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STACK WADDY - Stack Waddy (1971)
Par TOMTOM le 21 Février 2012          Consultée 1375 fois

Il y a un moment où les qualificatifs viennent à manquer. Pas ici. Stack Waddy est un groupe de rustres, rien d'autre. Le genre de mecs qui n'en ont rien à branler, à faire passer Kurt Cobain pour un dandy sirotant son café à la terrasse du Flore et n'oubliant pas de se recoiffer toutes les quinze minutes dans les toilettes des Deux Magots. "Notre batteur perd le rythme à chaque roulement (écoutez donc "Bring It To Jerome")? En attendant on enregistre, demain il y a chantier. No bullshit.

Partisan d'une idéologie prolétarienne à l'eau de rosse (gnark), Stack Waddy a eu la malchance de naître du mauvais côté de la ceinture du soleil, en 1969. Point de bayou mais les tours grises de Manchester. De fait, s'il n'avait pas été mancunien, le groupe aurait pu devenir l'égal d'un Canned Heat. Mais dépourvu de toute virtuosité et n'étant pas foncièrement porté sur la délicatesse, Stack Waddy n'a eu d'autre choix que de se rabattre sur l'essentiel : du Rythm N' Blues à l'état brut, un jeu primal à couper au cutter. Le groupe gras ultime, directement tiré des bas fonds : John KNAIL, le chanteur, crache dans son harmonica et couine comme un porcinet qu'on serait sur le point d'étrangler. Une performance qui n'est pas sans rappeler sieur Captain Beefheart , dont le "Sure Nuff' N' Yes I Do" sorti quelques années plus tôt sur Safe As Milk se retrouve ici. A la guitare, Mick STOTT. On a rarement vu plus féroce : lent ou rapide, le gaillard distille ses effluves distordues et semble toujours d'attaque pour poser un petit solo. Stuart BANHAM, le bassiste, assure un rythme d'enfer, bien obligé vu les compétences du batteur Steve REVELL, complètement perdu lorsqu'il s'agit de sortir du diptyque caisse claire/cymbale. Une Bande de bras-cassés donc, qui s'essayent tous les soirs à laminer les tympans des spectateurs au cours de rixes viriles (le terme « concert » ne convient pas véritablement ici), défouloirs pour un petit groupe de fans auquel s'agrège très vite un certain Ozzy OSBOURNE... Un soir, John PEEL, animateur à la BBC et grand amateur de déglingués du Marshall les croisent. Le groupe est embauché illico sur le nouveau label du producteur, Dandelion. Objectif : pondre un album.

Et quel album les amis ! Ce premier disque est un de ces miracles stéréophoniques enregistrés live en une après-midi, enrichi dans la présente réédition de 9 titres (!) non retenus pour le second album. Tout ici est délectable : point d'esthétique trash ou de maîtrise hard, mais de bons gros boogies bien huilées, "Kentucky" et "Ginny Jo" en tête, le fantastique "Bring It To Jerome" toute basse dehors. Les reprises (le "Roadrunner" de Bo DIDDLEY, le "Rolling Stone" de Muddy WATERS, le "Country Line Special" de Cyril DAVIES, le "Love Story" de Jethro Tull...) transcendent de violente bonhommie les originales. On se prend même à déceler quelques accents heavy. Ecoutez donc le "Suzie Q" de Stack Waddy : Creedence et Rolling Stones vous paraîtront par la suite vainement maniérés. Ou comment faire sauter un peu plus les gonds de la porte de l'enfer à chaque descente de barré. Clairement, le groupe de Manchester donne ici une grande leçon de comment reprendre le Rythm N' Blues : sauvagement, il ne mérite que ça. Mais pas comme des pros tels ces pisse-froids de Cactus et leur guitariste qui se prend pour Hendrix. Non, comme des barbares. Saignant je le veux mon blues-rock !

Au-delà de ces reprises jouées par dessous la jambe, Stack Waddy nous réserve aussi un joyeux quadruplé de titres plus lents, plus lourds ("Mystic Eyes", "With One Leap Dan Was By Her Side, 'Muriel' He Breathed","Hunt The Stag"...) singeant (et c'est le cas de la dire) leurs compères de Black Sabbath période "The Warning". La palme revient sans aucun doute au monumental "Here Comes The Glimmer Man" : basse de plomb et circonvolutions guitaristiques, le tout saupoudré de fuzz et de délicate distorsion. Rythme lent, planant, presque reposant mais seulement jusqu'à ce que, cousu de fil blanc, tout n'explose à mi chemin. Balancez ça en boum dans la section slow, je vous raconte pas l'ambiance.

Enfin, et il ne lui faut pas moins d'un paragraphe, il y a "Nadine". Déjà que Chuck BERRY n'avait pas l'air très fin en la jouant, c'était sans compter sur l'abnégation des quatre lascars à dynamiter tout ce qui existait avant eux. Sous nitroglycérine, Mick STOTT pond un riff ultra-rapide et préfigure intégralement le jeu de Wilko JOHNSON (dans le même répertoire qui plus est) et balance la plus grande paire de solos que le rock n' roll distordu n'ai jamais connu. Monumentale (ou insensée?), bancale jusqu'au bout, la chanson n'aurait pu être plus idiote, même si Stack Waddy l'avait voulu : la discordance entre le solo, la rythmique sur les dents et la trogne du barbu John KNAIL prenant, le temps d'un "Nadine", sa plus belle voix de gonzesse finissait de faire de ce prénom le moins glamour du monde. Rien que pour ce titre, le premier album de Stack Waddy est une réussite totale, de bout en bout spontané et sauvage. Un agressif classique.

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   TOMTOM

 
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- John Knail (harmonica, chant)
- Mick Stott (guitare)
- Stuart Banham (basse)
- Steve Revell (batterie)


1. Roadrunner
2. Bring It To Jerome
3. Mothballs
4. Sure Nuff N' Yes I Do
5. Love Story
6. Suzie Q
7. Country Line Special
8. Rolling Stone
9. Mystic Eyes
10. Kentucky
11. With One Leap Dan Was By Her Side, 'muriel' He Bre
12. Ginny Jo
13. Hunt The Stag
14. Mystic Eyes (alternative Version)
15. (almost) Milk Cow Booze
16. Leavin' Here
17. I'm A Lover Not A Fighter
18. Here Comes The Glimmer Man
19. Nadine



             



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