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Diana ROSS & THE SUPREMES - Diana Ross & The Supremes Join The Temptations (1968)
Par LE KINGBEE le 14 Février 2020          Consultée 171 fois

A travers cette galette, c’est bel et bien une fève en or massif que cherchait à récolter Berry Gordy. En 1968, la Motown trustait une grosse partie des charts R&B. Gordy, excellent visionnaire et homme d’affaire avisé, était parvenu à conquérir les publics noirs et blancs en refourguant des soupes bien fades, souvent insipides, mais peu importe l’argent rentrait à flot.

En 1968, le patron de la Motown décide de regrouper ses deux formations phares sur un disque avec d’un côté les Supremes de Diana Ross et de l’autre côté les Temptations, un bon moyen de se faire du pognon sur le dos de la masse. L’idée n’était pas novatrice, la Motown avait déjà connu un paquet de cartons avec la formule duo ou regroupement d’artistes. Le plus bel exemple venait de la paire Tammi Terrel/ Marvin Gaye, une doublette financièrement rentable pour l’écurie Motown. Plutôt adepte de Soul Sudiste, de Hi Records ou de la Stax, votre humble serviteur ne peut s’empêcher de faire un parallèle ave Carla THOMAS et Otis REDDING dont le partenariat semblait beaucoup plus sincère et authentique que les divers duos Motown. Enfin, comme le précise l’adage : « Les goûts et les couleurs … ».

Revenons à nos moutons, nous sommes en 1968 et la belle Diana ROSS ne va pas tarder à s’envoler vers une carrière solo, laissant tomber ses Supremes comme de vieilles chaussettes. En novembre 69, Motown annonce avec fierté que la chanteuse chantera désormais en solo alors que « Someday We’ll Be Together » se hisse à la 1ère place des classements. Un beau chant du cygne pour les Supremes.

Nous venons brièvement de voir ce qui s’était passé chez les filles, les mecs (les Temptations) ont subi quelques petits bouleversements : à commencer par le renvoi de David Ruffin remplacé par Dennis Edwards. Mégalo et victime de son addiction pour les drogues dures, Ruffin, un frimeur complètement barré, prend ses cliques et ses claques en poursuivant sa route chez … Motown. L’ingérable chanteur vient de se faire virer, remplacé dès mars 68 par Dennis Edwards un ancien membre des Contours.

En 1968, l’Amérique est dans la tourmente. D’une part le pays s’est enlisé dans la Guerre du Vietnam, et d’autre part le docteur Martin Luther King est assassiné en avril à Memphis, un évènement qui déclenchera de multiples émeutes.
Pour la Motown, il ne s’agit pas de mettre de l’huile sur le feu, c’est mauvais pour les affaires. De toute façon, le label ne s’est jamais risqué à des prises de positions aventureuses ni avant-gardistes. L’entreprise de Berry Gordy a également été fondée dans le but de limiter voire de briser les tabous raciaux en faisant rentrer le R&B et une Soul naissante dans l’univers Pop. Pour réussir une telle pratique, il fallait bien évidemment y aller doucement, édulcorer le répertoire et également pouvoir compter sur des groupes assez charismatiques pour porter le projet et l’amener à ébullition.

De cette rencontre entre les Supremes et les Temptations, on peut entrevoir une certaine ironie : quand Diana Ross débutait à seize ans dans le groupe de Florence Ballard, les deux adolescentes chanteront sous le nom des Primettes, nom donné par Milton Jenkins manager des Primes, ensemble dans lequel évoluaient Kendricks et Paul Williams. Les Primettes endosseront donc un rôle de choriste pour la première mouture des futurs Temptations. On peut donc dire qu’entre les Temptations et Diana Ross c’est de l’histoire ancienne.

Enregistré durant les deux derniers mois 68, le disque bénéficie d’un passage le 9 décembre sur la NBC, les deux formations s’offrant un récital qui va se révéler extrêmement porteur. Gordy confie les deux groupes à Frank Wilson, un producteur arrivé quatre ans plus tôt à la Motown. Wilson qui a perdu sa femme est un passionné qui se réfugie à fond dans la musique. Si le gars a composé quelques chansons pour Brenda Holloway, Stevie WONDER, Marvin GAYE ou les Miracles, il a surtout déjà collaboré avec les deux formations en produisant « The Supremes A Go Go » et « With A Lot O’Soul » un album des Temptations qui ne restera pas dans les annales. Wilson va faire une première erreur, il fait appel à trois arrangeurs différents, ce qui ne permet pas de trouver un plein équilibre ni une cohérence, mais tout le monde est content et participe à la fête. Seconde erreur, Wilson, les Supremes et les Temptations ne nous délivrent ici que des reprises, pas une seule compo ou nouveauté à la clef pour satisfaire le chaland. Qui plus est, il s’agit de reprises issues de la Motown d’où une impression de refourgue incroyable.

Le disque s’ouvre sur « Try It Baby », une compo de Gordy enregistrée par Marvin Gaye en 64. Si la ballade d’origine demeure quelconque, celle-ci vaut essentiellement par la voix de basse de Melvin Franklin. Mais on ne peut s’empêcher de penser que l’arrangeur H.B. Barnum, un ancien des Dootones, a lorgné sur les effets Jazzy de Tamiko Jones enregistré quelques semaines plus tôt. Après cette mise en bouche qui ne retient guère les papilles, ils nous balancent un hors d’œuvre manquant cruellement de couleurs avec « I Second That Emotion », une ballade que Smokey Robinson avait pourtant fait monter à la 4ème place des charts. Mais là, à part le falsetto de Kendricks rappelant Ted Taylor, qui vient en dualité au timbre trop doux de Diana Ross, il n’y a pas grand-chose à retenir. On préfère les versions de Jerry Garcia ou celle aventureuse de Run C&W, un groupe de Bluegrass reprenant pas mal de titres Soul.

