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POPOL VUH - Einsjäger & Siebenjäger (1974)
Par AIGLE BLANC le 12 Décembre 2014          Consultée 1221 fois

Après un Seligpreisung où pas moins de cinq musiciens officiaient au sein de la formation de Florian Fricke, POPOL VUH resserre les rangs : exit l'admirable guitariste de la 12 cordes Conny Veit, le tambourin de Klaus Wiese et l'hautboïste sensible Robert Eliscu. Il va de soi qu'un tel écrémage a une incidence directe sur le son de ce nouvel effort studio. Einsjäger & Siebenjäger délaisse quelque peu les atmosphères rêveuses de Hosiana Mantra. Cela ne signifie pas que le groupe renie ce qui faisait l'identité intrinsèque et inimitable de sa musique. Le leader Florian Fricke en profite pour accentuer sa présence au piano et le guitariste Daniel Fichelscher pour développer un jeu au lyrisme champêtre. La surprise émane même de sa double implication puisque l'artiste assume, en plus de la guitare électrique, toute l'artillerie des percussions, instruments où il excelle peut-être même davantage qu'à la guitare.Ce disque livrerait donc une partition de quasi duo si la soprano Djong Yun ne venait pas poser discrètement sa voix diaphane à deux ou trois moments de l'album.

Le précédent opus avait confondu neurasthénie et ferveur. En voulant libérer sa part mystique et nous la faire partager avec une insistance maladroite, Florian Fricke avait condamné ses compositions à la mièvrerie, travers qu'il avait pourtant superbement évité avec Hosiana Mantra, ce chef d'oeuvre indépassable de la folk mystique. Il avait eu aussi le malheur d'assumer le chant de sa voix sans saveur qui plombait le disque. Ici, la bonne nouvelle c'est qu'il ne chante plus. Enfin presque. Dans les moments les plus exaltés de l'album, quand l'osmose entre la section rythmique et la guitare électrique atteint son point culminant, Florian Fricke se sent transporté d'une allégresse qui le pousse à fredonner la mélodie sans que cela s'apparente à du chant. D'ailleurs, ses interventions sont si spontanées et si involontaires que cela ne surprend même pas l'auditeur qui les remarque à peine car le pianiste n'a pas de micro devant lui.

Le resserrage du personnel confère ainsi une empreinte plus forte de la guitare volubile de Fichelscher qui s'en donne à coeur joie avec une belle énergie. C'est lui avec ses percussions qui assène une énergie infiniment plus rock à l'ensemble. Cela ne dénature cependant pas la musique de POPOL VUH qui tutoie ici encore les sphères de la grâce. Le dialogue des trois instruments révèle une belle osmose entre les deux musiciens qui jaillit dès les deux titres d'ouverture. Ce qui frappe avant tout, c'est le resserrage de la durée des plages. 1 minute pour "Kleiner Krieger", introduction élégante où brillent les boucles guitaristiques de Fichelscher, contre 4 minutes pour "King Minos", composition très enlevée dont l'énergie dévastatrice explose dès la première seconde pour ne jamais faiblir par la suite. Heureusement, Fichelscher ensuite nous offre une partition de sa création, "Morgencrüss", superbe ballade douce mais sans une once de mièvrerie qui m'évoque l'instant éternel d'un lever de soleil sur un paysage vallonné de campagne.

"Würfelspiel" repart de plus belle sur un rythme véloce sans aucune introduction, allant droit au but avec une conviction à laquelle POPOL VUH ne nous avait pas habitués. D'ailleurs, c'est la particularité de tout l'album que de n'emprunter aucun chemin détourné. Pour votre chroniqueur très sensible aux longues intros du Rock Progressif, cet aspect brut des 6 compositions de Einsjäger & Siebenjäger fut au départ un défaut difficile à avaler, avant que plusieurs écoutes ne lui révèlent la beauté cachée de cette absence totale de raffinement. Chaque titre de l'album donne à l'auditeur l'impression initiale d'avoir manqué le début, de prendre le train en marche en quelque sorte. C'est que Florian Fricke ne s'embarrasse d'aucune digression. Sa musique nous happe par son énergie communicative mais ne cherche jamais à nous séduire. C'est parce qu'elle est habitée que nous ressentons sa ferveur.

Le point névralgique de cet opus réside indéniablement dans sa sixième et ultime piste éponyme, de loin la plus enthousiasmante, la plus puissante et... la plus progressive. Du haut de ses 19 minutes, elle délivre une multitude d'émotions traversées de mélodies qui s'enchaînent avec une remarquable fluidité. Les percussions extrêmement puissantes de Fichelscher n'ont d'égale que le piano survolté de Fricke. Comme dans toute composition progressive, quelques moments d'accalmie cueillent l'auditeur par leur grâce sereine dans laquelle baignent les rares vocalises de Djong Yun. Cependant, c'est l'énergie qui prime ici, une énergie fiéveuse, intense, d'une irradiante beauté, qui nous laisse pantois, ravi, hébété de plénitude lorsque la composition arrive à son terme, sans aucun temps mort ni remplissage : 19 minutes hantées absolument indispensables.

Quel bel album!

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   (2 chroniques)



- Florian Fricke (piano, spinet)
- Daniel Fichelscher (guitares acoustique et électrique, percussions)
- Djong Yun (chant)


1. Kleiner Krieger
2. King Minos
3. Morgengrüss
4. Würfelspiel
5. Gutes Land
6. Einsjager & Siebenjager



             



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