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- Style : Joni Mitchell

Jackson BROWNE - Late For The Sky (1974)
Par MARCO STIVELL le 25 Août 2025          Consultée 420 fois

En voilà, un album loin d'être réjouissant mais qui a su marquer les esprits dans l'Amérique en proie au choc pétrolier et en cette fin de croissance économique exponentielle où le rêve n'est plus directement vécu, donc d'autant plus nécessaire ! La photo de couverture, l'une des plus belles de Jackson BROWNE (sa préférée en tout cas), est inspirée de l'oeuvre de René Magritte, L'Empire des Lumières (1954), splendide déjà et intelligemment détournée ici dans une ambiance outre-Atlantique marquée avec soin, ne serait-ce que grâce à la Chevrolet au premier-plan. Elle a été prise à Los Angeles, pas très loin de la maison d'enfance de BROWNE où celui-ci est bien volontiers revenu du coup, l'ex-abbaye San Encino.

L'album est autant réussi qu'il aurait fort bien pu ne pas l'être, puisqu'il a coûté moitié moins cher en termes budgétaires que son prédécesseur, For Everyman (1973) et a été réalisé sous pression de la part de David Geffen et son label Asylum. Une nouvelle fois, pas de tube à la clef, en revanche Late for the Sky (1974) est beaucoup plus rentable puisqu'en plus de cette restriction, il se hisse à la 14ème place et obtient le disque d'or. Joan BAEZ ne tarde pas à en reprendre plus d'un titre dès son Diamonds and Rust (1975, "Before the Deluge") et dans les années qui suivent, Martin Scorsese emploie le morceau-titre dans son film culte Taxi Driver (1976) et Bruce SPRINGSTEEN dira en temps voulu sous de hauts projecteurs qu'il s'agit du meilleur album de Jackson BROWNE.

Et si celui-ci est au firmament de sa notoriété, ce n'est pas pour rien car l'album, effectivement, semble gommer les quelques défauts des années 1972-73 pour apparaître plus mature. Notre principal intéressé se charge de la production toujours, mais pour réduire le côté perfectionniste et afin de mieux satisfaire les exigences d'Asylum, il s'adjoint les services salvateurs de l'ingé-son Al Schmitt suite à son sacré boulot l'année précédente, et le co-crédite donc. Le résultat est splendide, de bout en bout. Dans la lignée des précédents, Late for the Sky mêle ballades et morceaux un peu plus rock et élancés, sauf que tout y apparaît plus dense, limpide, équilibré avec force et sans que l'on trouve rien à redire. Un album pop fait pour élever l'âme, c'est certain !

Pour réduire les coûts, BROWNE n'a gardé que son groupe de tournée pour l'emballage principal, à savoir David Lindley et le bassiste Doug Haywood qui ont façonné l'album précédent, le batteur Larry Zack et le claviériste Jai Winding venant compléter l'effectif. Avec néanmoins bien sûr, pour prestige supplémentaire, quelques choeurs réguliers par JD Souther, Dan FOGELBERG et monsieur Terry REID tous alors sommités du soft/folk-rock eux aussi, sans oublier au moins un des EAGLES bien sûr, à savoir Don Henley. On note aussi, pour un titre, "The Late Show", l'arrangement orchestral inédit de David Campbell (joueur d'alto sur "Song for Adam" du premier album de 72, on s'en souvient) qui préfigure déjà un peu l'album à venir ensuite dans un certain sens.

Ce morceau, slow country serein musicalement et imprégné de lap-steel guitare jouée par David Lindley, est un beau témoignage de là où cet album veut nous amener. Sérénité musicale d'un côté tandis que les paroles sont grisantes à souhait ("dreaming of the perfect love, and holding it so far above, if you stumbled onto someone real, you'd never know"), mais envoûtement total de l'autre et qui apporte son lot de surprises, ici avec un orchestre très touchant et adapté donc, à la fin aussi et sa moto qui démarre. Cela dit, même un "For a Dancer" dans la plus grande simplicité, conduite par le piano et le violon, contribue à la richesse et la beauté d'ensemble.

Comme toujours, BROWNE laisse beaucoup de place à ses musiciens. Après un "Late for the Sky" éloquent d'un point de vue mélodique et céleste, basse, guitare électrique et orgue grésillant en avant, "Fountain of Sorrow" demeure le plus long titre de sa carrière du haut de ses six minutes quarante. Entièrement dédié à la courte liaison de notre jeune éphèbe et de cette chère Joni MITCHELL (qui avait joué du piano sur un titre de l'album précédent), le morceau favorise une pop plus carrée avec de délicieux choeurs féminins pour les refrains et le final. Il y a cette partie musicale en suspension au milieu, et aussi cette impression de future nouvelle direction bienvenue.

D'habitude, les up-tempos ne sont pas du meilleur fait de BROWNE, "Take It Easy" mis à part puisque co-écrit avec le EAGLES Glenn Frey. Ici, il parvient pourtant seul grâce à "Walking Slow" et son timbre blues-rock gorgé de slides guitares voire d'effets 'jug' inédits qui posent une drôle d'ambiance plus Memphis que L.A., ainsi qu'à "The Road and the Sky", titre 'trucker' soigné en harmonies vocales et ton mordant, où Larry Zack ajoute des timbales mexicaines affûtées. La lap-steel de Lindley refait merveille sur "Farther On", sans oublier ce petit riff aigu et glissé en intro sur piano, le son de batterie des plus fins, tout cela pour une mélodie un peu poussée mais saisissante.

Reste donc ce "Before the Deluge", complainte sentimentale sur une relation vouée à l'échec avec références bibliques qui ont tant charmé dame Joan BAEZ, en guise d'allégorie pour cette génération de baby-boomers si emplie de rêves et de promesses depuis l'enfance, si bien déçue dès ce milieu d'années 70 entre fin de l'époque hippie, récession, divorce, conséquences écologiques notamment pour un BROWNE très concerné... Quel grand art, dès ce début avec violon caressant et orgue grésillant sur les éléments pop-folk habituels. Le chant se déroule avec ses choeurs féminins divins et le violon qui continue de jouer ; la suite amène son lot de rythmiques et relancées toujours en adéquation, là encore pour plus de six minutes de bonheur. Le talent de Jackson n'est plus à prouver, quelques minutes de détour suffisent.

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   MARCO STIVELL

 
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- Jackson Browne (chant, guitares, piano)
- Dan Fogelberg, Jd Souther (choeurs)
- Joyce Everson, Beth Fitchet (choeurs)
- David Campbell (arrangements des cordes)
- Henry Thome, Michael Condello (claps)
- Fritz Richmond (jug)
- David Lindley (guitare électrique, violon, lap steel, choeu)
- Doug Haywood (basse, choeurs)
- Jai Winding (piano, orgue hammond)
- Larry Zack (batterie, percussions)
- Terry Reid, Don Henley (choeurs)


1. Late For The Sky
2. Fountain Of Sorrow
3. Farther On
4. The Late Show
5. The Road And The Sky
6. For A Dancer
7. Walking Slow
8. Before The Deluge


             



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