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Jackie SHANE - Any Other Way (2017)
Par LE KINGBEE le 23 Février 2020          Consultée 423 fois

En préambule, votre humble chroniqueur n’a pas mal orthographié le nom de l’artiste. Il n’y a aucun lien avec l’acteur cascadeur hongkongais Jackie Chan, figurant dans les films « Rush Hour » ou « Shanghai Kid ».

Très franchement, je ne connaissais Jackie Shane que de nom pour avoir vu son blaze sur deux singles Sue. Totalement inconnu(e) ou oublié(e), cet(te) artiste transgenre décédé(e) en février 2019 à 78 ans fait l’objet d’une somptueuse réédition sous forme d’un double album édité par Numero Group.

Le label de Chicago n’est pas inconnu. A son actif, on lui doit entre autres des publications des Warfaring Strangers et aussi de deux groupes de Gospel Peny & The Quarters et de Shirley Ann Lee qui avaient suscité les éloges de la presse spécialisée. Là, Numero Group fait vraiment fort avec ce double album à pochette ouvrante agrémenté d’un livret de 30 pages (format L.P) richement illustré.
Sans Patrick Renassia, patron producteur de Rock Paradise, cette pépite n’aurait jamais atteint le plateau de ma platine.

Originaire de Nashville où il voit le jour en 1940, Jackie est élevé par ses grands-parents, le mariage de ses parents étant annulé, son père s'avérant un escroc de bas étage. Enfant, il préférait jouer à la poupée plutôt qu’aux soldats ou aux voitures. Il est couvé par ses grand-parents jusqu’au décès de sa grand-mère alors qu’il a toute juste sept ans. Il rejoint sa génitrice qui s’est remariée du côté de Cleveland et fait ses gammes dans la paroisse locale. Trois ans plus tard, il retourne à Nashville où une tante le prend en charge. S’il se produit dans plusieurs troupes de Gospel, Jackie découvre Nat King Cole et B.B. KING. Adolescent, il intègre un trio dirigé par le pianiste Louis Lavelle, s’occupant à la fois des baguettes et du micro. Il se perfectionne à la batterie en prenant des cours avec Charles Connors, batteur de Little Richard et participe à plusieurs sessions pour les labels Nashboro et Excello. Après un court séjour à Los Angeles où sa mère s’est établie, il regagne Nashville et se produit notamment avec le guitariste Bobby Hebb et le bassiste Deford Bailey Jr., fils d’un célèbre harmoniciste de Blues. En 1957, il intègre les tournées organisées par Excello, jouant alors aux cotés de Larry WILLIAMS, Arthur Gunter, Margie Hendrix, Big Maybelle ou Joe Tex. En 1958, Jackie se produit au Kentucky et s’établit à Montréal dès le début des sixties. Il faut dire que la belle robe rouge avec laquelle il se produit dans les clubs du Tennessee ne connait pas un succès foudroyant, bien au contraire. Certains ont plus envie d’amener goudron, plumes ou une corde que d’applaudir les prestations de l’artiste. He oui, c’était ça les States au tout début des sixties, un pays connu pour sa largeur d’esprit œuvrant à fond pour la tolérance.

La discographie de Jackie Shane se compte sur les doigts des deux mains : grosso modo 1 45 tours Stop remontant à 1962, 2 singles Sue dont les titres sont disséminés sur d’obscures compilations, 1 single Modern et 1 Cookin’ édités en 1967 et enfin un album Live publié par Caravan Records, modeste label canadien basé en Ontario.

Nul doute que l’acteur homonyme soit bien plus connu que celui du disque.

