>Boîte à demandes>Historique du site
>Parallhits>Statistiques
>FAQ>Liens
>L'équipe du site>Facebook
  
  

Recherche avancée       Liste groupes



      
EXP / IMPRO PIANO / JAZZ  |  STUDIO

L'auteur
Acheter cet Album
CHRONIQUES

ALBUMS STUDIO

2021 ★★★★  Treatments (Ishibashi, O'Rourk...
2022 ★★★★  Mokusatsu (Avec Tatsuhisa Yama...
2023 ★★★★  Succo DI Formiche
ÉQUIVALENCES

GIOVANNI DI DOMENICO - Treatments (ishibashi, O'rourke, Talia, Yamamoto) (2021) ★★★★ 
Par STREETCLEANER le 25 Août 2025          Consultée 632 fois

Treatments est un album ambitieux, d'un peu plus d'une heure et demie, du pianiste et compositeur italien Giovanni Di Domenico, qui réside à Bruxelles depuis de nombreuses années. Parti d'une formation jazz, il a cheminé sur des terres d'influences non-occidentales et a également pour références des musiciens tels que Borah Bergman, Paul Bley en passant par Debussy, Luciano Berio ou encore Cecil Taylor, pionnier du free-jazz (en passant, écoutez donc le Live At The Café Montmartre de ce dernier, enregistré en 1962). Certaines de ces références rendent compréhensible l'orientation du compositeur italien vers les musiques dites expérimentales et avant-gardistes. Sur Treatments il n'y a nulle raison de craindre ces termes ; les quatre parties sont très accessibles et ne sont fondamentalement rien d'autre que des 'impro piano'. Il faudra cependant faire partie de cette catégorie d'auditeurs-vagabonds qui aiment prendre leur temps pour découvrir, défricher, et apprécier de longs cheminements musicaux. Ceux-ci seront récompensés avec un album d'une grande richesse de paysages.

L'album est divisé en quatre parties de plus de vingt minutes chacune ; chaque partie est l'occasion d'une collaboration avec un artiste différent : la Japonaise Eiko Ishibashi pour "The Walk", l'Américain Jim O'Rourke pour "Peach Rino", le batteur australien Joe Talia pour "Manyfold" et le multi-instrumentiste Tatsuhisa Yamamoto sur le dernier "Jaws of Life" (il n'est pas présent ici en sa qualité de batteur).

Chacune de ces parties a sa propre identité, ses propres atmosphères. "The Walk", avec Eiko Ishibashi, est bien nommée. Pendant près de vingt-quatre minutes la Japonaise (flûte, électronique, synthés, field recording) va contribuer à développer le décor dans lequel l'auditeur va cheminer, conduit par le piano. Le pianiste emploie régulièrement la technique dite des 'notes répétées', voire 'd'accords arpégés' répétitifs ; quelques mouvements verticaux (ou ascendants) sont tentés de percer dans les premières minutes, notamment lorsque ces notes répétées gagnent en vélocité pour former des harmoniques généreuses et denses, très flatteuses pour l'oreille ; alors que le background sonore créé par Ishibashi possède un côté spectral qui ne détonne pas tant que cela quand il cohabite avec le piano, souvent en mode mineur, comme ce passage à mi-parcours version 'maison hantée'. Parfois, d'autres jolis et brefs moments se font jour, par exemple quand une seule note vient à tomber après ces boucles répétées, façon de faire qui donne à cette seule note une charge mélodique remarquable ; de manière générale les boucles emmagasinent une énergie qui ne demande qu'à être libérée et la (ou les) note qui suit va alors bénéficier d'une mise en valeur particulière. Le field recording est fait de voix, de sons de pluie, de souvenirs sonores etc donnant cette sensation accrue de cheminer dans nombre de tableaux qui se suivent sans se ressembler. D'autres moments plus virevoltants, mais dissonants, sont le prélude à une belle montée de boucles répétées qui gagne en intensité et ampleur et nous emmène dans un tourbillon vertical, en mode mineur, qui semble apporter avec lui les tourments et hantises de Ishibashi ; le moment le plus intense de cette partie. On est ici pas très loin de l'acmé d'un Paris Concert (1988) de Keith Jarrett ! On retient de ce titre nombre d'incursions en territoires fantomatiques, hantés, conduites avec légèreté, sentiment aussi probablement justifié par l'utilisation prédominante de la partie droite du piano.

