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Brian ENO - Before And After Science (1977)
Par STREETCLEANER le 11 Octobre 2010          Consultée 5032 fois

Before And After Science est probablement le plus bel album de pop/rock de Brian Eno. Pour cette cinquième réalisation, Eno va prendre son temps lors de la composition (qui nécessitera plus de deux années) et va également s’entourer de musiciens venant de différents horizons. Si on retrouve quelques noms bien connus qui ont travaillé précédemment avec l’artiste (Phil Collins, Percy Jones, Robert Fripp – de King Crimson et qui jouera également avec les Talking Heads…), on notera également la participation de quelques membres de formations allemandes, du groupe Can par exemple, mais aussi de Cluster (avec qui Eno réalisera un album), ou britanniques, comme Roxy Music… entre autres, la liste étant longue. On ne peut que constater que l’artiste sait bien s’entourer et a le chic pour regrouper un bon paquet de talents évidents autour de sa personne. Un tri impitoyable fut opéré pour sélectionner les morceaux puisque le matériel présenté sur ce disque ne correspond qu’à une petite partie de tout ce qui fut alors composé. Before And After Science représente cependant la fin des aventures de Brian Eno sur les territoires du rock et de la pop, celui-ci se consacrant essentiellement par la suite à la musique ambiante (l’ambient ou la fameuse Discreet Music développée en 1975, deux années plus tôt donc). Même si on le retrouvera à certaines occasions sur des œuvres de collaboration comme, par exemple, My Life In The Bush Of Ghosts (en 1981) avec le leader de Talking Heads, David Byrne.

Before And After Science est un album de pop. Essentiellement de pop. On peut toutefois scinder cet album en deux parties. La première est plus agitée et contient les titres les plus énergiques ; la seconde est bien plus calme, délicate et atmosphérique. Une oeuvre forcément éclectique donc. L’album baigne (il s’agit non plus d’une musique du ciel dit Eno mais plutôt d’une musique de l’océan, en référence aux paroles qui évoquent à plusieurs reprises l’élément liquide) dans une atmosphère plutôt froide, surtout dans sa seconde partie plus mélancolique. Mais il est un fait que la production et la sonorité de l’ensemble ne développent aucune chaleur particulière. Ce qui n’enlève rien à sa qualité, c’est simplement qu’il s’agit là d’une caractéristique marquée de cet album. Toutefois, il s’agit surtout de s’intéresser aux compositions. Et de ce côté-là, on ne peut que constater l’enthousiasme que procurera ce disque à tout amateur de pop finement ouvragée et composée. A peine quarante minutes en tout mais aucun titre n’est superflu. Juste l’essentiel nous est donné, sans aucun remplissage ou filler donc.

Ceux qui apprécient le groupe Talking Heads (qui fut pris en main par Eno pourrait-on dire) retrouveront avec bonheur quelques titres qui pourront leur rappeler certains souvenirs. C’est notamment le cas avec le morceau d’ouverture « No One Receiving » à la guitare funky, et notamment le plus énergique « King’s Lead Hat » dont le nom n’est rien d’autre que l’anagramme de Talking Heads. Les Talking Heads sortirent leur premier album intitulé « 77 » en 1977 justement (quel hasard…). Et en décembre 1977 sort ce Before And After Science, lequel porte déjà la marque de la rencontre de Eno avec le groupe américain d’art-rock/post-punk/new-wave. Si « No One Receiving » fait un peu figure de morceau pop teinté de funk, le plus endiablé « King’s Lead Hat », qui lorgne également vers les terres du funk blanc, verra Eno copier les gimmicks vocaux de David Byrne, et notamment son fameux phrasé hoquetant et haché. L’imitation est impressionnante de ressemblance ! Le côté World Music qu’Eno insufflera aux têtes parlantes est également présent sur « Kurt’s Rejoinder » (aux paroles influencées par le poète Kurt Schwitters), essentiellement grâce à ses percussions. En tout cas, question sens du rythme, « King’s Lead Hat », « Kurt’s Rejoinder » à la basse dansante et sautillante de Jones, ou même l’entraînant « Backwater » aux synthés dominants (quasiment new-wave), s’en tirent parfaitement bien.

Ces petites perles rythmiques vont bien évidemment contraster et trancher par rapport à d’autres morceaux plus atmosphériques. On ne peut notamment pas passer sous silence le contemplatif « Spider And I », sans doute la plus belle chanson de cet album (et de la carrière d’Eno !) dans laquelle les paroles fusionnent à merveille avec la musique (les claviers retranscrivent parfaitement l’humeur de cet instant de contemplation). Eno y évoque avec émotion l’attraction que le ciel opère sur un garçon rêveur :

"Spider and I sit watching the sky
On a world without sound…
... We dream of a ship that sails away
A thousand miles away”

C’est sur ces dernières paroles que se termine l’album et je peux vous certifier que c’en est particulièrement poignant. Un peu comme un adieu… Quel contraste avec les autres titres de la première partie ! D’autres compositions plus ambiantes auront, semble-t-il, un rôle de transition dans l’album. C’est le cas par exemple de « Energy Fools the Magician », un instrumental fascinant de courte durée et profondément mystérieux qui fait la part belle aux froids synthétiseurs, et aux percussions jazzy (par Phil Collins). Il aurait probablement mérité d’être développé un peu. Et ce titre, bizarrement coincé entre deux morceaux remuants, aurait sans doute eu plus sa place en fin de face A en lieu et place de « King’s Lead Hat ». « Here He Comes », belle entrée en matière de la face B, est une chanson pop par excellence. Douce, mélodieuse, sereine, avec quelques chœurs, elle bénéficie d’arrangements soignés qui servent à merveille ce moment de jolie poésie et de mélodie qui pourrait faire penser aux Beatles ou Beach Boys. On s’enfonce encore un peu plus profondément avec « Julie with… » dans un monde rêveur et enchanteur (quelle combinaison de synthés et d'arpèges, et une belle intervention de guitare aérienne) où la délicatesse et la sensibilité sont érigées en art majeur. Et re-belotte sur « By This River » ! Incontestablement ce Before And After Science est éclectique, mais quelle réussite ! On pourrait presque parler de pop ambiante tellement la fusion des deux styles semble imparable et irrésistible… j’en vois même certains se lever pour parler de Talk Talk à ce moment. L’influence de Eno sera évidente dans leur musique, c’est certain.

Before And After Science, malgré son côté éclectique qui pourra dérouter, est probablement l'oeuvre majeure de Brian Eno (sont mis de côté ses albums d'ambient pas franchement comparables). Il s'agit là d'une oeuvre foncièrement pop, soignée, délicate, particulièrement travaillée, énergique ou profondément atmosphérique, et qui ne fait pas de concessions à la facilité. Elle possédait déjà un son unique lors de sa sortie en 1977/1978. Elle reste indémodable encore aujourd'hui, c'en est fascinant. Elle a une place évidente dans toute bonne "musicothèque" d'un grand public exigeant qui ne confond pas pop et variétoche. La pop est une musique majeure et digne d'intérêt. Before And After Science en est la preuve.

Note : 4.5/5.

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- Brian Eno (chant, synthétiseur, claviers, moog, guitares, cui)
- Phil Collins, Dave Mattacks, Andy Fraser (batterie)
- Percy Jones, Paul Rudolph, Bill Maccormi (basse)
- Phil Manzanera, Fred Frith, Robert Fripp (guitares)
- Achim Roedelius (piano, piano électrique)
- Möbi Moebius (piano fender basse)
- Rhett Davies (percussions)
- Shirley Williams (timbales, temps)


1. No One Receiving
2. Backwater
3. Kurt’s Rejoinder
4. Energy Fools The Magician
5. King’s Lead Hat
6. Here He Comes
7. Julie With…
8. By This River
9. Through Hollow Lands
10. Spider And I



             



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