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- Membre : The Who

John ENTWISTLE - Smash Your Head Against The Wall (1971)
Par MARCO STIVELL le 1er Avril 2020          Consultée 253 fois

Il est le meilleur membre des WHO, c'est ce que disent beaucoup. Il n'est pas chanteur principal, le chanteur beau comme un dieu pour précision, mais sa voix dispose d'une puissance certaine, sans parler de l'amplitude (du grave de basse ventrue jusqu'au falsetto d'enfant de choeur). Il n'est pas le batteur fou qui casse sa batterie et en met plein la vue avec ses frasques : discret de nature, il préfère porter un costume de squelette et laisse virevolter ses doigts faits de béton, nous dit la légende. Enfin, il n'est pas le guitariste, élément premier du rock ; il n'est pas le principal compositeur, mais pour la basse (et son emploi des cuivres) comme la création, il n'a rien à prouver lui non plus, c'est un euphémisme.

John "The Ox" ENTWISTLE reste, au final, celui qui réunit le mieux les divers talents des WHO. Et s'il est le préféré de beaucoup, l'un des musiciens les plus appréciés de l'histoire du rock, ce n'est pas volé. Pourtant, sa carrière solo demeure méconnue. Comme beaucoup de carrières solo de nombreux groupes de rock "classique", me direz-vous.

Alors que le légendaire Who's Next est prévu pour plus tard en cette année 1971, c'est pourtant bien lui le plus prolifique de la bande. ENTWISTLE publie coup sur coup, seul, deux albums, frustré sans doute qu'il est de n'avoir pu caser qu'un (pourtant génial !) "My Wife" sur l'oeuvre collective. D'emblée, son style personnel nous éclate à la figure, avec un choix de pochette singulier pour Smash Your Head Against the Wall : en réalité, une superposition d'un scanner de côtes avec une photo du visage d'ENTWISTLE portant un masque mortuaire égyptien.

Avec le titre en prime, le bassiste nous fait entrer dans son univers un rien (si peu !) cynique, dérangé. Ses paroles sont plus sages qu'au temps de Tommy et de ses "Fiddle About" et "Cousin Kevin" (la chanson la plus dégueulasse que Pete Townshend ait entendue de sa vie). En musique, aussi, car l'exubérance de Keith Moon est remplacée au pied levé par le feeling appliqué de Jerry Shirley (HUMBLE PIE). Moon, le grand ami de The Ox, est pourtant bien présent en invité sur un titre, "No. 29", pour jouer des percussions aux côtés des comédiens-chanteurs Viv Stanshall et Neil Innes (BONZO DOG DOO-DAH BAND, entourage des MONTY PYTHON).

Pour la guitare, puisque cet album est réalisé en trio avec basse et batterie (sans compter le reste des instruments joués par ENTWISTLE), c'est Dave Langston dit "Cyrano", un roadie des WHO, qui est choisi. Autant le musicien est remarquable pour s'adapter au son général, cotonneux et lent de préférence, rugueux voire poisseux, autant, il faut le dire tout de suite, les soli de six-cordes ne sont pas le point fort de l'album. Ceux de basse non plus d'ailleurs : il s'agit bien de chansons aux développements intéressants, les ambiances parties des riffs de basse-guitare.

Sur "Pick Me Up (Big Children)" et "What Kind of People Are They?", ENTWISTLE tente une approche soul-funk où les cuivres sont de sortie et où il apparaît pour le moins crédible. Loin de la simplicité de la Motown, il n'hésite pas à garnir le tout de montées "maléfiques", d'intros nébuleuses. Un Anglais, créatif de surcroît, mais tellement mystérieux ! Sur "You're Mine", encore meilleure, il se met dans la peau du Diable (tout un programme !), égrène un piano dans les aiguës, déforme sa voix avec laquelle il égale presque ici la nervosité d'un Roger Daltrey. La coda instrumentale ("No.29") débute en cacophonie, ramène des cuivres à la "My Wife" bien balancés, pour se finir en calypso. Etonnant, répétitif plutôt que virtuose mais convaincant.

C'est comme "Heaven and Hell", cette chanson d'ENTWISTLE, classique live des WHO jouée au début des concerts 1969-70 et qui n'a jamais trouvé sa place en studio. La version ralentie ici, malgré le cor, ressemble plus à une ballade sudiste. La guitare flotte, le chant tient l'auditeur, il y a un parfum de drogues dures dans l'air et comme sur le reste du disque ! Autre lien avec les WHO, "My Size" est pensée comme une suite à "Boris the Spider" mais vue par une femme. Musique différente, avec un riff blues-rock pachydermique, mais la descente finale tient à souligner l'analogie. Excellent titre d'introduction !

Sur un terrain folk cette fois, "What Are We Doing Here" est inspiré par la vie de tournée des WHO, les chambres d'hôtels avec toutes les frasques commises par Moon et Townshend. La batterie y est brillante, de même que les choeurs et le chant psychédélique ; c'est le genre de morceau laborieux, bavard, mais limpide, touchant par bien des aspects. Un drôle d'équilibre que seul ENTWISTLE semble savoir gérer !

Tout comme les paroles de "I Believe in Everything", son "Imagine" à lui, sur la réincarnation et qui se perd dans un flot humoristique, l'obsession récurrente pour "le Paradis et l'Enfer". Single bien choisi car le ton folk avec piano et basse proéminente y est à l'avenant, la mélodie superbe, la batterie bien fournie de même que les bruitages de fin. Le premier album de John ENTWISTLE est à son image : curieux, mystérieux, passionnant. Et une réussite, comme son petit frère à venir.

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   MARCO STIVELL

 
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- John Entwistle (chant, basse, piano, claviers, cor, trompette)
- Dave 'cyrano' Langston (guitares, choeurs)
- Jerry Shirley (batterie)
- Vivian Stanshall (percussions)
- Keith Moon, Neil Innes (percussions, choeurs)


1. My Size
2. Pick Me Up (big Children)
3. What Are We Doing Here
4. What Kind Of People Are They?
5. Heaven And Hell
6. Ted End
7. You're Mine
8. No. 29
9. I Believe In Everything



             



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