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VARIETE FRANCAISE  |  STUDIO

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CHRISTOPHE - Aimer Ce Que Nous Sommes (2008)
Par MR. AMEFORGEE le 8 Septembre 2008          Consultée 3332 fois

La nuit noire et triste tombe sur la ville comme la pluie les jours d’orage mélancolique comme des pruneaux. Les nuages moutonnent comme des brebis galeuses et les lampadaires crépitent comme des hypostases coaxiales dont les permutations diligenteraient l’ordalie putrescente comme une toile de jute. Au milieu de ce capharnaüm, l’homme traîne son cafard, moustachu comme un artiste maudit, moustachu comme un pou. C’est beau, c’est triste, c’est l’essence de la beauté pas joyeuse, on touche l’essentiel (c’est beau).

C’est un peu ce qu’on ressent à l’écoute du tout nouvel album de Christophe que la vox populi a depuis des décennies consacré génie de la variété française. Un peu à l’écart de ce qui se fait dans l’Hexagone, gâteaux d’orchestrations bouffies ou bien squelettes de bidules acoustiques, l’ombrageux taciturne va chercher ses influences ailleurs, outre Manche, outre Atlantique, flirte avec les muses modernes de l’électronique planante. Vaporeux, atmosphérique, mystérieux, flottant, énigmatique, crépusculaire, autant d’adjectifs qui pourraient qualifier le contenu de l’opus, et l’on pourrait ajouter « suspendu, intrigant, sensoriel »* pour emprunter la formule d’un journaliste. Se retrouvent embarqués sur la même gondole le space-rock psychédélique intello de Pink Floyd, le new-age jazzy de Jan Garbarek et le trip-hop expérimental de Radiohead, références pour le moins prestigieuses. Un son très travaillé, une palette large d’instruments, des invités célèbres, tout concorde pour se laisser aller aux superlatifs. Sans oublier la merveilleuse voix du capitaine, fidèle à elle-même, fluette, plaintive, triste et mélancolique, qui parviendrait même à faire pleurer un colosse et s’écrouler un bonze. D’où cette très belle conclusion du journaliste évoqué précédemment : « De quelqu'un d'autre, ce pourrait être ringard, voire franchement ridicule. Chez lui, c'est superbe ».

Et là, on pourra se demander par quel pouvoir magique, par quel décret présidentiel, par quelle opération du saint esprit, ce qui serait ringard chez les autres pourrait bien être génialissimesque chez Christophe. Par quel tour de forceps ? Car en vérité, cet album, plutôt que superlatif, est surtout super laxatif. Le coulis d’électro qui se prétend moderne est surtout un vernis qui enrobe un gros morceau de kitsch. Les « trouvailles » sonores (échos, voix filtrées, samples, etc.), que l’on a déjà pu entendre ça et là depuis les années 90, du reste, cachent une vieille viande vaine, limite avariée. Il n’est nul besoin de traquer la petite bête, elle saute aux oreilles dès les premières mesures du premier morceau, « Wo wo wo wo », avec ses claviers ancestraux dont on ne se sert guère plus de nos jours que dans les téléfilms érotiques qui passent sur des chaînes du cinquième âge (Formol TV, notamment). On appréciera au passage la puissance des paroles récitées par Isabelle Adjani qui frôle de peu l’Oscar : « Impressionnante comme jamais, Sur un banc, face au Lez… Elle lui dit... Wo wo wo wo »…
Moi, je dis « woh »!
Il y a de ces nappes de synthés qu’on croirait tout droit exhumées des années 80, voire des années 20 : prenons la partie finale de « Magda », on pouvait entendre un truc similaire dans les instru planants des derniers albums de Queen, il y a vingt ans (et le groupe avait du retard en matière de synthés). Et ça continue, on nous case des volutes un peu partout, de « Mal comme » (X ?) à « Panorama de Berlin », à peine saupoudré de cadavres de notes de piano, déstructurées pour faire bizarre, de guitare électrique, criardes pour faire émotif, ou bien d’accordéon, réverbérées pour faire jeune France qui n'en veut… « Stand 14 » pourrait être une chute de studio d’un Jean-Michel Jarre voire d’un antique Tangerine Dream, avec son ostinato synthétique, vrombissant et improbable, flexible comme l’élastique d’un slip kangourou.
Mais les sommets de la médiocrité sont ailleurs : en boîte, on se désarticulera le trou de balle sur le disco-dance putride de « Tonight tonight », qui n’a rien à voir avec le bijou éponyme des Smashing Pumpkins, mais plutôt avec les « Toutouyoutou ». Ou alors, on goûtera le rock’n’roll « Interview de », au texte savoureusement surréaliste, qui pompe allègrement Jean-Claude Van Damme mais en pas drôle. Et surtout, le fin du fin : « Odore di Femina », ultra planant, avec ses effets « orientalisants » souffreteux, auxquels Erik Truffaz adjoint sa trompette vaporeuse (mais que vient-il faire dans cette gondole ?). Ce devrait être un monument progressif, hymne à la sensualité torride, mais le manque patent de subtilité rend le propos plus obscène encore que si on avait intitulé le morceau « Pet Vaginal ».

Hélas, on croyait détenir un album inspiré et dans l’ère du temps, mais la peinture n’a pas tenu, elle s’est effritée comme le maquillage vulgaire dont se badigeonnent les camions volés. Comme je suis un être sensible et plutôt gentil, je ne pointerai pas du doigt l’indigence crasse des textes, il est évident qu’on ne tire pas sur les déambulateurs. En revanche, si je ne parle pas des mélodies des morceaux, ce n’est pas par pudeur cette fois, mais plutôt parce que je ne les ai pas trouvées. Et si encore le kitsch était volontaire, comme chez Sébastien Tellier, on pourrait peut-être accorder les circonstances atténuantes…
Cela dit, il faudrait faire taire un instant les mauvaises langues et reconnaître qu’il y a quand même du génie en Christophe et par extrapolation, bien souvent dans la variété française en général. Oui, du génie. Parce qu’il faut quand même le dire, réussir à s’inspirer de groupes majeurs, qui emportent l’adhésion de par le monde et qui sont loués pour leur créativité (je parle du Floyd et de Radiohead, là) et à transformer le tout, par un incroyable tour d’alchimiste, en soupe, ça force le respect. A ce niveau-là, ce n’est même plus du talent, c’est du saut à l’élastique. Donc oui, il y a bien du génie, car c’est un art dont nous sommes les maîtres incontestés. Moi, je dis respect, les mecs.
Dans ces conditions, ça risque quand même d’être difficile d’aimer ce que nous sommes, mais à bien y réfléchir, peut-être que l’album de Christophe n’est pas tant que ça en décalage avec l’ère du temps. Il paraît qu’on vit une époque de merde. Enfin un traitement pour les apopathodiaphulatophobes !


*Valérie Lehoux, Telerama n° 3051 - 05 juillet 2008.

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1. Wo Wo Wo Wo
2. Magda
3. Mal Comme
4. It Must Be A Sign
5. T'aimer Fol'ment
6. Tonight Tonight
7. Panorama De Berlin
8. Stand 14
9. Interview De…
10. Odore Di Femina
11. Tandis Que
12. Parle Lui De Moi
13. Lita
14. Les Voyageurs Du Train



             



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