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2025 ★★★★★  The Film (Original Motion Pict...
ÉQUIVALENCES

SUMAC & MOOR MOTHER - The Film (original Motion Picture Soundtrack) (2025) ★★★★★ 
Par STREETCLEANER le 13 Octobre 2025          Consultée 911 fois

Moor Mother, de son vrai nom Camae Ayewa Ann Inez, est une compositrice et musicienne afro-américaine dont les premiers albums sont parus au milieu de la décennie 2010 ; The Film (Original Motion Picture Soundtrack) * fait suite à The Great Bailout, son neuvième album, sorti en 2024, et dont le fil conducteur était le passé esclavagiste de la Grande-Bretagne, le sujet de l'esclavage revenant souvent dans ses différentes œuvres, y compris celle-ci (d'où l'importance de cette précision quant à ses origines).

Aucun de ses albums n'est semblable ; sa musique est un patchwork d'afrofuturism, de hip-hop, de spoken words, d'influences jazz, qu'il soit ambient ou free (notamment album Jazz Codes, 2022, Circuit City, 2020), d'abstract, d'électronique, de noise, d'avant-garde et d'expérimental (Analog Fluids Of Sonic Black Holes, 2019 ; Fetish Bones, 2016) et globalement de poésie tranchante et sans concession politiquement engagée, forme de renouveau de la protest song.

De son côté, SUMAC est un groupe de metal canado-américain dans lequel on retrouve Brian Cook à la basse, œuvrant également chez RUSSIAN CIRCLES (groupe de post-metal) ; le groupe est inclassable, surtout lourd et pesant, lui faisant côtoyer le doom metal, le post-metal, mais le groupe, s'il est extrême dans sa démarche, ses structures et interprétations, demeure atypique, à la fois sauvage et free, non sans lien avec le free-jazz d'ailleurs. Le guitariste et growler Aaron Bradford Turner est également présent au sein du groupe de sludge et post-metal ISIS. Le côté expérimental de ce groupe se révèle aussi dans ses albums de collaborations avec le musicien japonais Keiji Haino, musicien que l'on retrouve aussi avec l'Australien Oren Ambarchi. Leur cinquième album non collaboratif, The Healer, est sorti en 2024.

The Film c'est donc la rencontre de ces deux parcours qui semblent bien éloignés l'un de l'autre. En réalité cette rencontre n'a rien d'incongru : quand le passé harsh noise de Moor Mother rencontre les distorsions de SUMAC tout semble converger de manière fluide et naturelle. Moor Mother ne chante pas ; elle assène, elle revendique, parfois elle déclame, elle dénonce et la musique de SUMAC va enluminer ses textes. Si on retrouve évidemment du SUMAC dans la musique, The Film est pourtant un album qui pourrait séduire ceux qui sont demeurés insensibles à leurs albums solos qu'ils pourraient juger quelque peu hermétiques et par trop expérimentaux (peut-être devraient-ils commencer par le superbe Love in Shadow de 2018, la meilleure porte d'entrée ?)

Les lyrics de Moor Mother sont souvent noyés dans une brume artistique : on ne les interprète pas toujours précisément mais on en devine les contours. Sur "Scene 1" ils semblent être en prise avec une certaine réalité de terrain où l'on retrouve des dénonciations de la violence, des mensonges, de l'oppression politique et des faiseurs de guerre ("World for these Nixons ... We didn't demand more from a democracy of monsters ... Did they love you when they took centuries to apologize for enslavement? ...") ; et c'est une situation d'oppression et d'invisibilisation dont elle tente de s'extraire : "I want my breath back ... I scream I'm right here / But they don't believe me / They don't see me..." C'est une forme de cauchemar qui prend forme, comme lorsqu'on constate notre impuissance à fuir un danger imminent.

Elle tente bien de s'échapper tout au long de l'album "I was running out of myself as fast as I could" et elle ne cesse de marteler comme un mantra "I Was Running" ("Scene 2") ou sur "Scene 5: Breathing Fire", la pièce la plus consistante de l'album avec ses plus de 16 minutes, dans laquelle Moor Mother répète "Take off running" (prends la fuite).

"Scene: 5" justement, qui finit en titre ambient et zen, semble être la fuite devant une planète en voie d'effondrement et en filigrane on devine des préoccupations liées à la guerre et/ou l'écologie. La fuite est donc omniprésente ("Scene 2: The Run"), accompagnée de bruits de transmission, de scories divers et d'une guitare menaçante porteuse d'une nuée grésillante n'annonçant rien de bon. Les martèlements implacables sont comme le compte à rebours d'une explosion imminente. Le voyage de Moor Mother y ressemble furieusement à une expérience de décorporation dans un monde au ciel munchien : "Blank faces, android faces, empty souls / Edvard Munch sky screaming". Dans sa dernière partie Moor Mother cède la place au growler et hurleur Aaron Turner pour une des séquences les plus furieuses de l'album.

Si l'on met de côté deux courtes séquences instrumentales oniriques ("Hard Truth", "The Truth is Out There") plutôt bien ficelées, il existe dans cet album des moments bien moins corrosifs comme "Scene 3", et surtout la superbe "Scene 4" parcourue par un fin crissement perçant et des lâchers de distorsions intermittents qui contrastent avec des harmonies vocales entre chamanisme et regards contemplatifs portés vers le ciel.

La captivante pièce quasi-instrumentale "Camera" de près de 9 minutes, avec des voix noyées, répétées (on pensera parfois à SUICIDE), déchirées par la distorsion et la saturation des instruments, relève plus de la harsh noise et du free-jazz ; les voix semblent venir d'un ailleurs spatio-temporel comme une télétransmission qui utiliserait nos cerveaux comme récepteurs ; un véritable maelström auditif finit par emporter l'auditeur, une voix nous intimant l'ordre de ne pas détourner le regard ("don't look away").

The Film (Original Motion Picture Soundtrack) réunit deux visions atypiques du monde musical, l'une provenant du hip-hop, jazz et noise, l'autre du metal. Cette fusion des styles expérimentaux et des engagements dépasse ce que chaque artiste produit habituellement, ce qui en fait une invitation à la découvrir car elle a toutes les chances de plaire à ceux qui par le passé hésitaient à franchir le pas en ce qui concerne l'un ou l'autre des artistes, voire les deux. Un superbe album débordant d'énergie mais sachant également nous happer par ses moments plus calmes.

Note : 4.5/5.

• Contrairement à ce que laisse à penser le titre, The Film (Original Motion Picture Soundtrack) ne sert pas de support à un long métrage

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LINE-UP
- Moor Mother (voix, synth?s, effets)
- Nick Yacyshyn (batterie, percussions, synth?s)
- Aaron Turner (guitare, vocaux, ?lectronique)
- Brian Cook (basse)
- +
- Kyle Kidd (vocaux additionnels sur scene 3)
- Sovei (vocaux additionnels sur scene 4)
- Candice Hoyes (vocaux additionnels sur hard truth)

TRACKLIST
1. Scene 1
2. Scene 2: The Run
3. Hard Truth
4. Scene 3
5. Scene 4
6. Camera
7. The Truth Is Out There
8. Scene 5: Breathing Fire


             



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