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BURIAL - Kindred (2012)
Par MARTIN le 2 Septembre 2012          Consultée 1110 fois

Coller un 3 sur 5 à un disque n'est pas l'exercice le plus plaisant qu'il soit en tant que chroniqueur. Écrire un 3, c'est annoncer bien haut à votre lectorat « tenez les gars, voilà de l'eau tiède, amusez-vous ! ». Or l'eau, on l'aime bien froide ou bien chaude. Un 3, c'est un peu le type installé au fond du canapé qui ne parle jamais lors d'une soirée : il ne marquera pas les esprits de par sa géniale présence, mais personne ne le détestera (manquerait plus que ça : il n'a rien dit). À la limite, coller un 3 à un disque d'un groupe ultraculte, genre les BEATLES ou PINK FLOYD, c'est comme annoncer à un pratiquant de Steve Jobs qu'un Mac, au fond, c'est un pc, en plus joli : ça fait du désordre et c'est marrant. Ou alors, le 3 accordé à une auto-production envoyée directement au chroniqueur, comme pour dire « allez, c'est pas mal, continue comme ça, mais ne m'embête pas plus », eh bien ce 3 là doit être plaisant à écrire, vous vous sentez investi d'une mission envers le monde de la musique (enfin, j'imagine).

Mais alors, mettre un 3 à BURIAL, ça n'est pas vraiment drôle. Car, avec un artiste de cette trempe, ne vous attendez pas à un disque mou, ou décevant, ou sans aucune prise de risque, pour un résultat moyen. Non, ça n'est pas le 3/5 qui bande mou, assurément. C'est juste que cet EP, Kindred, est déroutant et très exigeant (en terme de qualité de drogue, diront certaines mauvaises langues). Les 3 titres qui le composent sont longs, très longs, pour un total de temps d'écoute d'une demi-heure. On est assez loin des titres mi-courts qui parsemaient le désormais culte Untrue, dernier album de l'artiste sorti il y a près de 5 années déjà, durant lesquelles il multiplie les collaborations et les Eps sans jamais se relancer dans l'aventure d'un grand format. On l'excusera aisément en voyant que c'est pour mieux laisser libre cours à ses envies, car on imagine assez mal des titres aussi longs que ceux de Kindred sur le prochain LP.

Malgré ce changement notable de format, dès les premières secondes, on retrouve rapidement ses marques avec ce son unique entre tous, depuis maintes fois imité : des nappes de clavier incertaines, des bruits de crépitement en tout genre, des respirations étouffées, des claquements de doigts, et des basses éloignées, sourdes et étouffées qui donnent l'impression de surgir d'une pièce voisine. Ajoutez à cela des rythmiques toujours aussi originales et entraînantes et des voix trafiquées provenant certainement de diverses œuvres de RnB. En ressort une impression de brouillard assez épais, de solitude, une atmosphère urbaine qui évoquerait une nuit sans fin. Tantôt ambient, tantôt hypnotisant avec ces rythmiques cette fois un peu plus oppressantes, la recette de BURIAL a assez peu changé et ne surprend plus aussi fortement qu'en 2007, mais elle reste unique et d'une grande efficacité.

Enfin, efficacité, ça n'est pas vraiment le mot adapté lorsque l'on parle de Kindred et de ses titres fleuves. Les choses se mettent toujours rapidement en place, pas de progression à rallonge, mais à l'inverse on peut se surprendre à bailler plus loin dans les titres, qui assènent durant de longues minutes la même rythmique. BURIAL apporte toujours ce même soin extrême à chaque son et chaque seconde de ses titres, mais on est souvent partagé entre fascination et ennui. Certes, les titres comportent toujours de belles variations, mais l'essentiel semble être dit assez rapidement, et l'on s'interroge sur la pertinence de faire durer un titre 12 minutes s’il s’essouffle avant sa fin. Le dernier titre, "Loner", est déjà plus concis (7 minutes), on ne s’ennuie pas, d'autant plus qu'il s'agit sûrement du titre le plus inhabituel, avec ces magnifiques sons de clavier en introduction que l'on pourrait qualifier d’inédit, enfin !

Car l'auditeur qui aura déjà passé un peu de temps avec les productions antérieures de BURIAL risque d'être déçu par l'immobilisme pur et simple de certains sons. Ainsi, sur "Ashtray Wasp", on retrouve un son de clavier de quelques secondes (par ailleurs sublime) qui était présent à l'identique et à la note près sur la piste Untrue de l'album éponyme. Pareil avec pas mal de sons de crépitement, qui commencent à avoir fait leur temps, neufs il y a quelques années, mais tellement exploités que l'on en vient à se lasser. Vous savez, un peu comme les sons que MANU CHAO utilise d'album en album à l'identique, c'est tout un concept, sauf qu'il n'a pas la même prétention musicale qu'un BURIAL.

Le voilà, le 3 sur 5 pénible de l'indécision, mal calé, le fessard entre deux chaises. À rallonger à ce point ses titres, BURIAL devient encore un peu plus respectable en s'affirmant avec des formats audacieux qui permettent d'installer une musique ayant pour vocation de vous faire planer haut. Mais ces longs formats peuvent aussi bien vous faire sombrer dans l'ennui et l'incompréhension, d'autant plus que le non-renouvellement du catalogue de sons qu'utilise l'artiste commence vraiment à se faire sentir. Un EP d'une grande qualité musicale, mais coincé quelque part entre une volonté de changement et, en même temps, un immobilisme pénible.

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   MARTIN

 
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- Burial (tout)


1. Kindred
2. Ashtray Wasp
3. Loner



             



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