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ETHNO AMBIENT  |  STUDIO

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- Style : Tangerine Dream, Brian Eno , Klaus Schulze , Harold Budd & Brian Eno, Biosphere, Michael Stearns
- Membre : Thom Brennan

Steve ROACH - Origins (1993)
Par AIGLE BLANC le 12 Novembre 2025          Consultée 143 fois

Bien qu'initialement inspirée par l'école berlinoise représentée par TANGERINE DREAM et Klaus SCHULZE, la musique électronique du californien Steve ROACH a su très vite dépasser le stade du simple fan (Now -1982, Traveller -1983, Empetus -1986), aussi doué soit-il, pour tracer son propre sillon, ou plutôt -ses- propres sillons, l'univers de l'artiste se révélant multi-directionnel. En effet, là où les musiciens populaires les plus influents ont souvent traversé plusieurs périodes artistiques distinctes au cours de leur carrière (Miles DAVIS, TANGERINE DREAM, David BOWIE...), Steve ROACH n'a cessé d'embrasser simultanément diverses sources d'inspiration, qui l'habitent en permanence depuis ses débuts discographiques.
L'amour de son Arizona natale lui inspire les très beaux 'soundscapes' que sont Desert solitaire -1989 et World's Edge -1992, ni plus ni moins que des balades rêveuses au sein des paysages grandioses de l'Ouest américain. Sa musique alors semble traversée par le mystère insondable d'une nature à la présence immémoriale.
Sa musique se fait littéralement minérale lorsqu'elle pénètre les strates géologiques inscrites dans la roche, comme nous le donne à ressentir l'étonnant et unique Early Man -2000.
Quand il questionne les traces laissées à même la roche du désert de Sonora par l'homme primitif, cela donne les telluriques et mystiques Ritual Ground et Forgotten Gods -1993.
Si l'astronomie ne semble pas inspirer outre mesure Steve ROACH, à l'inverse de ses confrères VANGELIS (Albedo 0,39 -1976) ou TANGERINE DREAM (Zeit -1972), elle lui inspire l'époustouflant The Magnificent Void -1996, unique incursion spatiale de l'artiste, générant une musique en apesanteur aussi glaçante que fascinante, transcription musicale assez proche du sentiment que suscitent certaines scènes claustrophobiques du film 2001, a Space Odyssey de Stanley KUBRICK, et notamment la séquence du meurtre par l'ordinateur Carl d'un des astronautes dont le corps sans vie dérive alors dans le vide sidéral.
La nuit demeure également une source d'inspiration essentielle pour ROACH, que sa musique trempe sa plume dans l'encre de la lune (le troublant Midnight Moon -2000), qu'elle s'immerge au coeur des heures sombres du silence (Structures from Silence -1984) ou qu'elle se dématérialise au point de ne devenir que courants d'air et courants d'eau (l'insaisissable Streams and Currents -2000.


Origins -1993 s'inscrit dans la veine 'ethnique' de Steve ROACH, représentée notamment par les albums Dreamtime Return -1988, Artifacts -1994 auxquels se joignent les indépassables Well of Souls -1995 et The Serpents's Lair -2000, aboutissement de sa démarche dans ce domaine où flamboient les braises du chamanisme ancestral.
Au cours d'un long voyage l'ayant conduit jusqu'en Australie, Steve ROACH a appris le maniement du didgeridoo au contact des aborigènes, instrument qu'il s'est empressé d'inclure dans sa musique au point de devenir un pionnier de ce qu'aujourd'hui on nomme 'l'Ethno Ambient'. Il s'agit ni plus ni moins d'une musique ambient, donc fortement ancrée dans la pure sensation, comme a contribué à la définir Brian ENO, à l'exception -de taille- près que cette 'ambient' s'appuie sur des rythmes tribaux, ce qui peut sembler étonnant aux oreilles de ceux qui croyaient 'l'ambient music' dénuée de rythme et ne se déployant qu'au gré de nappes électroniques éthérées.
Origins n'a pas la même réputation que son illustre prédécesseur, le 'classique' Dreamtime Return, pourtant il invite l'auditeur à une expérience chamanique infiniment plus probante. Là où Dreamtime Return se présentait comme un carnet de voyage déployé en une musique électronique sporadiquement traversée d'instruments acoustiques traditionnels -dont le fameux didgeridoo, et passablement ennuyeuse par manque régulier d'inspiration, ce qu'aggravait le format du double-album, Origins, sans effacer l'électronique, la relègue le plus souvent à l'arrière-plan, au bénéfice du didgeridoo qui devient l'instrument dominant de l'album, à côté d'autres instruments traditionnels ethniques comme le bâton de pluie, l'ocarina, les flûtes préhispaniques ou amérindiennes, la trompette maya ou autre armada de batteries aztèques.
Tous excellents, les six titres de l'album restent assez difficiles à décrire. Il ne s'agit pas de compositions au sens strict du terme, place étant donnée à l'improvisation. Les rythmes tribaux contaminent l'espace sonore, seule ossature perceptible de chaque piste.