Ce double disque de 21 titres regroupe 7 pistes de l’album Caravan, 4 faces Sue, 2 Modern et enfin 2 titres issus d’un microsillon édité par Paragon, une petite maison de disque canadienne. Si dans le monde du R&B et de la Soul, Bobby Marchan avait ouvert la voie des chanteurs transformistes, Jackie Shane est le premier chanteur transgenre et demeure historiquement le premier auteur a avoir utilisé l’expression « Gay » dans une chanson. Bien au-delà des ses tenues vestimentaires, Jackie Shane, parfois nommé Miss Jackie Shane, dans des registres proches de Little RICHARD ou de Jackie Wilson, mettait assurément le feu aux planches. Secondé pendant de longues années par Frank Motley, Jackie Shane fait ici feu de tout bois et il faut être sourd ou unijambiste pour ne pas se laisser aller à trois pas de danse. D’entrée de jeu, il passe la surmultipliée avec « Sticks And Stones », popularisé par Ray Charles Shane, ouvre les vannes à fond et pose son chant sur un rythme trépidant. Rien à voir avec les futures guimauves des EVERLY BROTHERS ou des Righteous Brothers. Après une telle débauche d’énergie, quoi de mieux qu’un peu de Southern Soul pour faire reposer les soupapes avec « Any Other Way », petit hit de William Bell dans une version bien supérieure à celle de Chuck Jackson qui pour le coup fait office d’enfant de chœur. Le chanteur pas encore chanteuse est excellent sur les mid tempo. « In My Tenement », l’un de ses titres Sue, relègue bien loin la reprise de Clyde McPhatter. Même impression avec « Money (That's What I Want) » immortalisé par Barrett Strong pour la Motown et dans lequel Shane ajuste feeling, tempo et qualité de chant pour une chanson qui se révèle largement meilleure que la plupart de ses 150 reprises. Eddy MITCHELL l’adaptera sous le nom « Pas de chance ». Si les cuivres donnent une touche nettement plus R&B sur « I’ve Really Got The Blues », cette reprise de Lloyd PRICE permet de placer le chanteur dans son élément. S’il fallait retenir un titre, « Send Me Some Lovin’ », une création du tandem Price/ Marascalco, serait peut être le meilleur exemple de la qualité de timbre de Jackie Shane. Si le chanteur peut étonner par ses tenues criardes et très féminines, il a le don de ne pas en rajouter, bien au contraire, et permet même de rendre cette guimauve pur sucre mangeable. Les deux dernières pistes de cette face nous entrainent vers une coloration Soul Garage via les effets d’un petit orgue farfisa.

Les faces B, C et D proposent 12 titres captés en Live. On serait tenté de dire que chez Shane, c’est un peu comme dans le cochon, tout est bon. Devenu transgenre, Jackie sait varier les rythmes et son orchestre contribue à apporter des colorations éclectiques. A chaque titre, on se demande à quelle sauce on va être mangé. Sa reprise de « Knock On Wood » rend hommage à Eddie FLOYD, tandis qu’il se transforme carrément en chanteur de Blues sur « You’re The One (That I Need) », grand succès de Bobby Blue BLAND. L’interprétation de « Papa’s Got A Brand New Bag », hit de James BROWN, diffuse assez de gaz pour maintenir la tension et se démarque par le biais d’un sax groovy à souhait. Si « I Don’t Want To Cry », une création du duo Chuck Jackson/Luther Dixon, a souvent sonné comme un titre de variétoche, Jackie Shane parvient à mettre assez d’intensité et d’émotion pour rendre le morceau crédible et attrayant. Peut-être l’une des meilleures interprétations avec celles d’Anna King (chez les femmes) et Spyder Turner. Terminons ce panorama avec deux originaux « New Way Of Lovin’ » qui dévaste tout sur son passage et « Cruel Cruel World » qui vient clore l’album sur une note de douceur.

Saluons le travail de recherche du label de Chicago et la richesse d’un épais booknote réalisé avec la participation de Jackie Shane. Certains trouveront ici des similitudes avec Little RICHARD tant par les prouesses vocales que par l’orchestration. Un bien bel ouvrage. Note 3,5 + 0,5 pour le livret.

Attention, ce double-album a fait l’objet de plusieurs pressages et certains titres semblent différer selon les versions. Autre particularité, le titre de cette compilation figure sur la pochette dorsale du disque.

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- Jackie Shane (chant)
- Roly Simmonds (guitare)
- Ralph Blair (basse)
- Jimmy Buttler (batterie)
- Curley Bridges (orgue)
- Frank Motley (trompette)
- Wally Blair (saxophone)
- King Herbert (saxophone)


1. Sticks And Stones
2. Any Other Way
3. In My Tenement
4. Comin' Down
5. Money (that's What I Want)
6. I've Really Got The Blues
7. Send Me Some Lovin'
8. Walking The Dog
9. You Are My Sunshine
10. Stand Up Straight And Tall
11. New Way Of Lovin'
12. Cruel Cruel World
13. Knock On Wood (live)
14. Money (that's What I Want) (live)
15. Raindrops (live)
16. You're The One (that I Need) (live)
17. Don't Play That Song (you Lied) (live)
18. Papa's Got A Brand New Bag (live)
19. Any Other Way (live)
20. You Are My Sunshine (live)
21. I Don't Want To Cry (live)
22. Shotgun (live)
23. New Way Of Lovin'
24. Cruel Cruel World



             



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