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- Style : Joni Mitchell

Jackson BROWNE - Running On Empty (1977)
Par MARCO STIVELL le 27 Août 2025          Consultée 420 fois

Même si The Pretender, le quatrième album de Jackson BROWNE en 1976, avait fort bien marché (5ème place du classement américain), on connait bien le contexte difficile dans lequel il est sorti, et combien il demeure différent des autres productions de l'intéressé. Peut-être est-ce pour cela que celui-ci a eu comme une envie de prendre le large, en réalisant au départ une tournée salvatrice qui a tout d'habituel dans la vie d'un musicien pop-rock, mais à laquelle finalement il donne une toute autre tournure.

Des albums de la route, il y en y en a eu plein ; des live immortalisant le moment, à la pelle. Mais combien d'albums-concepts dédiés à la route, écrits et enregistrés dans les conditions du bord ? C'est bien ce qu'est Running on Empty (1977), l'album qui deviendra best-seller de Jackson BROWNE, faisant mieux que le précédent (3ème place) et reste dans le top pendant un an. De toute façon, rien qu'à la pochette déjà parlante, on a envie d'aimer cet album qui s'écoute bien en plein voyage routier certes, mais entre routes de campagnes et - pire encore - voies rapides (comme ce fut le cas lors de la découverte entre Saint-Etienne et Roanne), il est difficile d'en saisir toutes les subtilités.

Car ce disque contient certes des extraits live, certes, en commençant par le morceau-titre enregistré aux antipodes de Los Angeles (l'amphithéâtre 'à l'américaine' Merriweather Post Pavilion, à Columbia, état du Maryland, étant réputé comme l'un des tout meilleurs du pays), et c'est également le cas des deux derniers titres qui s'enchaînent, à savoir "The Load-Out" et "Stay", reprise de Maurice WILLIAMS AND THE ZODIACS. Les trois ou plutôt les deux ont été édités en single et contribuent au succès du projet en entrant tous les deux dans le top 20.

Mais il y a, également, à côté de cela, des chansons enregistrées dans des conditions qui ne sont ni la scène, ni le studio, ni la maison. En backstage/coulisses par exemple, telle cette "Rosie" que l'on prend pour une traditionnelle ballade au piano, chantée seul (du moins jusqu'aux choeurs des autres musiciens) et adressée à une femme, alors qu'il s'agit en fait d'une écriture/interprétation spontanée pendant que l'artiste... se masturbait, donnant carrément un prénom à sa main 'fermée' ! On peut donc parler d'une des odes les plus belles, subtiles et sucrées en musique au plaisir solitaire et pendant un des rares moments de tranquillité qu'offrent les longues périodes de promotion-trajets.

Si Running on Empty parle à tant de gens, c'est aussi parce qu'il a cette couleur de détente, de relâchement y compris au niveau des paroles et que n'ont pas souvent les autres éléments de sa discographie, dans les années 70 notamment. Il y a des titres enregistrés carrément dans les chambres d'hôtel et avec des sonorités plutôt acoustiques, misant sur les guitares de BROWNE et de Danny Kortchmar avec l'ami David Lindley au violon parfois très félin en prime. Bien que figurant parmi les nombreuses reprises du "Cocaine Blues" par Reverend Gary DAVIS (décédé en 1972), celle présentée ici dans un Holiday Inn d'Edwardsville, Illinois, n'est pas en reste.

La vie en tournée fait qu'au bout d'un moment, la caféine en boisson ne suffit plus et avec l'aide de son Glenn Frey (EAGLES), BROWNE rend la chose encore plus réaliste, dialogues et rires de fin compris : "Gotta take either more or less of it, I can’t quite figure it out" ('que je prenne plus ou moins de cette chose, je ne peux plus en sortir'). Heureusement, la censure a pris des vacances, et beaucoup diront que c'est la seule vraie chanson qui parle de cette drogue dure. Plus léger, et tout aussi sympathique, on trouve "Nothing But Time" avec son ton blues-rock effréné qui a carrément été capturé au vif dans le bus de tournée, dont on entend clairement le moteur en fond tout du long !

