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- Membre : Rockamovya
 

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GROUNDATION - Hebron Gate (2002)
Par KLEMAN le 5 Mars 2012          Consultée 1219 fois

Un an après leur précédent album (« Each one teach one »), les californiens de Groundation nous livrent un nouvel opus, le troisième en quatre ans. La sortie ne passe pas inaperçue, les critiques sont élogieuses (jusqu'en France), et l'album est nominé à l'Award allemand dans la rubrique World Music.

Personne ne s'y trompe, on a là l'album roots de la décennie 2000, et ma chronique ira dans le même sens que l'ensemble des critiques. Non pas par conformisme mais par réelle conviction (mon poste de radio n'ayant même plus besoin du cd pour le faire tourner tellement il connaît l'album par cœur). Pourquoi l'album roots de la décennie ? Pour l'originalité de l'ensemble de l'album, pour la complexité de l'expression dégagée qui s'écoute pourtant aussi facilement qu'une comptine, pour le talent. J'y vais fort ? Il m'arrive, malgré avoir écouté l'album des centaines de fois de manière attentive, de découvrir, tout à coup, au beau milieu d'une chanson, un instrument caché qui est pourtant présent tout au long de celle-ci, ou un enchaînement d'une créativité insoupçonnée.

Je vais reprendre petit à petit la construction de cet album … l'intro, « Jah jah Know », fait planer le mystère quelques secondes avant d'entrer dans un roots sobrement cuivré agrémenté du groove particulier de Ryan Newman (basse) qu'on retrouve aussi inspiré que sur les précédents opus. Arrive rapidement Stafford, et son flow toujours aussi magnifique également avant les claviers d'Urani qui apparaissent très discrètement jusqu'à faire une entrée relativement fracassante au bout d'1min20. C'est à ce moment qu'arrive l'énergie Groundation avec les chœurs qui rejoignent les autres, le tout se développant sur des changements de tonalités subtils. Arrive alors un pont dub-jazz lors duquel on a l'excellente surprise de retrouver la trompette de David Chachere, qui monte jusqu'à exploser tranquillement pour revenir sur la vibe de départ. La réalisation est à tomber. L'exercice vocal de Stafford annonce la fin du morceau sur un break original !

Le deuxième morceau, « Babylone rule dem », puise encore plus dans le roots, avec une intro et un skank aux rhodes, et des cuivres inspirés d'un reggae plus traditionnel. Le morceau entier d'ailleurs est très roots, sur un tempo bien lent. La voix de Stafford fait un super travail, notamment sur le break à mi-piste qui relance une énergie formidable et ponctue agréablement un morceau qui aurait pu s'endormir sans les breaks et changements de tonalités.

« Silver Tongue Show » reste dans le reggae traditionnel, tout en gardant la « Groundation's touch », à savoir breaks cuivrés, changements de tonalité, évolutions rythmiques (one drop / four drops … ), différents univers musicaux par des parties instrumentales laissant place à des soli au mélodica et à la trompette et des reprises énergiques.

« Weeping pirates » est un morceau que je qualifierais de plus expérimental, sur un tempo relativement élevé, avec des grosses parties instrumentales. Après quelques mesures chantées, le morceau laisse une large place à l'instrumental avec un solo sublime et énergique de Marcus Urani à l'orgue hammond, agrémenté de lignes de basses complètement dingues. Le solo est repris ensuite à la trompette pour finir sur un atterrissage tout en douceur (oui, vous étiez toujours sur la planète Terre).

Après ce coup de speed on se pose, tranquille, et on écoute « Picture on the wall » : une invitation au repos et à la contemplation, un morceau positif par sa tonalité et profond par son arrangement. On est emporté par l'espoir dégagé par Stafford qui répond à l'interrogation du piano, et saute par dessus les obstacles dressés par les cuivres sur les breaks. Je trouve cette piste très philosophique comme vous pouvez le constater.

Après cet instant de méditation, place de nouveau à l'énergie, à la trompette jazzy et à la vibe roots-reggae sur « Something More ». La recette se répète un peu, mais fait toujours autant plaisir aux oreilles. J'en profite pour saluer des chœurs féminins riches (et ce tout au long de l'album), et une section rythmique qui, tout en restant discrète, participe pleinement à l'originalité et au succès de l'opus

« Hebron » présente des particularités rythmiques techniques sur lesquelles j'aimerais m'attarder. Le morceau alterne entre des passages (qui ne comportent pourtant parfois qu'une seule mesure) en 4/4 et d'autres en 6/8. Des sortes de breaks présentant une rythmique reggae 4 temps alors que la majorité du morceau est plutôt une sorte de ska sur 6 temps. Les malins ont en plus accéléré le tempo sur les passages 4/4 de telle sorte qu'une mesure sur cette rythmique dure le même temps que les mesures ska 6 temps. On a du coup des trucs qui ressemblent à des triolets inversés assez étonnant... Si vous ne comprenez pas ces dernières lignes, c'est soit que je me suis mal exprimé, soit que vous n'avez sûrement pas fait de solfège, et c'est vraiment pas bien grave. J'en veux pour preuve le fait que tout cet arrangement complexe ne demande pas à être compris pour être apprécié, et c'est bien là le truc fort du morceau : on a jamais l'impression d'être face à un Objet Musical Non Identifiable auquel personne ne comprend rien, bien au contraire, c'est plutôt limpide.

« Freedom taking over » et « Undivided » achèvent l'opus en beauté avec des featuring de Don Carlos et Cedric Myton (des Congos / Inna de Yard), rien que ça !


« Longtemps avant cette guerre nous étions habitués à pleurer en restant au lit
Avec des visions de feu virant au rouge
Et alors nous avons appelé les aînés à la rescousse : Don Carlos au contrôle !!! »
(traduction de Jahsound.net)

Sur « Freedom taking over » la balle est renvoyée de Safford à Don Carlos, jusqu'à Myton. Un trio de titans qui fonctionne terriblement, où le chant est réellement mis en avant, soutenu par un riddim solide et énergique.

Les Elders jamaïcains restent au Mic (prononcez maïk pour pas passer pour de réels ignorants après le coup du solfège …) sur « Undivided », avec une présence de Myton un peu plus nette que sur la chanson précédente. Les trois voix se marient à la perfection pour former des chœurs masculins riches sur la toute fin de la chanson et donc de l'album : Myton en contreténor en voix de tête comme à son habitude, Stafford en ténor et un peu plus en avant au mix, et Don Carlos en baryton bien posé derrière. Un seul petit regret peut-être, le morceau se finit un peu en queue de poisson du fait du fondu final qui rend rien.

9 titres, presque tous de 6 minutes au moins, et une richesse de contenu pour un album à mettre entre toutes les oreilles, des moins averties au plus expertes, des amateurs de reggae à ceux de black métal en passant par les fous de musique savante/classique. Pour peu qu'ils soient mélomanes, ils aimeront.

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1. Jah Jah Know
2. Babylon Rule Dem
3. Silver Tongue Show
4. Weeping Pirates
5. Picture On The Wall
6. Something More
7. Hebron
8. Freedom Taking Over
9. Undivided



             



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