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- Style : Kraftwerk, Camera
- Membre : Cluster, Neu!, Guru Guru
- Style + Membre : Brian Eno

HARMONIA - Musik Von Harmonia (1974)
Par ARP2600 le 25 Juillet 2012          Consultée 1072 fois

En guise de préambule, posons-nous la question suivante : Quelle est la différence entre abstraction et minimalisme ? Une musique abstraite ne tente pas de décrire un paysage ou de raconter une histoire, c'est le contraire de la musique à programme et c'est en général assez incompatible avec la présence de paroles. Notons que beaucoup d’œuvres classiques d'écoute assez facile sont manifestement abstraites. La musique minimaliste, elle, consiste avant tout à utiliser le moins d'ingrédients possibles, et donc à employer peu d'instruments, un rythme simple, une harmonie élémentaire, du répétitisme. Bien entendu, on peut être les deux à la fois, mais ce n'est évidemment pas automatique.

Les premiers albums de Cluster doivent être considérés comme de la musique abstraite. Les évolutions d'ambiance et la diversité des sons sur Cluster 71 ne permettent pas de le classer dans la musique minimaliste, tandis que Cluster II s'en approche nettement plus. L'autre tendance chez les groupes produits par Conny Plank, incarnée par Kraftwerk et Neu!, montre une musique minimaliste peu concrète mais quand même assez marquée par une rythmique rock. Sur Neu! 2, on a même des passages protopunk. Les premiers Tangerine Dream, à l'instar des Cluster, sont des albums cosmiques abstraits. Ce qui est sûr, c'est que tout ces disques sont d'un abord très délicat. Il allait falloir une fusion plus nette des deux tendances pour faire une percée médiatique et donner naissance au genre musical durable qu'est la musique électronique comme on la conçoit de nos jours.

Le première réussite est à mettre à l'actif de Kraftwerk avec Ralf und Florian en 1973, un album décousu mais plus visionnaire que leurs disques mélodiques et conceptuels qui ont suivi. Il allait falloir regarder du côté de Cluster et Neu! pour l'étape suivante de la construction de l'électro. Neu! commençant à connaître des tensions internes, Michael Rother a approché Dieter Möbius et Hans-Joachim Rödelius de Cluster, toujours en 73, pour former le supergroupe Harmonia. Fatalement, le style de ce groupe est intermédiaire, donnant quelques-uns des premiers morceaux abstraits et minimalistes à dominante électronique pouvant être placés à l'origine de la techno et de l'ambient. Après quelques concerts, le premier album, simplement intitulé Musik von Harmonia, est publié début 74, premier jalon de cette année incroyable du krautrock qui allait voir également paraître ces autres disques fondateurs que sont Zuckerzeit, Phaedra et Autobahn.

Voyons plus précisément comment le mélange fonctionne. Si on compare Musik von Harmonia à Cluster II et Neu! 2, on sent clairement qu'il y a deux tiers de Cluster. Les sons sont très électroniques, le minimalisme est relativisé par de subtiles évolutions, et puis il y a une certaine sensibilité difficile à expliquer, présente en particulier dans l'ambiant «Sehr Kosmisch». Ce que Rother apporte, c'est un certain caractère mélodique et des éléments rythmiques qui font penser à Neu! et Kraftwerk (par exemple dans «Watussi» et «Dino»).

Une chose est sûre, ce mélange est efficace et Musik von Harmonia est plutôt un bon album. Dommage qu'il soit assez inégal et que le son ne soit pas de très bonne qualité, ce qui est sans doute dû à l'absence de Conny Plank. La première face est magistrale, la seconde est moyenne. Notons qu'à part un peu de boîte à rythmes, il n'y a pas de séquençage, ils ont réussi à jouer l'album au feeling, mais honnêtement on ne voit pas beaucoup la différence, l'intention stylistique y est.

«Watussi» est vraiment LE grand morceau du groupe, il présente un son cristallin et un répétitisme hypnotique, une batterie régulière, autant d'ingrédients essentiels pour obtenir la magie électronique. «Sehr Kosmisch», titre amusant s'il en est, pour un morceau effectivement cosmique... Brian Eno a eu un grand coup de cœur pour le groupe, auquel il a d'ailleurs participé en 76 avant d'enregistrer deux albums avec Cluster, il semble évident que son travail en ambient est très lié à des morceaux comme celui-ci. Notons qu'on sent aussi une proximité avec Vangelis dans les passages les plus vaporeux. «Sonnenschein» est bon mais un peu difficile à réussir sans séquenceur peut-être, il paraît assez instable.

«Dino» commence de belle manière la seconde partie, avec ses airs kraftwerkiens. On s'y rend compte une fois de plus qu'Autobahn n'est pas sorti de nulle part, enfin passons. La suite est malheureusement plus laborieuse... «Ohrwurm» est aussi dépouillée qu'agressive, le rythme y est dilué et les différents voix semblent indépendantes, on est en droit de ne pas aimer. «Ahoi!» montre par contre une musique ambiante fort délicate, encore un numéro qui a dû influencer Eno. «Veterano» est un autre passage qui aurait bien eu besoin d'un séquenceur, mais l'idée est très bonne, encore un morceau répétitif entraînant mais abstrait qu'on ne s'attendrait pas à trouver en 74. La conclusion «Hausmusik» me paraît inutile, ce piano dissonant bouclant sur cinq minutes est fort ennuyeux.

Le bilan est tout de même fort positif et le mérite suffit à arrondir la note du bon côté. S'il peut être difficile de vraiment goûter à cette musique dont les sons sont quand même fort datés, les innovations stylistiques sont telles que toute personne s'intéressant à la musique électronique doit le découvrir pour savoir comment tout a commencé. Quelques mois plus tard, Cluster sans Rother allait profiter de cette expérience pour livrer cette fois un disque au son bien plus convaincant et à la musique plus stable, le merveilleux Zuckerzeit.

Note : 3,5/5

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- Dieter Möbius (synthétiseur, guitare, percussion électronique)
- Hans-joachim Rödelius (orgue, clavier, guitare, percussion électronique)
- Michael Rother (guitare, piano, orgue, percussion électronique)


1. Watussi
2. Sehr Kosmisch
3. Sonnenschein
4. Dino
5. Ohrwurm
6. Ahoi!
7. Veterano
8. Hausmusik



             



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