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Zbigniew PREISNER - La Double Vie De Véronique (1991)
Par AIGLE BLANC le 24 Février 2016          Consultée 1183 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

La double vie de Véronique du polonais Krzysztof Kieslowski est certainement le plus beau film de l'année 1991 que le Festival de Cannes a récompensé du Prix de la critique internationale et du Prix de la meilleure actrice pour Irène Jacob dont c'était le premier grand rôle au cinéma.
La musique que lui a consacrée Zbigniew PREISNER n'a pas reçu autant d'honneur, même si elle s'inscrit à n'en point douter parmi le top 20 des plus belles musiques de films, toutes époques et genres confondus.

K. Kieslowski et Z. Preisner sont devenus, en l'espace de quelques films, aussi indissociables que l'étaient en leur temps Sergio Leone et Ennio MORRICONE, Federico Fellini et Nino ROTA, David Lynch et Angelo BADALAMENTI. Autrement dit, la rencontre du cinéaste polonais et de son confrère musicien a ouvert un espace créatif qui dépasse de loin celui d'une simple collaboration professionnelle.
Ce qui frappe quand on découvre le Décalogue (monumentale série de dix films illustrant chacun l'un des Commandements bibliques), La Double vie de Véronique, la trilogie Bleu, Blanc, Rouge (dont chaque segment illustre successivement la devise française : Liberté, égalité, fraternité), c'est la cohérence d'un univers fascinant où les images puissantes et habitées de Kieslowski trouvent une merveilleuse résonance dans les partitions sibyllines de Z. PREISNER. Le spectateur autant que l'auditeur se sentent transportés dans un caisson d'isolation où règnent harmonie, poésie et lyrisme.

Laissez-moi vous décrire la singularité du compositeur polonais qui imprègne tous ses films avec K. Kieslowski. Z. PREISNER n'hésite pas à convoquer l'orchestre symphonique, mais il ne le fait retentir qu'à de rares moments, ce qui en accentue d'autant la charge dramatique. Le reste du temps, son style se caractérise par un grand dépouillement. Il n'est pas rare qu'il isole un instrument chargé d'interpréter en solo le thème principal dévolu ailleurs à l'orchestre. Parfois deux instruments isolés dans certains titres se retrouvent en duo dans d'autres. Mais rarement plus qu'un duo.
Ses BO aussi se reconnaissent à l'emploi d'instruments inhabituels dans le 7°art. C'est ainsi qu'il offre à la flûte à bec un espace d'expression privilégié. Dans "Weronika", "Véronique", "Thème : 1re transcription" et "Alexandre", la flûte n'investit l'espace sonore qu'en filigrane, restant surtout en retrait, comme perçue du fond d'un écho insaisissable. En revanche, cette même flûte à bec peut se montrer beaucoup plus vindicative comme dans "Alexandre II" et le "Concerto in e" dans son instrumentation contemporaine n°3.
L'autre instrument basique dont il use avec originalité n'est autre que la guitare classique que l'on entend fort rarement en solo dans les BO conventionnelles. Ici vous pouvez l'apprécier dans "L'enfance", "Solitude", "L'enfance II" et "Thème : 2°transcription". Le troisième instrument fétiche de Z. PREISNER reste le piano qu'on entend en solo dans la superbe valse lente et minimaliste "Les marionnettes" qui sonne comme une comptine doucement mélancolique.
Les solos délivrés à tour de rôle par ces trois instruments ne cherchent jamais à éblouir l'auditeur. PREISNER ignore totalement la virtuosité. Son seul souci réside dans la résonnance du son, dans sa captation à laquelle l'enregistrement confère une couleur étrange. Encore une fois, j'ai du mal à décrire le plaisir que me procure le timbre de ces instruments qui sont mis ici particulièrement en valeur. C'est peut-être cet éclairage exubérant qui leur confère une présence étonnante.

D'une durée de 31 minutes, la BO de La Double Vie de Véronique s'articule autour d'un thème central qui a les honneurs d'une interprétation orchestrale. Quel titre et quelle interprétation !
Il s'agit du "Concerto en mi mineur" de Van den Budenmayer que l'on peut admirer dans la plus belle et plus poignante scène du film : le concert admirablement filmé auquel participe Weronika en Pologne devant un parterre subjugué. Ce concerto fait se dialoguer d'une part l'orchestre, au début réduit à un ou deux instruments, et de l'autre une voix de soprano qui s'amplifie jusqu'à l'évanouissement, d'une présence si puissante que l'on pourrait définir cette pièce comme un concerto pour voix soliste. Indubitablement, cette composition de Van den Budenmayer, compositeur hollandais du 18°siècle qu'on aurait récemment découvert, selon les propos de Z. PREISNER en personne lors de la conférence de presse de Cannes, s'impose comme un chef-d'oeuvre délicieusement suranné en même temps que d'une troublante modernité. Ce n'est qu'après des années que les journalistes se rendront compte de la supercherie, Van den Buddenmayer n'étant qu'un musicien fictif derrière lequel se cache en vérité Sbigniew PREISNER.
Ce concerto éblouissant contamine la BO au point que bien des pistes n'en livrent ici que des bribes réarrangées pour flûte ou piano solo. Une seconde version en est offerte, rallongée d'un choeur introductif rappelant les grandes heures de la musique atonale de Georgi LIGETI.

Quand Krzysztof Kieslowski nous a quittés en 1996, après avoir accompli son admirable trilogie Bleu /Blanc/ Rouge, c'est un ami très cher que perdit Zbigniew PREISNER devenu brutalement orphelin. Face au vide et à la tendresse inconsolable dont il se sentait totalement dévasté, il consacra à son ami défunt un bouleversant requiem qu'il intitula Requiem for my friend en 1998.

La double vie de Véronique reste un diamant somnambulique à l'inaltérable beauté au même titre que sa musique d'une poésie et d'une étrangeté envoûtantes. Assurément, la BO la plus singulière qu'il m'ait été offert de goûter devant un écran. Jamais je n'oublierai les couleurs mordorées du film ni les accents lyriques de cette musique à nulle autre pareille.

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   AIGLE BLANC

 
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- Antoni Witt (chef d'orchestre et chef de choeur)
- Grand Orchestre De Katowice
- Chœurs Philharmoniques De Silésie
- Elzbieta Towarnicka (soprano)
- Jacek Ostaszewski (flûte à bec)


1. Weronika
2. Véronique
3. 'tu Viendras'
4. L'enfance
5. Van Den Buddenmayer :concerto En Mi Mineur (sbi 15
6. Véronique
7. Solitude
8. Les Marionnettes
9. Thème : 1re Transcription
10. L'enfance Ii
11. Alexandre
12. Alexandre Ii
13. Thème : 2° Transcription
14. Concerto En Mi (instrumentation Contemporaine N°1)
15. Concerto En Mi (instrumentation Contemporaine N°2)
16. Concerto En Mi (instrumentation Contemporaine N°3)
17. Ven Den Buddenmayer : Concerto En Mi Mineur : Vers
18. Générique De Fin



             



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