La deuxième partie de vingt-cinq minutes est réalisée en collaboration avec Jim O'Rourke, en charge des effets et bruitages électroniques. L'ouverture de "Peach Rino" semble liquide et zen comme un jardin japonais doté d'un sōzu. Mais cette partie va délaisser les consonances pour ensuite porter les expérimentations vers les dissonances et des constructions plus bizarroïdes et concassées. Le jardin zen semble se dérégler et l'ordre de la nature s'évaporer. Le pianiste va tout de même nous gratifier d'une belle montée d'intensité, comme dans la partie précédente, avec des notes répétées si rapidement qu'elles se fondent dans un tout se transformant en un nouveau crescendo harmonique. La suite est faite de tensions sporadiques, en mode mineur, entrecoupées de silences notables, et c'est la partie droite du clavier qui distille ces atmosphères peu rassurantes. De manière surprenante le piano va composer avec de légères percussions électroniques accentuant la tension qui va ensuite se reporter sur la partie gauche du clavier. Le registre, clairsemé en notes, s'oriente plus ici vers une bande-son de film de suspens, de thriller ou de giallo. Cette deuxième section est moins haute en mouvements et en couleurs que la précédente, préférant cheminer dans des lieux déserts et sombres. "Peach Rino", c'est parcourir une ruelle sombre en solitaire.

"Manyfold" (22 minutes) change clairement de registre. Avec le batteur Joe Talia, on a là la partie la plus jazzy de l'album. C'est aussi celle qui brasse le plus d'énergie. Di Domenico passe progressivement, avec la montée en charge du batteur Talia, d'un 'simple' exercice d'impro piano, comme pourrait le faire un Keith Jarrett, à une partie bien aspirée par le jazz, le free-jazz plus précisément, qui va s'avérer particulièrement mouvementée passées les huit minutes de cette section. Il faudra en effet attendre près de quatre minutes avant que Talia ne se fasse remarquer, sa participation allant alors crescendo ; tout d'abord en discrétion, essentiellement avec les cymbales. Là aussi "Manyfold" offre de jolis moments d'accords arpégés véloces, renforcés à l'occasion par le sustain de la pédale forte, qui offrent de flatteuses harmoniques, entrecoupés de cavalcades de la main gauche. C'est la section la plus enthousiasmante de l'album, qui nous emporte avec facilité dans cette symbiose entre énergie galvanisante et déluge d'harmoniques enveloppantes qui ne demandent qu'à nous élever avec elles. Les jazzeux privilégieront sans aucun doute cette section, qui est la plus lumineuse de surcroît.

"Jaws of Life" (22 minutes) relève clairement de la musique ambient, du dark ambient même. Dans cette quatrième et dernière section le piano est assez peu présent, il laisse presque toute la place à Tatsuhisa Yamamoto (synthés, électronique, effets). Autant "Manyfold" exige une écoute active, autant ici elle ne se révèle pas nécessaire. Le titre se termine de manière surprenante dans un environnement pastoral.

L'exercice d'exhaustivité est vain dans le cadre d'une chronique, d'autant plus que chaque nouvelle écoute de ces quatre-vint-quatorze minutes apporte son lot de découvertes et de petits détails. Ceux qui aiment le piano, des ambiances plutôt sombres, que ne laisse pas deviner la pochette sur fond de ciel bleu, devraient se régaler avec cet intrigant et enthousiasmant Treatments. Mais cet album exige avant tout d'aimer prendre son temps pour faire de nouvelles rencontres.

Note : 4.5/5.

A lire aussi en JAZZ par STREETCLEANER :


Francesco DE MASI
Lo Squartatore Di New York (1982)
Tout remonte toujours à l'enfance




OREN AMBARCHI
Ghosted Ii (Johan Berthling, Andreas Werliin) (2024)
Harmonie est son nom


Partager


LA CHRONIQUE

 > PRINCIPALE
  ★★★★ STREETCLEANER


LINE-UP
- Giovanni Di Domenico (piano)
- Eiko Ishibashi (flûte, électronique, synthés, field recording)
- Jim O'rourke (effets)
- Joe Talia (batterie)
- Tatsuhisa Yamamoto (synthés, électronique, effets)

TRACKLIST
1. The Walk
2. Peach Rino
3. Manyfold
4. Jaws Of Life


             



1999 - 2026 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod