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- Style : Jethro Tull
- Membre : Alan Simon

ANGE - Emile Jacotey Resurrection (2015)
Par MARCO STIVELL le 26 Septembre 2025          Consultée 474 fois

ANGE avait-il besoin de revisiter l'un de ses classiques ? Peut-être pas, mais s'il s'agissait d'une envie et que le plaisir fut présent du début à la fin de l'entreprise (on parle bien d'un groupe ouvertement hédoniste, donc), si celui-ci est ressenti par le fan voire le novice dans à peu près les mêmes proportions, alors banco ! Et puis après un dernier effort nommé Moyen-Âge en 2012, ç'eût pu être Le Cimetière des Arlequins (1973), Au-Delà du Délire (1974) ou bien encore Par les Fils de Mandrin (1976). Nenni, ma foi !

Nous sommes en 2015, et le splendide Emile Jacotey (1975) a quarante ans. Ce disque-là aura toujours quelque chose en plus que les autres, autrement que par sa pochette : un semblant de concept avec les deux interventions-monologues du bon maréchal-ferrant éponyme et une filiation forte grâce à l'évocation de légendes campagnardes. Plus que les autres, cette ?uvre s'est insérée dans la mouvance 'revival' folk de l'époque en Hexagone avec Alan STIVELL, MALICORNE ou TRI YANN pour chefs de file, et encore avec le recul, à un haut niveau non seulement de qualité mais patrimonial, pas seulement pour cette chère vieille Franche-Comté.

On se doute que l'intérêt de ANGE à ce stade de sa carrière n'est point de donner un coup de polish/lift/pro-toolisation à son album si classique qu'on lui en voudrait d'ailleurs, par principe. Non, il s'amuse à laisser certaines chansons en l'état avec le plus grand respect ("Le Nain de Stanislas", l'incroyable "Sur la Trace des Fées"), à en repenser d'autres, que ce soit dans le son global ("Jour Après Jour", "Le Marchand de Planètes") ou bien carrément la structure ("Bêle ! Bêle ! Petite Chèvre"). En outre, pour faire voyager l'ensemble des contraintes du vinyle de l'époque à la plus grande largesse du CD, il ajoute quatre inédits, avec ce v?u de rendre le tout plus consistant.

Parmi ces titres récents, bien que tous soient empreints de l'unité d'une formation exceptionnelle que les douze/dix-huit dernières années ont mieux que solidifié, on sent que certains ont été ajoutés un peu parce qu'il n'y avait pas d'album véritablement nouveau à la clef. C'est du moins le cas de "Innocents les Mains Sales", un rien trop marquée par le Christian Décamps devenu crooner alors que l'absence de Caroline Crozat se fait ressentir. Et encore que, même cette chanson-là au final constitue une forme de logique 'sextuelle' entre "Jour Après Jour" à la 'chevauchée femmetastique' et "Gustave et Lucie", sobrement (des)sous-titrée 'Suite Pileuse Pour Pinceau et Pubis' !

Curieusement, on pourrait trouver à redire des "Parallèles Amoureuses", slow pop-rockosmique et bien ficelé mené par Tristan Décamps, le fiston, mais il apparaît comme un chaînon originel manquant dans la seconde face du vinyle d'Emile Jacotey. Quant à "Gustave et Lucie", partagée en contrastes musicaux progressifs, c'est aussi un grand oui, mais toujours moins que pour ce "Bouseux" si naturel après coup - alors qu'il y a quarante ans de cela, MALICORNE composait bel et bien son précieux Almanach (1976) avec un magnifique "Luneux". Nouvelle chanson centrale, elle ne remplace la grandiose "Ode à Emile", déplacée en fin de course, que pour mieux l'annoncer musicalement parlant.

Et il y a encore un détail pas des moindres, c'est que non seulement ANGE allonge la durée, mais qu'en plus il nous régale d'interventions authentiques et supplémentaires, jusque-là gardées secrètes, du bon maréchal-ferrant, 'p'tit vieux de tous les temps'. Rien que "Le Bouseux" y a droit, avec cette évocation du cochon partagé en cuisine lors de veillées locales, façon ancestrale d'invoquer 'l'esprit de famille', tandis qu'ensuite Christian Décamps raille ce mépris des citadins pour leurs provinciaux/'péqueunauds' quand eux-mêmes ont leurs propres modes 'd'arriérisation' : le bistrot, 'l'héro(ïne)'... Emile lui-même, tout en ne dénigrant pas le progrès (il parle même rêveusement du voyage sur la Lune en 1969 !), critique gentiment la télévision et autres distractions modernes en presque final, pour dire que malgré une vie paysanne rude, rien ne remplace les veillées en famille, voisins etc.