Steve Roach se voit secondé par de très proches collaborateurs : en premier lieu, son ami Suzo Saiz lui apporte le son particulier de son 'hypnotics guitar'. Mais que les adeptes de cet instrument 'roi' du rock se calment : Suzo Saiz joue de la guitare davantage dans un esprit jazzy. Ici, la guitare est méconnaissable, noyée dans le riche tissu sonore qui amalgame tant de sources diverses que la somme de ses éléments est nettement plus intéressante que chaque élément pris isolément. Jorge Reyes se charge des flûtes primitives aves lesquelles il tapisse l'arrière-plan de gimmics furtifs aériens. Quant à David Hodgson, il livre des samples mettant en scène des fragments de discussion en langue 'tjapukai', apports d'humanité au sein d'une musique terriblement tellurique. Ces voix se glissent dans le tissu sonore comme des échos subliminaux, résultat de la maestria dont fait preuve Steve ROACH à la production.
Sur le plan sonore, cet enregistrement de 1993 n'a pas pris une seule ride, protégé semble-t-il par son intemporalité.
Le disque nous plonge d'emblée dans le temps du rêve (dreamtime) pour ne plus nous lâcher jusqu'à la fin. Le voyage spatio-temporel auquel il nous convie se voit traversé d'images fulgurantes générées par l'utilisation des instruments 'ethniques' que soutiennent les nappes imaginatives des synthétiseurs de Steve ROACH, dans un style proche du 'dark ambient'. Il n'est qu'à suivre les titres exposés au dos de la pochette pour se voir propulsé au sein d'un monde primitif oublié mais au pouvoir incantatoire tenace. "Artifacts", "Clay, Wood, Bone, Dirt" "Connected Underground", "In the Eyes of the Spirit", "The Face In the Fire" et "Dreaming Now, Then" déroulent le programme que décrit littéralement la musique, gorgée de poussière et d'ossements, parcourue d'incantations autour du feu du chamane. La fusion entre l'électronique et les instruments aborigènes fonctionne à plein régime. Cette musique ne sonne pas du tout comme un exercice de style ni comme un pastiche, tant les musiciens semblent habités par l'univers qu'ils sculptent avec talent et respect pour la mémoire des peuples aborigènes.

Même si vous n'êtes pas adepte de musique 'ambient', Origins mérite une écoute curieuse, ne serait-ce que pour découvrir un album assez 'unique' en son genre. Steve ROACH ouvre à l'ambient un espace immense qui permet à cette musique de s'enrichir au contact des cultures primitives, jusqu'à créer un univers fascinant, visionnaire, tellurique et spirituel.

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   AIGLE BLANC

 
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- Steve Roach (percussions, didgeridoo, ocarina, fl?tes am?rindie)
- Jorge Reyes (fl?tes pr?hispaniques, batterie azt?que, voix)
- Daniel Nagle (didgeridoo -titre 4)
- Linda Kohanov (tambour sur cadre)


1. Origins
2. Connected Underground
3. Clay, Wood, Bone, Dirt
4. In The Eye Of The Spirit
5. The Face In The Fire
6. Dreaming Now, Then


             



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