficile du cap Horn ("Imram", "Harp"). Ensuite, sa rencontre avec l'Anglais John Box, amour caché car interdit ("La voie du milieu"), la vision par son descendant Noël Le Hénaff de New York et surtout des tours jumelles, nouvelles Babel en construction puis démolies ("An tourioù II"), faisant écho au thème évoqué dans Samsâra. Tout cela jusqu'au bref envol d'Enora...
(À suivre.)

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   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Gérard Le Dortz (paroles en français, conception graphique)
- Claude Mignon (guitares, lap steel, piano, synthétiseurs)
- Farid Aït Siameur (chant et paroles kabyles)
- Bleunwenn Mével (chant breton)
- Astrid Aubron (chant anglais)
- Stefanie Théobald (chant français, vocalises)
- Olivier Carole (basses)
- Gurvan Mével (batterie, percussions)
- David Tench, Ronan Hilaireau (piano)
- Bernard Le Dréau (saxophone ténor, clarinette)
- Olivier Salmon (guitares électriques et acoustiques)
- François Pernel (harpe celtique)
- Mihai Trestian (cymbalum)
- Régis Huiban (accordéon)
- Michel Hoffmann (hautbois)
- Philippe Durand (cor)
- Cyrille Bonneau (doudouk)
- Sébastien Charlier (harmonica)
- Erwan Le Gallic (cornemuse écossaise)
- Loïc Bléjan (cornemuse irlandaise)
- Gwenaël Mével (whistles, bombarde)
- Gwendal Mével (flûte traversière)
- Marcel Aubé (erhu)
- Shane Lestideau (violon)
- Jonathan Dour (violon)
- Mathilde Chevrel (violoncelle)
- Thierry Runarvot (contrebasse)
- Chorale Du Conservatoire De Brest
- Cécile Le Métaye (direction de la chorale)
- Bro An Aberioù (pipe band)
- Goulwen Bono (direction du pipe band)


1. Sarpant Nij
2. Seven
3. Imram
4. An Tourioù Ii
5. Harp
6. La Voie Du Milieu
7. Kemmañ
8. Autre Lettre à Louis Mignon



             



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