Tout est donc fait avec soin. On peut compter sur Décamps père et fils pour cela (Tristan est aussi talentueux aux claviers-mellotroneries que son oncle Francis à l'époque !), mais aussi bien sûr, avec les instruments de chacun et les ch?urs de Thierry Sidhoum et Hassan Hajdi, ce dernier se prêtant même à une bonne part d'Orient vocal sur "Le Marchand de Planètes". La basse est exemplaire de vigueur et de classe, aussi mélodique que la guitare dès cet impressionnant "Bêle ! Bêle ! Petite Chèvre", totalement remanié en termes de structure au point que le premier couplet soit la dernière idée que l'on retrouve ici ! Et cette façon d'insister sur les sorcières et autres femmes envoûtantes, alors que Tristan Décamps se fait fort de remplacer Caroline Crozat !

Les instrus prog, cosmiques ou teintés de folk sont de toute beauté, que ce soit à la fin de ce premier titre ou bien durant les fameuses "Noces" dont le pont central nous fait passer de l'accordéon du vétéran à une incartade telle, avec batterie si surpuissante, qu'on dirait du thrash metal ! On n'en est d'ailleurs pas loin non plus sur "Le Nain de Stanislas" dont les ch?urs 'd'enfants' du départ sont un régal. Géniaux aussi, ce nouvel "Ego & Deus" où l'orgue Hammond remplace le clavecin en plus aigu, cette guitare aquatique d'Hajdi introduisant un "J'irai Dormir Plus Loin Que Ton Sommeil" qui semble transcendé (ch?ur nasal au milieu, montée folle). Et puis "L'Ode à Émile", toujours aussi saisissante (du moins, en excluant toujours son dernier vers) d'abord grâce à Christian Décamps tout en variations vocales, qui place le monologue-autobiographique du vieil homme à la fin cette fois !

Peut-être trouvera-t-on à redire sur la danse orientale, toutes percussions dehors, apportée à "Jour Après Jour", qui n'en perd pas sa délicatesse pour autant et qui gagne même en esprit légendaire, avec ce crescendo 'lydien' fait de dissonances à la fin, rappelant ce qu'avait fait MALICORNE pour sa "Blanche Biche" irréelle. Avec son côté pop chaloupée et son solo de Moog débarqué de nulle part, la chanson connue se rapproche même du "Follow You Follow Me" de GENESIS, ce qui n'est guère une insulte puisque Décamps père est un amateur des premières heures et qu'il a offert à son Décamps de fils parmi ses premiers grands chocs musicaux en l'amenant voir les tournées pop tardives du groupe anglais.

Sur le versant féminin, en termes de poésie érotique folkisante, "Aurélia" est toujours aussi fort. Enfin, et encore une fois bien qu'ouverts à la nouveauté, on remercie ANGE de n'avoir pas touché (contrechant de violoncelle ajouté, voix légèrement plus crooneuse sur le refrain, mélodie d'orgue douce à peine modifiée) à "Sur la Trace des Fées", cette pièce d'orfèvre imprégnée des montagnes comme des forêts francs-comtoises, des routes aux cyprès embrumées la nuit près desquelles se cachent de fabuleuses créatures évoquées au coin du feu. Le tout dans une veine soixante-huitarde certes, mais terriblement admirative d'un passé à l'époque encore vif, restitué par les 'interviews' de celui qu'on entend et qui l'incarne si bien ; quarante ans après, malgré l'évolution de la France voire du monde, toute personne qui écoute pareil disque y participe à sa manière. Cela ne remplace pas le vieux, classique Emile Jacotey. Toutefois, c'est une furieuse et bien jolie façon de l'accompagner.

4,5/5.

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   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Christian Décamps (chant, guitare, claviers, accordéon)
- Tristan Décamps (claviers, chant, choeurs)
- Hassan Hajdi (guitares, choeurs)
- Thierry Sidhoum (basse, chant, choeurs)
- Benoit Cazzulini (batterie, percussions)
- Emile Jacotey (voix)


1. Bêle ! Bêle ! Petite Chèvre
2. Sur La Trace Des Fées
3. Le Nain De Stanislas
4. Jour Après Jour
5. Innocents Les Mains Sales
6. Gustave & Lucie
7. Le Bouseux
8. Ego & Deus
9. Aurélia
10. Les Noces
11. Parallèles Amoureuses
12. Le Marchand De Planètes
13. Ode à Emile


             



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