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Shawn LANE - The Tri-tone Fascination (1999)
Par LUCASTER le 1er Août 2008          Consultée 2211 fois

Tri-tone fascination est le deuxième album solo de Shawn Lane, dont le premier opus, Powers of ten, est également chroniqué sur Nightfall, par votre serviteur.

Comment ne pas décevoir après le chef-d'oeuvre de guitares et de jazz fusion que fut l'immense Powers of ten ? La barre était en effet placée extrêmement haut. Le premier changement notable est le nombre d'invités. Si Powers of ten était l'oeuvre d'un seul homme, tant au niveau de la composition que du jeu des différents instruments, Shawn s'est ici entouré de pointures comme le légendaire batteur Sean Rickman (sur le titre Kaiser Nancarrow), le guitariste et vocaliste originaire du Mississipi Luther Dickinson (désigné par Rolling Stones comme un des tous meilleurs bluesman de la vieille école Hendrix/Clapton, rien que ça ! Il joue sur le titre intitulé Minarets) ainsi que son frère Cody à la batterie sur la même piste. Citons également Paul Taylor, Eric Phillips, Tom Ward, ainsi que le vocaliste Buddy Davis qui officie magnifiquement sur The hurt, the joy.

J'aimerais m'étendre plus longtemps sur ces invités, leurs différentes contributions, mais cette courte chronique se doit malheureusement d'aller à l'essentiel. Shawn Lane poursuit globalement sur la voie qu'il avait ouvert : une musique inqualifiable par les mots, extrêmement métissée, irréductible à un simple jeu de guitare fusion. Malgré tout, impossible de ne pas sentir un brin de folie sur certains morceaux, qui tout en s'intégrant parfaitement sur l'album, délaisse quelque peu le côté mélodique basé sur l'émotion pour aborder des choses plus expérimentales, plus planantes, et même plus dissonantes dirais-je, allant parfois jusqu'à rappeler l'incroyable Allan Holdsworth : pas étonnant quand on sait l'admiration que Shawn vouait à celui-ci (« The greatest » avait dit Shawn devant les caméras en compagnie d'Allan, qui, avec sa modestie légendaire, avait répondu : « Not really ». C'etait au NAMM d'Anaheim, en Californie, en 1995). Ce côté expérimental est visible sur le titre d'ouverture, Kaiser Nancarrow (hommage à deux de ses musiciens favoris : Henri Kaiser, guitariste de génie et Colon Nancarrow) ou sur Art Tatum, à l'intro complètement barrée dans des mélodies cérébrales, avec notamment une guitare qui se fait déchirante. On peut également noter sur ce titre quelques éléments electro qui s'intègrent très bien. Et le plus étonnant, c'est que ces mélanges improbables sonnent, et c'est le moins que l'on puisse dire.
Toujours dans le registre des nouveautés, on note des guitares plus lourdes, plus graves, des fois franchement heavy, comme sur l'intro du magnifique Hardcase (disponible sur le premier release seulement), mais aussi et surtout sur le très rock Peace in Mississipi (qui est bien sûr une reprise du maître Jimi), le titre le plus virtuose, et surtout le plus démonstratif au niveau du jeu de guitare.

Quelques titres sont également dans la plus pure veine de cette alchimie si savoureuse et si particulière qu'on trouvait sur Powers of ten : Maria par exemple, avec ces mélodies si rares, et un mariage magnifique entre chant et guitares langoureuses. C'est aussi le cas de Tri 7/5, qui est pour moi la perle rare de l'album, une composition qui arrive à un niveau de musicalité incroyable, une de ces chansons, à la fin de laquelle on reste pantois, en se disant que la messe est dite. Je ne peux pas la décrire, et je ne peux que vous inviter à prêter l'oreille à ce clavier charmeur, tout en finesse, qui semble parler à cette guitare planante, comme deux jeunes oiseaux exotiques au milieu d'une forêt vierge toute en couleurs. Mon Dieu mais que suis-je en train de raconter ?

L'album a aussi son lot de ballades : The hurt the joy est une chanson simple et touchante, très accessible et appréciable par tous. Le jeu de Shawn est empreint d'une très grande mélancolie, d'une émotion réelle. Un excellent titre pour découvrir toute l'étendue du génie du monsieur si on ne connaît pas le reste, ou que l'on a peur de se plonger dans la profondeur de son œuvre. Enfin, une magnifique reprise de Bach, sur un arrangement d' Edward Artemiev, clôture l'œuvre sur une note pleine d'émotion. Shawn a su retranscrire l'essence de l'originale, en y imprimant sa patte sans l'altérer.

Finalement, j'aime cet album au moins autant que j'aime Powers of ten. Il est plus varié, explore d'autres horizons. Je m'excuse d'avance de ne pas avoir pu parler de tous les titres (au nombre de 13 sur la première version), mais une chronique est une chronique et non un roman. Chroniquer Shawn suppose un postulat : on ne peut tout dire en un court texte, tant sa musique est riche.

Vous l'aurez compris, il faut écouter ce travail, il le mérite. Tout le monde peut y trouver son compte. Le grand public sera touché par The hurt the joy, les musicos exigeants seront transcendés par les essais de Art Tatum, enfin, et c'est certainement là que Tri-tone fascination se révèle, ceux qui cherchent une sensibilité, une émotion, trouveront une vraie source de passions et de sentiments musicaux. Merci Shawn. Rest in Peace.

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   LUCASTER

 
  N/A



- Shawn Lane (guitares , basses , batteries, claviers, boîtes à)
- Sean Rickman (batterie sur peace in mississipi)
- Luther Dickinson (guitare sur minarets)
- Cody Dickinson (batterie sur minarets)
- Paul Taylor (basse sur minarets)
- Eric Phillips (basse sur the hurt, the joy)
- Tom Ward (claviers sur the hurt, the joy)
- Buddy Davis (une guitare sur the hurt, the joy)


1. Kaiser Nancarrow
2. Peace In Mississippi
3. Minarets
4. The Way It Has To Be
5. Tri 7\5
6. Art Tatum
7. The Hurt, The Joy
8. Maria
9. One Note At A Time
10. World Keeps Spinning (song For Diane)
11. Epilogue: J.s. Bach (ich Ruf Zu Dir)



             



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