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- Style : Joni Mitchell

Jackson BROWNE - Jackson Browne (1972)
Par MARCO STIVELL le 21 Août 2025          Consultée 363 fois

Le talent inné de Jackson BROWNE ne pouvait que faire éclore un grand nom de la chanson pop-rock américaine et sans tarder. Né fin 1948 à Heidelberg, dans le land de Bade-Wurtemberg, le garçon ne garde d'Allemagne que le contexte de son arrivée dans le monde, puisque ses parents sont tous les deux Américains. La maman tient bien quelques origines de la Norvège par sa propre famille; le père, lui, fait son service militaire pour le compte de Stars and Stripes, un quotidien de l'armée, raison de sa présence en ce qui s'appelait alors RFA. La famille déménage trois ans plus tard à Los Angeles où elle investit la maison d'un aïeul, pour le moins pittoresque puisque c'est une ancienne abbaye (San Encino) entre Highland Park et Pasadena, au nord de l'immense cité des anges. Avec quelques bouts de nature dont bénéficie rapidement celui qui s'en révèle l'un des plus proches défenseurs au cours de sa carrière. La fratrie Browne compte une soeur aînée, Roberta, puis notre ami Jackson en deuxième position, ensuite un Edward Severin (gérant actuel de San Encino qu'il a transformé en musée/résidence d'artistes), et enfin, plus tard aux U.S.A., il y a Gracie.
À l'adolescence, tandis qu'il suit un cursus normal collège-lycée, Jackson BROWNE se passionne pour la musique et commence à interpréter des chansons folk dans les clubs, notamment l'Ash Grove et le Troubadour qui ont vu passer tant et tant de grands noms sur leurs scènes, parfois pour de vrais lancements de carrières. C'est là, au moment de quitter le lycée, que notre jeune prodige intègre quelques futures formations prometteuses, notamment le NITTY GRITTY DIRT BAND ou encore GENTLE SOUL (groupe de la chanteuse-sommité Pamela POLLAND) pour des durées éphémères. Il a apparemment besoin de mener son propre projet, quitte à entrer par la petite porte, et en ce milieu des années 60, choisit de s'envoler pour New York, à Greenwich Village où il s'établit et travaille comme auteur-compositeur pour le label Nina Music.
Le déclic vient au début de l'année 1967, lorsque parmi ses démos de chansons, l'une d'elle, "These Days" (anciennement "I've Been Out Walking"), est retenue pour l'album Chelsea Girl de la chanteuse-mannequin NICO, alors membre du VELVET UNDERGROUND. Morceau qui marque les esprits notamment ce vers très mature pour celui qui avait seize printemps lorsqu'il l'avait écrit deux-trois ans plus tôt : "Please don't confront me with my failures, I have not forgotten them" ("Ne me mettez pas face à mes échecs s'il vous plait, car je ne les ai jamais oubliés"). Jackson flirte avec (finalement, l'Allemagne - dont elle est fille originaire pure souche en revanche, et de dix ans plus âgée que lui ! -, aura eu une part plus grande dans sa vie) et réalise des choeurs pour elle, ainsi que pour Tim BUCKLEY, pendant environ un an. Malgré cette parenthèse dorée, la rupture avec NICO en plein boum hippie de l'année 68 le pousse à retourner vers Los Angeles. Néanmoins, il a déjà suffisamment marqué son temps : ses premières chansons sont enregistrées par des artistes réputés dans les années qui suivent, et le magazine Rolling Stone parle d'un 'nouveau visage à suivre' (sacré beau gosse certes, en plus de ses capacités artistiques).
Il faut attendre 1972 pour voir enfin le nom de Jackson BROWNE apparaître sur son propre album. Et encore, ça a été une bataille, gagnée grâce à David Geffen, convaincu deux ans plus tôt par la démo de "Jamaica Say You Will" (enregistrée entretemps par les BYRDS, sur leur album Byrdmaniax, 1971), et qui décide finalement de monter son propre label, Asylum Records. L'appellation 'saturate before using' n'a rien d'un titre mais porte à confusion et, au grand dam du chanteur, se voit choisie par une bonne frange du public pour qualifier autrement cet album éponyme. BROWNE est alors déjà accompagné de musiciens hors-pair, 'requins' californiens qui constituent le groupe The SECTION, à savoir Leland Sklar à la basse, Russ Kunkel à la batterie (ces deux-là représentent le noyau dur), Craig Doerge aux claviers et Danny Kortchmar à la guitare. Encore que ce dernier soit totalement absent de l'album, mais rassurez-vous, les grands noms se succèdent : Albert LEE, Jesse Ed Davis (TAJ MAHAL), ainsi que 'Sneaky' Pete Kleinow des FLYING BURRITO BROTHERS à la pedal-steel, David CROSBY et Graham NASH aux choeurs.
