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- Style : Helen Merrill
- Membre : Georges Gershwin

Ella FITZGERALD - Sings The Duke Ellington Song Book (1958)
Par EMMA le 2 Décembre 2025          Consultée 290 fois

Il fallait bien que ces deux mondes finissent par se rencontrer. En 1957, Ella FITZGERALD atteint un sommet dans son entreprise titanesque des Song Books. Elle a dompté Cole Porter, dompté Rodgers & Hart, effleuré le divin avec Louis Armstrong. Elle s’attaque alors à Duke ELLINGTON. Un dialogue grandeur nature entre la plus pure voix du jazz vocal et l’orchestre qui, depuis trente ans, donne au jazz ses lettres de noblesse symphonique. Et pour la première fois le compositeur joue à ses côtés, il est là en chair, en notes, en sourire et en swing. L’idée n’est pas anodine, là où les autres volumes rendaient hommage à des auteurs de la Great American Songbook, celui-ci explore un univers orchestral et collectif, un royaume à part où le swing, la sophistication et la liberté d’improvisation forment un tout. C’est la première fois qu’Ella enregistre avec l’orchestre d’ELLINGTON assisté de Billy Strayhorn et ce disque en garde toute la vitalité, la tension et l’évidence. L’album est immense, non seulement par sa durée (près de trois heures), mais par son ambition : il est à la fois un hommage, un dialogue et une réinvention. Ici, les chansons ne sont pas des standards extérieurs revisités, mais des fragments vivants d’un univers musical où chaque note semble respirer avec l’histoire du jazz lui-même.

L’entrée en matière sur "Rockin’ In Rhythm", sans véritables paroles, est éclatante. L’orchestre d’ELLINGTON déploie ses cuivres avec une précision millimétrée, et Ella s’y insère comme un instrument de plus. Elle ne surplombe pas l’ensemble, elle en fait partie. La voix épouse le swing des sections, répond aux trombones, joue d’échanges. Puis, entre la nonchalance et la grâce, "Drop Me Off In Harlem" installe une élégance du pas qui claque. La première partie de l’album est un long mouvement de célébration du rythme. "Caravan" brûle d’une chaleur sèche, ses percussions hispanisantes frôlant le mystique, "Take the "A" Train" devient un moment de pur plaisir collectif, avec Ella qui scatte pour respirer avec l’orchestre. Son scat, c’est un sourire en mouvement – tantôt des éclats de rire syncopés, tantôt un dialogue amoureux avec les cuivres. On comprend en écoutant ce morceau pour quoi ELLINGTON la considérait au-delà des cases : elle joue du jazz avec sa voix seule.

Le ton se fait plus doux sur "Day Dream" et "I Didn’t Know About You". Là, la magie du Strayhorn lyrique opère : cordes feutrées, saxophones, un climat de fin de nuit. Ella y brille, le vibrato retenu, la diction claire, la respiration lente. Chaque syllabe est une touche, chaque silence un reflet. "In A Sentimental Mood" viendra, plus loin, prolonger cette atmosphère d’abandon fragile, et l’on se prend à penser que c’est peut-être là, dans ces ballades suspendues, que se révèle la vraie grandeur d’Ella – cette capacité à faire croire qu’elle chante pour un seul auditeur. Mais l’album n’est pas un long poème languide. À plusieurs reprises, il rit, danse, s’ébroue. "It Don’t Mean A Thing (If It Ain’t Got That Swing)" jaillit et le swing brut reprend ses droits. L’orchestre se cabre, les cordes y sont joueuses et délicieuses, Ella joue avec les instruments avec sa voix, lance des syllabes de manière impressionnante. Ce morceau, tout comme "Just Squeeze Me" ou "Bli Blip", rappelle que ce Song Book est aussi un terrain de jeu – une jubilation partagée entre musiciens. Il y a là un bonheur contagieux, presque physique.

On trouve des moments comme "Sophisticated Lady", où le disque s’autorise une introspection orchestrale. Cette chanson déploie une mélancolie somptueuse, soutenue par le velours du piano et d’une sonorité que Duke appelait « le son d’une caresse triste ». Ella épouse la ligne comme un écho humain à la courbe instrumentale. "Prelude To A Kiss" semble flotter dans un espace sans gravité, on sent toute la chaleur qui s’en dégage.
Et puis vient le troisième disque, plus atypique. Billy Strayhorn y livre "Portrait of Ella Fitzgerald", une suite originale en quatre mouvements, composée spécialement pour elle. C’est un hommage, mais aussi une analyse musicale de son art – "Royal Ancestry", "All Heart", "Beyond Category", "Total Jazz". Il écrit comme un peintre, des modulations amples, des harmonies mouvantes, des couleurs subtiles. Elle ne chante pas ici, elle inspire la musique. Cette absence de voix au centre de l’album est bouleversante, comme si ELLINGTON et Strayhorn rendaient hommage en creux. Le cycle se conclut sur "The E and D Blues (E For Ella, D For Duke)", un clin d’œil amical, où les deux géants se rejoignent enfin dans un rire de cuivres.

Ce disque sait capter un équilibre fragile : la grandeur orchestrale sans la lourdeur, la virtuosité sans le vernis. Les cordes et les cuivres habillent chaque chanson selon sa personnalité, un art de l’orchestration qui laisse respirer la voix. Ella traverse l’orchestre qui la commente. C’est une conversation polyphonique, un ballet entre génies. Seules quelques chansons peuvent diviser. "Lush Life", morceau périlleux, trouve ici une lecture sobre, presque trop prudente. Ella sacrifie un peu de la douleur du texte à la clarté du phrasé. D’autres, comme "Perdido" ou "Rocks In My Bed", offrent l’occasion de libérer toute la sensualité rythmique, elle y chaloupe avec un naturel confondant. Si l’on cherche un sommet, on le trouve sans doute dans "I Got It Bad (And That Ain't Good)", moment de pure vérité.

Ella et Duke nous offrent un opus qui rappelle que le jazz est un art de beauté et de générosité. La voix et l’orchestre semblent être nés ensemble. Ce n’est pas tout à fait un disque de jazz moderne, ni de swing vintage, ni de pur vocal non plus, mais l’on ne peut que reconnaître sa splendeur sonore. Le Grammy de meilleure performante jazz individuelle qu’Ella recevra en 1959 pour cette performance ne fait que confirmer cela. Elle signe ici, avec Duke, l’une des pierres angulaires du jazz vocal et orchestral. Cet opus mérite ainsi un beau 4,5, pas pour la perfection mais pour la présence.

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1. Rockin' In Rythm
2. Drop Me Off In Harlem
3. Day Dream
4. Caravan
5. Take The ? A ? Train
6. I Ain't Got Nothin' But The Blues
7. Clementine
8. I Didn't Know About You
9. I'm Beginning To See The Light
10. Lost In Meditation
11. Perdido
12. Cotton Tail
13. Do Nothin' Till Your Hear For Me
14. Juste A-sittin' And A-rockin'
15. In My Solitude
16. Rocks In My Bed
17. Satin Doll
18. Sophisticated Lady

CD 2
1. Juste Squeez Me
2. It Don't Mean A Thing
3. Azure
4. I Let A Song Go Out Of My Heart
5. In A Sentimental Mood
6. Don't Get Around Much Anymore
7. Prelude To A Kiss
8. Mood Indigo


             



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