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Pierre BACHELET - Emmanuelle (1974)
Par AIGLE BLANC le 19 Janvier 2015          Consultée 1509 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Que reste-t-il du film Emmanuelle pour un homme d'aujourd'hui soit 41 ans après sa sortie? Le corps de rêve de la délicate Sylvia Kristel. Une affiche devenue le symbole d'un érotisme chic où l'actrice apparaît nue assise sur un fauteuil asiatique en rotin, un voile bleu pastel posé négligemment sur ses jambes et dissimulant savamment son entre-cuisse.

Maigre récolte quand on se souvient de l'incroyable phénomène que provoqua le long-métrage à son époque. La France d'après Pompidou avait autorisé la projection du film dans les salles traditionnelles, soit en dehors du circuit X, ne subissant qu'une interdiction aux moins de 16 ans. Emmanuelle fut donc le premier film érotique à bénéficier d'une large diffusion relayée par une affluence publique hors-norme : au bout de quatre ans, le film de Just Jaekin (simple photographe) avait attiré plus de 7 millions de spectateurs en France dont 2 500 000 entrées à Paris. Il resta à l'affiche jusqu'en 1985 et totalisa jusqu'à cette année-là plus de 3 millions de spectateurs à Paris alors que la capitale ne comprenait en ce temps-là que 2 millions d'habitants. Rappelons aussi qu'aux USA le film sortit uniquement dans le circuit X. Les Japonais en firent un immense succès dans leur pays. Autre temps, autres moeurs !
Il est difficile aujourd'hui de concevoir l'engouement qu'il suscita alors tant son esthétique de charme surannée l'a relégué au rang des bluettes kitsch inoffensives. Que penser aussi du caractère abscons de son scénario? Emmanuelle rejoint son diplomate de mari à Bangkok. Forte de l'ennui qui l'accable, elle multiplie les incartades érotiques avec des hommes et des femmes rencontrés au hasard de ses pérégrinations mortellement ennuyeuses.

Si le film a perdu aujourd'hui ce qui faisait son attrait voire sa force à l'époque, en revanche, il fut une aubaine incroyable pour notre artiste hexagonal, le regretté PIERRE BACHELET, qui en signa la Bande Originale. Sans Emmanuelle, il n'aurait peut-être jamais percé dans la musique et n'aurait même pas envisagé un jour d'embrasser la carrière de chanteur de variétés qui fut la sienne de 1980 à sa mort en 2005.
Diplômé de l'école nationale de photographie et de cinématographie, le chanteur tente au départ une carrière de cinéaste en réalisant quelques documentaires. Puis, se tournant vers la musique de films publicitaires et de génériques télévisuels, il trouve enfin l'activité lucrative qui lui permet de fusionner ses deux passions pour la musique et le cinéma. Au cours de ses études, il croise les cinéastes en herbe PATRICE LECONTE et JEAN-JACQUES ANNAUD qui se souviendront de lui au moment de lui confier les musiques des Bronzés Font du Ski et de La Victoire en Chantant.
Comme PIERRE BACHELET le comptait parmi ses amis, le photographe JUST JAEKIN le choisit pour composer la musique de son premier film Emmanuelle. Le succès de sa BO aidant (1 400 000 albums vendus et 4 000 000 de 45 Tours -quand même !), BACHELET collabora aux autres longs-métrages érotiques de JAEKIN, Histoire d'O, Le Dernier Amant Romantique, L'Ile aux Sirènes et Gwendoline. Malgré son succès comme chanteur populaire, il ne cessa jamais de composer pour le cinéma jusqu'en 1999, Les Enfants du Marais, et 2001, Un Crime au Paradis, deux films de JEAN BECKER.

Il est évident, à l'écoute de cette bande musicale, qu'elle ne doit pas tant son succès à sa qualité intrinsèque plutôt qu'à celui du film. PIERRE BACHELET d'ailleurs n'en profitera pas vraiment, lui qui échouera l'année suivante à lancer sa carrière de chanteur qu'il appelait pourtant de tous ses voeux. Pour beaucoup de gens, BACHELET a débuté dans les années 80 naissantes, alors que ses premiers pas dans la chanson remontent à 1975. Il faut croire qu'à cette époque les Français n'étaient pas prêts à lui offrir une place dans leur cœur.
La BO d'Emmanuelle livre 19 titres. La brièveté des plages reste une constante obligée dans le domaine du cinéma où le compositeur doit se plier à la dure loi du timing des séquences du film. Mais les 35 minutes de l'album sont une quasi arnaque puisqu'elles ne rassemblent en tout et pour tout qu'une poignée de thèmes. "La Chanson d'Emmanuelle" en est le principal, la pièce maîtresse du disque, son épine dorsale. Elle est déclinée ici en une dizaine de versions instrumentales, toutes plus insipides les unes que les autres. Seule l'humeur varie selon laquelle l'accent est mis sur une touche soft rock ou smooth jazz. Il s'agit initialement d'une chanson que Pierre Bachelet, à deux reprises, interprète de sa voix si caractéristique, un peu voilée mais si douce. La première fois, il la chante en Français sur des textes timidement sensuels, soutenus par un piano-bar des plus conventionnels et par deux guitares acoustique et électrique sans aucun relief. Le tout se montre aussi joli et chaste que le film lui-même. On peut goûter la douceur rêveuse de cette chanson qui invite aussi à la nostalgie. La seconde fois, Bachelet la chante dans un Anglais light dont la seule raison d'être est de permettre à la BO de s'internationaliser.
Les autres thèmes, si peu variés, se noient dans une soupe inodore dont les arrangements -saxophone lascif, xylophone inconsistant, guitares d'une banalité affligeante- réussissent la gageure de rester lénifiants du début à la fin. Il y a bien quelques tentatives pour sortir un peu des sentiers battus avec des passages plus ambient voire inquiétants comme dans "Emmanuelle swims", "Mood" et "Cigarette Act". Mais cela sonne très daté en raison de quelques nappes de synthé peu inspirées. "Opium Den" est sans-doute le titre le plus étrange qui flirte avec l'avant-garde à coups de rythmes tribaux et de percussions passées à l'envers, sans marquer plus que ça les esprits. Et il reste le cas "Rape Sequence", composition fortement teintée de jazz progressif avec son saxophone déjanté et sa batterie épidermique. Que vient faire ce titre au coeur d'un tel marasme à mourir d'ennui? Est-ce bien BACHELET qui nous gratifie d'une compo aussi barge? Et bien non car un certain Robert Fripp, leader et guitariste de KING CRIMSON, énorme groupe anglais de rock progressif en pleine ascension à cette époque, a porté plainte contre l'auteur de la BO d'Emmanuelle pour plagiat éhonté de la chanson Larks' Tongues In Aspic. Il va sans dire que le musicien français a perdu au procès.

Que reste-t-il aujourd'hui de la musique d'Emmanuelle? Rien d'autre qu'un ennui poli aussi chic que vain. Electro-encéphalogramme __________________________...

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