Dès le mois de janvier 72, après cinq années de préparation et au moment de la sortie de son premier album, Jackson BROWNE met donc déjà un pied dans la cour des grands, avec le respect de tous. La fameuse "Jamaica Say You Will" (qui n'est pas dédiée au pays caribéen, mais à une jeune femme renommée ainsi et aimée de plus ou moins loin) n'est pas un tube, bien que reprise à nouveau ensuite, notamment par un certain Joe COCKER. Avec son piano ample pour une ballade typique, la couleur du chant nostalgique et beau qui sera toujours celle de mister BROWNE, la basse mélodique de Sklar, l'arpège acoustique roulant de Clarence White (alors guitariste des BYRDS), tous les éléments de la musique du jeune JACKSON semblent d'emblée réunis.
Avec une simplicité faite de classe toute californienne, celui-ci convainc mieux le public grâce au rock-shuffle de "Doctor, My Eyes", qui comble de la surprise, atteint la 8ème place du top singles US (4ème au Canada) et devient le seul vrai 'hit' de la sorte pour BROWNE pendant des années. En même temps, depuis les débuts où notre Jackson l'a bossée seul chez lui au piano et Glenn Frey des EAGLES en route pour la gloire eux aussi, son voisin et ami, dit l'avoir entendue tous les matins à travers le mur -, elle s'est bien enrichie non seulement de guitare soliste inspirée (Jesse Ed Davis, normal !) mais des choeurs de CROSBY & NASH en prime. Et en mode musical festif comme ça, c'est d'autant plus efficace que les paroles sont malades de pessimisme, de la part d'un type qui perd sévèrement ses repères avec le commun des humains. Le second tube, moins populaire mais qui a quand même gardé une bonne place au top 50 également, est "Rock Me on the Water", excellente ballade au ton plus gospel, dans une progression qui laisse admirer le songwriting.
Et, à vrai dire, c'est le cas pour tout l'album malgré une rupture nette à la "Doctor, My Eyes". On trouve la fragile et brumeuse "Song for Adam", où le désespoir bien réel cette fois est palpable, puisque BROWNE parle d'un ami, Adam Saylor, avec qui il était parti pour New York et travaillait chez Nina Music, avant que celui-ci ne se jette du haut d'un immeuble en Inde. Depuis l'époque NICO et son "These Days", on sait que le style du sieur Jackson n'a rien de joyeux, mais la musique est là pour faire passer le tout comme un bonbon même pas écoeurant. Pour témoins, la façon dont Sklar élève sa basse sur ce titre commémoratif tandis que David Campbell vient poser son alto rendu célèbre par Carole KING sur Tapestry, 1971.
La finesse des autres chansons, "Something Fine" (la plus belle ?), "My Opening Farewell", "From Silver Lake" où Kunkel ajoute un bel effet martial (et son épouse Leah, petite soeur de l'icône 'Mama Cass' Elliott, offre un joli contrechant), est aussi palpable que leur profondeur. La guitare d'Albert LEE fait mouche sur la country-rock de "A Child in the Hills" (où quand un jeune homme s'émancipe de sa famille, notamment l'enfer d'un père) ainsi que l'entraînante "Under the Falling Sky" où l'orgue point trop solennel est joué par James Beck Gordon, batteur de DEREK & THE DOMINOS! Finalement, BROWNE, le beau gosse à belle voix élégante qui se réserve des chansons taillées sur mesure aux interventions soignées, flirte avec la pedal-steel de Kleinow sur "Looking In to You", où sa description d'une femme en paroles lui semble toujours loin du compte. Ce premier effort à son image, même s'il fera mieux ensuite, atteint tout de même, avec l'appui des singles, la 53ème place du classement album.

Note réelle : 3,5

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   MARCO STIVELL

 
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- Jackson Browne (chant, piano, guitare acoustique)
- Leah Kunkel (choeurs)
- Sneaky Pete Kleinow (pedal-steel guitare)
- David Jackson (pianos)
- James Beck Gordon (orgue)
- David Campbell (alto)
- Jimmie Fadden (harmonica)
- Clarence White (guitare acoustique)
- Albert Lee, Jesse Ed Davis (guitares électriques)
- Craig Doerge (piano)
- Russ Kunkel (batterie, percussions)
- Leland Sklar (basse)
- David Crosby, Graham Nash (choeurs)


1. Jamaica Say You Will
2. A Child In This Hills
3. Song For Adam
4. Doctor My Eyes
5. From Silver Lake
6. Something Fine
7. Under The Falling Sky
8. Looking In To You
9. Rock Me On The Water
10. My Opening Farewell


             



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