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CHANSON BRETONNE  |  STUDIO

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- Style : Tri Yann, Denez Prigent , Dan Ar Braz , Dom Duff, Glenmor
- Membre : René Werneer

Gilles SERVAT - Ki Du (1973)
Par MARCO STIVELL le 12 Avril 2014          Consultée 2199 fois

Le premier album de Gilles SERVAT réussit en un tournemain, et en particulier grâce à la chanson "La Blanche Hermine" devenue hymne, à asseoir l'artiste comme voix majeure de la Bretagne. Cynique et rentre-dedans, folk-rock et d'approche musicale subtilement celtique, Ki Du, "chien noir" en français et dernier disque publié sur Kelenn, le label de SERVAT, se situe dans la lignée de son prédécesseur avec un cri plus fort.

La première face est majoritairement consacrée à ce que SERVAT appelait dans "An Alarc'h" la leucémie bretonne, et que toutes ces fameuses voix majeures (Glenmor, Stivell, Tri Yann pour les autres) ressentent depuis toujours et plaignent du plus profond de leur être, jusqu'à influencer leur création. Quatre chants de tristesse et de rage, tour à tour en français puis en breton, parfois les deux ("Gweledigezh"/"Vision"), auxquelles il convient d'ajouter "Ki Du", cri de la fierté bretonne.

Dans la langue du pays, "Trugarekadenn"/"Action de Grâce" est un poème emprunté à Yann-Ber Piriou, l'un des grands auteurs de la génération précédente, qui s'adresse directement à la Marianne. De même, l'émouvant "Son an Everien Gwad"/"Chanson des Buveurs de Sang" qui nous vient de Jean-Charles Pichon, poète et dramaturge "ésotérique". Le désespoir est palpable mais peut aussi révéler un optimisme non moins sincère comme sur "Demain", curieusement placée en proue quand on sait que d'autres chansons plus sombres suivent. C'est incontestablement l'hymne de ce second disque.

Les critiques à l'égard de l'impérialisme français sont donc violentes, qu'elles soient directes ou détournées, mais ne manquent parfois pas de dérision comme sur la fameuse chanson dédiée à Paris. En adoptant le second degré, Il faut y voir ce que Gilles y ferait (et non y fera), s'il était un breton enfermé dans cette ville hostile, et qu'au fond il préfère éviter, d'où le titre à rallonge. Dans l'humour un peu plus désabusé, il y a "Défloraison Publicitaire", mais là on quitte le destin de la Bretagne pour s'orienter vers celui de grandes figures-muses de la nature ou de la poésie, alors vulgarisées par la grande machine commerciale : Ajax est devenu l'Ajax détartrant, le Canigou une bouillie dans la pâtée pour chien, et encore ils s'en sortent pas trop mal par rapport au lotus. Moins piquante et nettement plus tendre mais tout aussi viscérale, il y a encore bien sûr "L'île de Groix", lieu figurant comme symbole premier de l'attachement de Gilles à la Bretagne - l'auteure, sa femme Michelle en est originaire -. Alors que "Demain" forme le cri, l'hymne, “L'île de Groix” est un peu la carte de visite du Gilles SERVAT des premières années.

Comme sur le premier album, les guitares folk de Bernard Grosmolard et la batterie sont présentes, avec toutefois moins de caisse claire militaire, sauf pour "Son an Everien Gwad". On assiste à une mise en avant de tempos pop-rock : "Ki Du", les refrains de "Défloraison Publicitaire" en rupture totale avec les couplets très "oldies". Daniel Potet, outre quelques parties bien senties d'orgue Hammond ou de piano parfois jazzy, apporte un soupçon de modernité supplémentaire grâce au synthétiseur VCS3 sur "Prière Bretonne". L'arrangement le plus "accrocheur" - dans le sens efficacité et sans effet déroutant - reste "L'Île de Groix". La chanson "Les Colonies", où la voix grave de SERVAT rencontre la harpe de la toute jeune (et désormais regrettée) Kristen Noguès, se démarque totalement du reste par son épuration autant que sa touche enchanteresse, une idée comme l'artiste n'en aura que rarement proposé à l'époque.

Ki Du est représentatif des premiers albums de Gilles SERVAT : textes majoritairement rudes et mordants ponctués de quelques élans de tendresse, compositions de l'artiste qui confie ses arrangements à d'autres musiciens, pour un résultat plutôt sec, rugueux, manquant souvent de relief et d'unité. Un sentiment global qui sera renforcé sur le disque suivant, L'Hirondelle.

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   MARCO STIVELL

 
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- Gilles Servat (chant, guitare)
- Daniel Potet (orgue, piano)
- Bernard Grosmolard (guitares)
- Alain Monnié (basse)
- Jacky Elie (batterie)
- + Gérard Delahaye (guitare)
- Gilles Gardon (guitare)
- René Le Marer (contrebasse)
- Kristen Noguès (harpe)


1. Demain
2. Son An Everien Gwad
3. L'île De Groix
4. Prière Bretonne
5. Toi Paris Tu M'as Pris Dans Tes Bras...
6. Gweledigezh
7. Crubelz
8. Peuples Locataires
9. Trugarekadenn
10. Défloraison Publicitaire
11. Les Colonies
12. Ki Du



             



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