On se dit que ça va enfin partir avec « Ain’t No Mountain High Enough », une ballade popularisée avec succès par le duo Tammi Terrell/Marvin Gaye, mais même pas. Si la voix de Tammi sonnait plus jeune et plus naïve elle s’inscrivait dans un fond plus spontané par rapport au timbre beaucoup trop sérieux de Diana. C’est simple on préfère la version bien plus marrante de Whoopi dans le film « Sister Act 2 » et même celle de Chimène Badi et du vétéran Billy Paul. On reste sur le même genre de tonalité naviguant entre ballade et Motown Sound avec « I’m Gonna Make You Love Me ». Si le morceau se classa à la seconde place du Hot 100 dès janvier 69, ça reste mou et ampoulé avec la participation de l’orchestre symphonique de Detroit. On trouve les interprétations de Madeline Bell, de Dee Warwick ou des Chi-Lites plus sincères. Chez nous Claude FRANCOIS, toujours rapide à dégainer, l’adaptera sous le nom de « Où tu veux, quand tu veux », tandis que Sacha Distel le chantait dans la langue de Shakespeare. Tout un programme ! Cette face A se termine par « Funky Broadway », titre fondateur du Funk, enregistré par Dyke & The Blazers et repris par Wilson PICKETT. Si l’original distillait une version épurée dans laquelle l’orgue et le sax nous emmenaient à la danse, celle des Temptations demeure lourde et terriblement ampoulée. Si Gene Page apporte savoir faire et feeling, Diana Ross et Dennis Edwards en font trop et ne sont pas dans leur élément, à tel point qu’on ne croit pas à cette turpitude Funk que quelques secondes seulement.

Si vous pensez que le meilleur est à venir vous vous trompez lourdement. Cette face B débute par une guimauve de première main. Enregistré par Smokey Robinson & The Miracles au tout début des sixties, « I’ll Try Something New » débute par des touches de piano et de xylophone qui renvoient vers Noël. Déjà bien sirupeux à l’origine, il ne semblait pas indispensable de rajouter une tonne de sucre à cette ballade démodée. N’étant guère amateur de Stevie Wonder, la reprise de « A Place In The Sun » ne peut que s’annoncer meilleure que l’originale, les arrangements de Paul Riser, l’homme à qui on doit les arrangements de « My Girl » et « Papa Was A Rolling Stone », se font beaucoup plus sobres et Paul Williams n’en rajoute pas. Diana Ross dirige l’attelage sur « Sweet Inspiration » mais la chanteuse imprime une cadence légèrement trop soutenue, la version originale des Sweet Inspirations de Cissy Houston gravée dans les studios de Chips Moman nous paraît bien supérieure et plus gracieuse. Derek Trucks Band reprendra le titre dans une veine tirée du meilleur tonneau. Obscur titre des Miracles, « Then » avait été repris par les Four Tops. Les Supremes le mettront à leur répertoire dans « Reflections ». Cette nouvelle version est prétexte à un passage de témoin entre Diana et Eddie Kendricks qui se passent le micro comme d’autres s’échangent un ballon. Le disque se termine sur « The Impossible Dream », titre phare de la comédie musicale « The Man Of La Mancha » que les Temptations reprenaient dans l’album « In A Mellow Mood » dans une interprétation honnête tout au plus. Chez nous, Jacques Brel en fera une sublime Quête.

Premier des quatre disques collaboratifs entre Diana Ross et les Temptations, « Diana Ross & The Supremes Join The Temptations » se vendra merveilleusement bien. Mais aujourd’hui, cet opus fait plus référence à deux groupes fabriqués de toute pièce et à un patchwork de titres plus ou moins bien mis en place pour que la voix de la chanteuse puisse coller aux harmonies vocales des cinq Temptations. Un disque bien représentatif de la sonorité et de l’univers Motown, à tel point qu’il aurait pu figurer dans la catégorie Variété Internationale. On notera que la pochette dorsale est signée par Ed Sullivan, présentateur de l’émission « The Ed Sullivan Show.

PS : La line–up proposée n’est que suggestive. Les accréditations de musiciens et des divers intervenants ne seront effectives chez Motown qu’à partir de 1971. Le disque a été réédité en 1969 sous pressage français avec une pochette différente.

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- Diana Ross (chant)
- Mary Wilson (chœurs)
- Cindy Birdsong (chœurs)
- Eddie Kendricks (chant 2-4-7-9, chœurs)
- Paul Williams (chant 1-8-10-11, chœurs)
- Otis Williams (chant 4-5, chœurs)
- Dennis Edwards (chant 3-6, chœurs)
- Melvin Franklin (chant 1, chœurs)
- Robert White (guitare)
- Eddie Willis (guitare)
- James Jamerson (basse)
- Richard 'pistol' Allen (batterie)
- Earl Van Dyke (piano, orgue)
- Jack Ashford (vibraphone, marimba, percussions)
- Eddie Brown (percussions, bongos)
- Mike Terry (saxophone)
- Paul Riser (trombone, arrangements 5-6-7)
- Gene Page (arrangements 2-3-4-8-9-10)
- H.b. Barnum (arrangements 1-11)
- Orchestre Symphonique De Detroit (4)


1. Try It Baby
2. I Second That Emotion
3. Ain't No Mountain High Enough
4. I'm Gonna Make You Love Me
5. This Guy's In Love With Me
6. Funky Broadway
7. I'll Try Something New
8. A Place In The Sun
9. Sweet Inspiration
10. Then
11. The Impossible Dream



             



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