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- Style : Joni Mitchell

Jackson BROWNE - For Everyman (1973)
Par MARCO STIVELL le 23 Août 2025          Consultée 312 fois

Le second album de Jackson BROWNE, For Everyman, est aussi déterminant sur le plan artistique qu'il demeure un frein à sa starisation. Certes, la 43ème place des classements à sa sortie en 1973 est loin d'être négligeable, compte tenu du nombre incroyable d'oeuvres solides qui se font à l'époque. Mais c'est bien la seule distinction matérielle pour ce travail superbe auquel il ne manque qu'un vrai tube, ce à quoi ne peut prétendre "Redneck Friend", composition rock sympa mais qui lorgne maladroitement vers les ambitions d'un "Doctor, My Eyes", sur l'album précédent.

For Everyman est envisagé juste au moment où l'album précédent vient de finir d'être enregistré. Jackson BROWNE veut alors quitter Los Angeles pour s'installer plus haut, dans la baie de San Francisco. Pendant quelques temps, il vit sur les bateaux que possèdent David CROSBY (une goélette pour lui, la Mayan) et deux de ses voisins hippies tout aussi 'allumés'. Ceux-ci rêvent en effet d'une apocalypse proche justifiée d'autant mieux qu'elle pourrait leur permettre de fuir à travers l'océan et s'établir dans une île reculée voire l'Antarctique comme seuls survivants et fondateurs d'une nouvelle civilisation, plus 'saine' forcément !

Bien qu'en rupture lui-même avec les excès de la modernité, Jackson ne partage pas trop cette forme d'abandon pur et simple d'une société 'corrompue' pour s'élever soi-même, et puis ce n'est pas parce qu'on trouve un nouveau paradis aux Aléoutiennes, à Nauru, en Tasmanie, en Antarctique ou côté îles canadiennes/Groenland/Islande, que les mêmes erreurs ne peuvent guère s'y reproduire à terme, n'est-ce pas ? Il préfère se battre pour améliorer ce qui peut l'être, et le dit dans "For Everyman", superbe chanson dans laquelle il répond ainsi à "Wooden Ships", chanson de CROSBY, STILLS & NASH et du JEFFERSON AIRPLANE (1968) où Croz' notamment manifestait déjà sa propre vision ; de façon un brin ironique, il participe aux choeurs de la chanson de Jackson.

Ce dernier en profite pour rendre hommage à un autre navire de ce nom, l'Everyman, qui sillonnait le sud Pacifique au début des années 60 pour s'opposer aux essais nucléaires de l'armée sur les îles et atolls. Sur ce fameux morceau éponyme, Leland Sklar et Russ Kunkel sont toujours présents pour la rythmique, de même pour "The Times You've Come" aux arpèges cristallins et en duo délicieux avec la petite nouvelle américaine si prometteuse, Bonnie RAITT tandis qu'une autre grande dame, Joni MITCHELL, apparaît au piano électrique ailleurs ("Sing My Songs to Me"). Voilà donc pour les titres les plus antérieurs de l'opus.

Pour les autres, Jackson BROWNE varie les collaborations et en profite tout d'abord pour rappeler qu'il est le co-compositeur de cette merveille qu'est "Take It Easy", premier morceau réellement connu des EAGLES qui a fait un carton dans les classements un an plus tôt. Sa version, moins chargée en harmonies (il se contente de sa propre seconde voix), est clairement plus fine, aux guitares lumineuses certes mais sans se satisfaire uniquement de l'aspect 'hymne pour la route'. Le jeu de batterie annonce pas mal de subtilités en la matière pour l'ensemble de l'album, il y a cette coda finale où les instruments ne veulent pas 'mourir' trop rapidement (la guitare acoustique remonte même un peu)... C'est du grand art et bien que manquant lui-même d'en faire un tube (injustice, quand tu nous tiens), BROWNE peut être fier de cette version.

Glenn Frey, son voisin de Los Angeles et ami, n'y participe pas ; en revanche, il est sur "Redneck Friend", tout comme le batteur célèbre Jim Keltner (principal de l'album), et aussi un pianiste énergique autant que mystérieux qui n'est autre qu'Elton JOHN, surnommé 'Rockaday Johnnie' dans les credits car son visa de travail aux Etats-Unis n'était alors pas valable. La salle du Troubadour à L.A. a vraiment réuni de sacrés talents ! On retrouve également, pour la superbe "Colors of the Sun" dans un esprit plus planant, Don Henley, autre EAGLES après Frey, pour des notes tenues de bravoure et un orgue mélodique assez goûteux en fond joué par Spooner Oldham, batteur de l'écurie Muscle Shoals en Alabama qui a joué pour Wilson PICKETT, Aretha FRANKLIN...

Il y a moins de guests ailleurs, même si on croise encore Bill Payne, pianiste de LITTLE FEAT, pour orner en grand la soul façon Jackson BROWNE sur "I Thought I Was a Child", d'une profondeur mélancolique qui n'a d'égale que la sérénité californienne en musique. L'auteur-compositeur si talentueux reprend son "These Days" que son ex la chanteuse NICO avait repris et qui avait été son premier pas vers la célébrité cinq-six ans plus tôt. Quelle réussite, entre ce texte hanté et ces harmonies, cette ambiance feutrée, ces petites descentes de basse et de piano... Ce dernier est d'ailleurs joué par David Paich ; les amateurs du futur TOTO devraient apprécier !

Parmi cette crème de musiciens de la côte ouest, un nom est à retenir, à savoir David Lindley, multi-instrumentiste qui a aussi joué pour de nombreux grands et qui va dès lors accompagner Jackson BROWNE pendant longtemps. S'il est ici à la guitare la plupart du temps, on l'entend aussi colorer joliment au violon électrique "Ready or Not", pop-song toute en efficacité. Encore une grande spécificité qui prouve la maîtrise artistique crescendo du beau gosse BROWNE (producteur de l'ensemble par ailleurs), ce sont ces enchaînements de morceaux qui affinent sa musique, à l'image de "Take It Easy" et "Our Lady of the Well". De quoi expliquer le final de la première, mais cela fonctionne tout autant sur "Sing My Songs to Me" où notre Jackson conduit sa mélodie avec délice, avant "For Everyman". Un album 'classique' qui inaugure vraiment sa grande période.

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   MARCO STIVELL

 
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- Jackson Browne (chant, guitares, piano)
- Glenn Frey, Don Henley (choeurs)
- Sneaky Pete Kleinow (pedal steel guitar)
- Spooner Oldham, Mike Utley (orgue hammond)
- Joni Mitchell, Craig Doerge (piano électrique)
- Elton John (piano)
- Bill Payne, David Paich (piano)
- Jim Keltner, Gary Mallaber (batterie)
- Russ Kunkel, Mickey Mcgee (batterie)
- Leland Sklar, Wilton Felder (basse)
- Doug Haywood (basse, choeurs)
- David Lindley (guitares, violon électrique)
- Bonnie Raitt, David Crosby (choeurs)


1. Take It Easy
2. Our Lady Of The Well
3. Colors Of The Sun
4. I Thought I Was A Child
5. These Days
6. Red Neck Friend
7. The Times You've Come
8. Ready Or Not
9. Sing My Songs To Me
10. For Everyman


             



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