Non pas que ces titres soient des chefs d'oeuvre mais l'ambiance est telle qu'on ne peut que craquer pour le concept, l'esprit, et puis BROWNE est entouré d'un groupe vraiment super, entre Lindley et Kortchmar et le claviériste Craig Doerge, Leland Sklar et Russ Kunkel qui demeurent la rythmique de ses débuts, ainsi que la chanteuse Rosemary BUTLER en choriste déjà croisée sur l'album précédent. Ecoutez donc cette splendide reprise du "The Road" de Danny O'KEEFE, pour moitié prise en chambre d'hôtel d'abord (au Cross Keys Inn de Columbia, Maryland), et ensuite, après une brève pause, en live avec l'ensemble du groupe (et beaucoup plus loin, dans le New Jersey, à Holmdel, dans le Garden State Arts Center) !

Une véritable merveille qui parle elle aussi de cette course épuisante, où la limite entre le café et la coke est si ténue, où l'on finit par mélanger les villes, où l'on croise des filles euphoriques accourant grâce à un nom seul et qui bouleverse leur vie le temps d'un soir... Et puis dans cet album qui se veut plus altruiste que d'ordinaire, BROWNE n'oublie pas l'équipe technique, notamment ces chers roadies qui vivent encore plus durement la chose et tout en discrétion eux, avec le montage/démontage des scènes etc.

"The Load-Out" est pour eux, avec là encore des phrases magnifiques (notamment les vers dédiés aux pensées pour les proches lointains et le fait que le temps de jouer sur scène est toujours le plus court, hélas), très typique du son live global entre la basse groovy de Sklar, la lap-steel intelligente de Lindley, Doerge qui passe allègrement de l'orgue Hammond au piano Rhodes et aux soli de synthétiseurs Minimoog ou d'Oberheim... Elle est enchaînée donc et non sans humour avec cette reprise du standard doo-wop "Stay", reprise par les FOUR SEASONS auparavant, et où brillent ici d'ailleurs, non seulement Rosemary BUTLER le temps d'un refrain en voix pleine, mais aussi David Lindley qui, en falsetto lui, nous offre une très bonne imitation du sieur Frankie VALLI !

Du reste, "Running on Empty" est encore plus magique dans son esprit pop-country au piano conducteur, interactions entre lap-steel et guitare lead de Kortchmar... Le piano électrique Fender Rhodes se fait aussi caressant que les choeurs sur la ballade sentimentale "Love Needs a Heart", où le public californien, pour la seule fois de l'opus tiens, ne se fait entendre qu'à la fin. Et puis on trouve encore une grande cool-attitude dans les "Shaky Town" (composition de Kotchmar) et "You Love Thunder", ce dernier notamment grâce aux 'oooh-la-la' de conclusion point kitschs pour un sou, à un Leland Sklar qui mérite vraiment ses galons de maître bassiste... Un album aussi généreux que précieux et pour lequel on a de quoi fondre, tout à l'image de l'artiste.

Note réelle : 4,5

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   MARCO STIVELL

 
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- Jackson Browne (chant, guitare, piano)
- Danny Kortchmar (guitares lead, choeurs)
- David Lindley (lap-steel guitare, fiddle, chant fausset)
- Craig Doerge (pianos, orgue hammond, synthétiseurs)
- Leland Sklar (basse)
- Russ Kunkel (batterie, percussions)
- Rosemary Butler (choeurs, chant)
- Doug Haywood, Joel Bernstein (choeurs)


1. Running On Empty
2. The Road
3. Rosie
4. You Love The Thunder
5. Cocaine
6. Shaky Town
7. Love Needs A Heart
8. Nothing But Time
9. The Load-out
10. Stay


             



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