Recherche avancée       Liste groupes



      
COUNTRY-FOLK  |  B.O FILM

L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

- Style : Miles Davis
- Membre : Bande Originale De Film
- Style + Membre : Edda Dell'orso

Ennio MORRICONE - Canto Morricone / The Ennio Morricone Songbook Vol2 (1998)
Par AIGLE BLANC le 1er Novembre 2019          Consultée 348 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Canto Morricone est une collection de 4 volumes, sous-titrée The Ennio Morricone Songbook, dont le mérite consiste à rappeler un fait que l'on a tendance à oublier : au-delà de ses compositions purement instrumentales, la carrière du Maestro se voit aussi jalonnée d'une pléiade de chansons dont la plupart figurent au programme de ses innombrables bandes originales de films. Il n'est pas un seul genre qui échappe à cette vocalisation de ses airs les plus fameux, des westerns spaghetti aux drames, en passant par les films de gangsters, les thrillers et les comédies. Si la sublime vocaliste italienne Edda Dell'Orso détient la palme de la plus longue et plus prestigieuse collaboration avec le compositeur (Je vous invite à lire la chronique de la compilation Voice qui lui est entièrement dédiée.), elle brille ici malheureusement par son absence. Son art de vocaliste hors-pair, passant outre la contrainte des paroles, ne lui permet sans doute pas de rejoindre les chanteurs et chanteuses sélectionnés dans cette collection par le producteur et compilateur allemand Stefan Rambow.
Canto Morricone souffre aussi d'une autre erreur de stratégie : en effet, on peut regretter que le volume 2, celui chroniqué en ces lignes, soit le seul à organiser sa sélection sous le patronage du genre, ici en l'occurrence du western italien et des films de gangsters, les autres ayant adopté le choix d'une compilation par décennie, les années 60 pour le volume 1, les 70's pour le volume 3 et les 80-90's pour le volume 4. Cela n'entame en rien toutefois la cohérence d'une collection originale et fort recommandée à tout fan du Maestro.

Les chansons compilées dans ce volume, qui émanent donc toutes des westerns italiens et des films de gangsters mis en musique par Ennio MORRICONE, se concentrent sur les années 1965 à 1971, période fort intéressante du point de vue de la carrière du compositeur. En effet, il s'agit de ses dix premières années d'activités dans le cadre du septième art et cela permet de noter l'évolution de sa musique en même temps que d'assister à la naissance de son style unique.
Entre 1964 et 1965, les westerns Duel au Texas (de Ricardo Biasco), Un pistolet pour Ringo, Le retour de Ringo (tous deux de Duccio Tessari) et Mon Colt fait la loi (de Mario Caiano) ayant probablement précédé la sortie de Pour quelques dollars de plus, matrice du western spaghetti, offrent à MORRICONE l'occasion de faire pour ainsi dire ses gammes en montrant son savoir-faire. Le western demeurant intrinsèquement lié au cinéma américain, il n'est pas étonnant que le compositeur, cherchant encore sa voie, choisisse pour modèle Dimitri Tiomkin qu'il parodie déjà, sans savoir que très vite il va se débarrasser de ces schémas classiques et redonner un élan novateur à la musique de westerns.

Peter Tevis est un chanteur de folk américain quand il rencontre Ennio MORRICONE en 1960 au cours d'un séjour en Italie et qu'il propose à ce dernier, encore inconnu, de travailler avec lui. Leur collaboration débute par le single au modeste succès "Pastures of Plenty" en 1962, dont la particularité réside dans le fait que cette composition, dont le chanteur signe les parties vocales, a servi deux ans plus tard de matrice au fameux thème d'ouverture du film Pour une poignée de dollars. Malheureusement pour Peter Tevis, Ennio MORRICONE n'en a alors conservé que la partie instrumentale (les claquements du fouet, les sifflements d'Alessandro Alessandroni et la cavalcade de la batterie), reléguant le chant de Tevis aux oubliettes, injustice notoire quand on sait l'impact mondial que provoqua le film, et sa Bande Originale, empêchant le chanteur américain d'en profiter. Le compositeur a su se faire pardonner en offrant en 1966, soit deux ans plus tard, à Peter Tevis l'occasion de sortir le single "Per un pugno di dollari", ni plus ni moins qu'une reprise chantée du thème principal du film. Cette version arrangée et orchestrée par le Maestro (ah, cette trompette mexicaine !), et aux paroles signées de P. Tevis, figure au programme de ladite compilation. Le chanteur l'enrichit de sa voix chaude qu'il module avec une vraie sensibilité. Le single ne dépassant pas 1,40 minute demeure trop court pour rivaliser avec la version de la B.O. En face B du single, figure également "Lonesome Billy", chanson initialement écrite par Peter Tevis et composée en 1965 par E. MORRICONE pour le film Mon Colt fait la loi (Le Pistole non Discutono) de Mario Caiano. Cette ballade doucement nostalgique est servie par le chant de Tevis, toujours d'une grande justesse dans son interprétation, tandis qu'Alessandro Alessandroni y infuse à doses homéopathiques ses sublimes sifflets, l'une des marques de fabrique les plus caractéristiques du style MORRICONE. Dans Duel au Texas (Duello nel Texas, 1965), film de Riccardo Blaco, MORRICONE use comme à son habitude de la batterie et des percussions pour reproduire le galop du cheval, sur un arrière-plan orchestral très classique, dans la mouvance de Dimitri TIOMKIN. Tevis se prête avec une distance finement étudiée aux paroles ironiques de Carol Danell, chanteuse américaine ayant vécu une grande partie de sa vie en France. Qu'une femme se soit soumise à livrer des paroles parodiant l'univers masculin du western est déjà une surprise en soi. Le chanteur américain trouve encore une fois le ton adéquat pour traduire cette parodie de l'ouest sauvage. Jugez-en plutôt : "Keep your hand on your gun / Don't trust anyone / There's only one kind of man you can trust, that's the dead man or a gringo like me."

La plupart des chanteurs officiant dans les B.O de westerns spaghetti sont fort logiquement des artistes italiens comme Ettore Raoul Lovecchio, alias Raoul, dont la carrière de chanteur couvre uniquement la seconde moitié des années soixante et les prémices de la décennie suivante. Il s'illustre principalement dans les westerns qu'il illumine de sa belle voix de basse au velouté idéal pour tout crooner qui se respecte. Au sein des Canti Moderni di Alessandroni, choeur attitré d'Ennio Morricone à cette époque, Raoul se voit dévolu au rôle de soliste qu'il assume avec une autorité non dénuée d'un esprit latin, c'est-à-dire avec une fierté à la limite de la parodie. Il interprète notamment les airs principaux de Arizona Colt, de Vado... L'ammazzo e torno (1967) et de La mort était au rendez-vous (Da uomo a uomo, 1967). C'est cette dernière chanson ("Death Rides a Horse") qu'a sélectionnée le volume 2 de Canto Morricone où Raoul livre une interprétation assez étonnante en conférant à sa voix de basse des intonations gutturales préfigurant avec vingt ans d'avance le "death growl" tant prisé des chanteurs de death metal. La composition axée sur une guitare et des percussions tribales est du pur MORRICONE, puissante et incantatoire. Sa version chantée surpasse même celle avec les choeurs.
Autre chanteur mis à l'honneur avec pas moins de trois titres, Maurizio Attanasio, sous le pseudonyme de Maurizio Graf, est l'interprète attitré de la série des Ringo, Un pistolet pour Ringo (1965) et Le retour de Ringo (1965). Sa voix douce semble le cantonner aux ballades comme "Angel Face", extraite du premier Ringo, dans un style inspiré des SHADOWS, surtout pour le son de la guitare électrique. Ce que confirme "The Return of Ringo", assez proche de la précédente, à la manière du MORRICONE première période, avant qu'il ne trouve sa voie intrinsèque. "Eye For an Eye", tirée du thème principal de Et pour quelques dollars de plus (1966), malgré les efforts de Maurizio Graf qui donne toutes ses tripes, ne saurait rivaliser avec sa version instrumentale, plus forte et à l'impact plus immédiat.
Seule chanteuse dans ce harem masculin, l'Italienne Maria Cristina Brancucci, alias Christy met son organe vocal au service des westerns mexicains comme Tepepa où son interprétation de "Messico Che Vorrei", malgré son intensité, ne convainc pas au-delà de nos espérances, à cause peut-être d'une mélodie de MORRICONE, certes belle et émouvante, mais limitée au point de bien vite se répéter. Très impressionnante en revanche demeure son interprétation de "Corri Uomo Corri" ("Run Man Run"), extraite de la B.O de Colorado (La resa dei conti, 1967), dans laquelle elle s'implique coeur et âme.

Les chansons composées pour des films de gangsters se limitent à deux films, Les intouchables (1969) et Sacco & Vanzetti (1970), tous deux réalisés par Giuliano Montaldo, projets dans lesquels MORRICONE s'est impliqué avec toute la foi de son idéalisme sensible aux injustices humaines. Le premier est servi par une magnifique ballade ("The Ballad of Hank McCain") qui retrouve ici sa cohérence initiale par le fait que ses trois parties ont été rassemblées. Le chanteur Jackie Lynton y livre une performance fort convaincante qui met en valeur la beauté de la composition du Maestro, l'une des plus belles de sa carrière où brille encore une fois une trompette irrésistible aux accents à la fois héroïques et fatalistes. Le second film est représenté lui aussi par sa fameuse ballade humaniste "The Ballad of Sacco & Vanzetti", cousine de la précédente, elle aussi composée de trois parties enfin réunies ici et où brille l'interprétation sensible et fervente de Joan BAEZ. Pour plus de détails sur ce titre, reportez-vous à la chronique correspondante de la B.O du film. Cette ballade est devenue si célèbre que de nombreux artistes l'ont reprise, comme Scott WALKER qui en livre une version dénudée de tout oripeau, mettant en valeur la ferveur de son message. Quant à George MOUSTAKI, il reprend l'hymne de Sacco & Vanzetti ("Here's to You"), initialement chanté par Joan BAEZ, et en offre une version intimiste et feutrée tout en conservant la montée graduelle du choeur.

Canto Morricone, volume 2 est une acquisition indispensable pour tout fan du maître italien. Il n'est pas nécessaire de goûter la Country américaine pour apprécier les chansons réunies ici. Il s'agit plutôt d'une Country à la manière européenne... pas inintéressante en soi.

A lire aussi en COUNTRY par AIGLE BLANC :


Johnny CASH
Bitter Tears : Ballads Of The American Indian (1964)
Johnny Cash chante l'histoire cachée de son pays.




Johnny CASH
Orange Blossom Special (1964)
L'album qui synthétise au mieux l'art de J. Cash


Marquez et partagez





 
   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Ennio Morricone (toutes les compositions)
- I Cantori Di Alessandroni (chœurs)
- Christy (chant titres 1 et 8)
- Raoul (chant titre 2)
- Maurizio Graf (chant titres 5, 6 et 9)
- Peter Tevis (chant titres 4, 7 et 10)
- Jackie Lynton (chant titres 11, 12 et 13)
- Joan Baez (chant titres 16, 17, 18 et 19)
- Scott Walker (chant titre 20)
- George Moustaki (chant titre 21, guitare)
- Rocky Roberts (chant titre 14)
- Sergio Endrigo (chant titre 15)
- Studio Choir (chœur titre 3)


1. Messico Che Vorrei
2. Death Rides A Horse
3. Vamos A Matar Companeros
4. A Gringo Like Me
5. Angel Face
6. The Return Of Ringo
7. Lonesome Billy
8. Corri Uomo Corri
9. Eye For An Eye
10. Per Un Pugno Di Dollari
11. The Ballad Of Hank Mccain, Part 1
12. The Ballad Of Hank Mccain, Part 2
13. The Ballad Of Hank Mccain, Part 3
14. Faith
15. La Canzone Della Liberta
16. The Ballad Of Sacco & Vanzetti, Part 1
17. The Ballad Of Sacco & Vanzetti, Part 2
18. The Ballad Of Sacco & Vanzetti, Part 3
19. Here's To You
20. The Ballad Of Sacco & Vanzetti
21. Marche De Sacco & Vanzetti



             



1999 - 2020 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod