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Arthur BROWN - The Crazy World Of Arthur Brown (1968)
Par JOVIAL le 10 Février 2012          Consultée 1801 fois

J’aurais mis un certain temps avant de réussir à écrire sur cet album. Si de manière totalement subjective The Crazy World Of Arthur Brown ne m’est pas foncièrement difficile à commenter, il m’a fallu à chaque instant me souvenir que je n’avais pas cette fois-ci affaire à n’importe quel disque. Car ce premier opus du déjanté Arthur Brown n’est ni plus ni moins depuis sa sortie unanimement considéré comme un véritable chef d’œuvre du rock psychédélique, une pierre angulaire du genre, voire du rock tout entier. Cette affirmation reste à mon humble avis tout à fait contestable, et je pense que l’on a toujours eu trop tendance à assimiler l’exubérance du personnage d’Arthur Brown à sa musique, qui n’était en rien du même niveau. Si les concerts incendiaires et le charisme provocateur du bonhomme constituent aujourd’hui une indéniable référence pour de nombreux artistes, dont Peter Gabriel, Alice Cooper et King Diamond se disputent encore l’héritage, et dont je reconnais parfaitement l’apport à la musique rock, je ne comprendrais jamais que l’on puisse accorder autant d’importance au contenu de l’œuvre en elle-même. Faites vous-même le test, placez cet album aux côtés d’un Yeti, d’un Surrealistic Pillow ou même d’un Caravan et je peux vous assurer que la tronche colorée de Brown va plutôt virer au pâle. Enfin, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, The Crazy World Of Arthur Brown est loin d’être un disque anecdotique, mais je crois comprendre pourquoi il trouve moins grâce à mes oreilles que les autres dits chefs d’œuvres du rock psychédélique : il a terriblement mal vieilli. Je m’excuse auprès de nos plus vieux lecteurs (et les moins vieux aussi éventuellement) qui ont sans doute bien trippé dans leur jeunesse sur les exploits du Brown, mais je ne suis qu’un enfant des années 90, et ces arrangements datés et toute cette section rythmique basse/batterie antédiluvienne ne me feront jamais autant d’effets que les trois albums cités plus haut, qui eux n'ont pas pris une ride. Je conçois cependant que pour certains cela puisse au contraire ajouter du charme au disque, et je les préviens, la chronique qui va suivre ne prendra aucunement compte de ce détail, afin de tenter de coller au maximum avec la musique en elle-même.

Commençons par le cliché auquel vous vous attendez depuis le début, j’introduis ma critique de The Crazy World Of Arthur Brown en vous parlant tout d’abord de l’inévitable et célébrissime « Fire », tube des tubes de l’année 1968, et dont la mélodie mythique aura sans doute été l’une des plus reprises ou samplées de l’histoire de la Musique. Composition énergique et complètement barrée, de très bonne facture il est vrai, c’est sans doute à cause d’elle que l’impasse est régulièrement faite sur le reste de l’album, plus oublié de nos jours. Et pourtant, bien peu des autres morceaux méritaient ce sort. Si Arthur Brown se distingue évidemment sur chacun d’entre eux, autant grâce à son humour noir que son chant, qui peut à tout instant faire basculer un morceau du plus banal au plus dingue, le musicien qui retient le plus attention ici est un certain Vincent Crane. Futur Atomic Rooster, c’est bien à ses talents de claviériste et de compositeur que The Crazy World Of Arthur Brown doit sa grande qualité. Les ambiances floues, acides et trippy de l’incroyable « Spontaneous Apple Creation » et le feu qui anime et consume Arthur Brown sur la seconde partie de « Fanfare / Fire Poem » en sont pour moi les meilleurs exemples. Toutefois, Vincent Crane emploie le plus souvent sa dextérité à construire des mélodies très groovy, toujours efficaces et jouissives, particulièrement sur la glorieuse « Prelude / Nightmare », « Fire » évidemment, « Fanfare / Fire Poem », ou sur cette reprise inattendue de James Brown, « I’ve Got Money », avec qui j’ai toutefois plus de mal. Mais, hormis « Prelude / Nightmare » qui n’en finit pas de me régaler, les meilleurs moments de l’album ne sont pas forcément les plus allumés. « Time / Confusion » par exemple, vraiment toute simple et sans prétention, est une pure merveille d’émotion, d’une nostalgie prenante et contrastant nettement avec la folie d’un Arthur Brown sachant ici s’accorder sur les envies de son compositeur dépressif, Vincent Crane. « Child Of My Kingdom » est sans doute le symbole de cette entité à deux facettes formée par le chanteur et le claviériste, en nous proposant un morceau double, où un élégant piano accompagnant la tristesse d’Arthur Brown répond à des passages beaucoup plus enjoués que l’on n’aurait jamais pensé entendre au départ. Autre surprise, celle d’« I Put A Spell On You », énième cover de la chanson éponyme de Screamin' Jay Hawkins, grande influence de Brown par ailleurs, qui reste ma grande favorite de The Crazy World, d’une classe pas possible, très différente de son original, et qui de nouveau voit Crane effectuer une immense performance aux claviers.

Produit par Kit Lambert et Pete Townshend des Who, cet album n’est toutefois pas de bout en bout une réussite. J’ai déjà rapidement abordé le cas « I’ve Got Money », que je n’arrive pas à voir en peinture, tout simplement parce qu’elle ne sonne pas comme le reste de l’album et qu’elle en casse à mon avis le rythme. Deux autres titres sont également globalement moins attrayants : « Come And Buy », malgré de bons arrangements, et surtout « Rest Cure », sympathique mais un peu trop banal à mon goût, surtout à côté des autres morceaux cités plus haut. The Crazy World Of Arthur Brown, et ça c’est une chose que je ne lui amputerai pas, est cependant un album de rock psychédélique plein de trouvailles, et ne mérite peut-être pas d’être uniquement rangé sous cette étiquette. Si les musiciens n’expérimentent pas des masses, les arrangements de Vincent Crane, toujours lui, préfigurent déjà ceux d’un rock progressif naissant, et Arthur Brown est sans aucun doute l’un des tous premiers chanteurs rock à introduire autant de théâtralité dans sa performance, chose qu’il reprendra grandeur nature sur scène. Sa voix est de plus loin d’être détestable, et nous gratifie parfois d’aigus surprenants et frissonnants, notamment sur « Fire » et « Fanfare / Fire Poem ».

Je n’arrive pas à croire que j’achève enfin cette chronique. Voici maintenant le moment fatidique du verdict définitif, de la conclusion qui classera dans vos têtes The Crazy World Of Arthur Brown comme un chef d’œuvre ou comme un simple bon album. Je sais pertinemment que je vous ai déjà fait le coup avec le premier disque des Silver Apples, mais encore une fois la note vous appartient, et ces trois étoiles que je lui accorde n’ont de valeur que pour moi. Ce fut un chef d’œuvre pour son époque, mais que je serai incapable aujourd'hui d’écouter comme tel.

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- Arthur Brown (chant)
- Vincent Crane (claviers)
- Sean Nicholas (basse)
- Drachen Theaker (batterie)


1. Prelude/nightmare
2. Fanfare/fire Poem
3. Fire
4. Come And Buy
5. Time/confusion
6. I Put A Spell On You
7. Spontaneous Apple Creation
8. Rest Cure
9. I've Got Money
10. Child Of My Kingdom



             



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