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KRAUTROCK  |  STUDIO

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- Style : Kraftwerk, Camera
- Membre : Cluster, Neu!, Guru Guru
- Style + Membre : Brian Eno

HARMONIA - Deluxe (1975)
Par ARP2600 le 27 Octobre 2012          Consultée 1345 fois

Le second album d'Harmonia, le supergroupe «Cluster+Neu!» de krautrock de l'école de Düsseldorf, se nomme donc Deluxe. On reconnaît bien là la dérision du genre, et de Cluster en particulier. D'une certaine manière, ce n'est pas mensonger car il s'agit de l'album de Cluster, de Neu! ou d'Harmonia le plus emphatique paru jusque là. On peut même carrément parler d'un petit virage stylistique.

En fait, après les quelques avancées allemandes récentes sur le chemin de la musique électronique (Ralf und Florian, Musik von Harmonia, Zuckerzeit, Phaedra, Autobahn, Rubycon), le groupe de Moebius, Roedelius et Rother semble avoir voulu revenir aux fondements rock du krautrock et livre ici un disque bien plus romantique, avec des guitares évidentes, un peu de chant et des mélodies plus définies. Ils ont d'ailleurs eu à cette époque les renforts du batteur Mani Neumeier de Guru Guru, qui a remplacé les boîtes à rythmes utilisées auparavant. Notons également la qualité du son bien supérieure à celle du premier album, sans doute grâce à la participation de l'inévitable Conny Plank.

Inutile de dire que le plus gros de la musique figurant sur ce disque est fort convaincante. Si ceci n'est pas aussi excitant et hypnotique que les œuvres plus électroniques, il s'agit manifestement d'un grand disque de krautrock, représentant sans doute, à ex aequo avec Faust IV, l'archétype du style. Une seule chose est vraiment déplorable ici, et c'est bien évidemment les voix. C'est sans doute l'effet «Wir fahren fahren fahren auf der Autobahn» qui a incité Harmonia à assassiner des paroles de manière encore plus terrible que Kraftwerk. Ici, on entend surtout «Immer wieder, rauf und runter, einmal drauf und einmal drunter», sur les morceaux «Deluxe (immer wieder)» et «Monza (rauf und runter)» qui débutent les deux faces. Ceci plus un peu de remplissage vers la fin – un syndrome typique de Cluster – oblige malheureusement à relativiser la note du disque.

Tout ce qui est instrumental dans les trois premières plages (qui représentent deux tiers du tout) est impeccable bien qu'un peu daté – mais les amateurs de krautrock se soucient peu de ce détail, voire le considèrent comme une qualité. «Deluxe» est une ouverture plutôt électronique et fort romantique, on y retrouve des similitudes avec les morceaux de Roedelius sur Zuckezeit ainsi qu'avec la plage-titre d'Autobahn. S'il y a des motifs répétitifs, cette musique évolue bien plus que tout ce qu'ils ont montré auparavant. On peut clairement couper ce morceau de dix minutes en deux parties, le début est plus soutenu, la fin plus suspendue, comme une longue conclusion où ils réussissent tout de même à éviter l'ennui.

À mes yeux, le clou de l'album est le superbe «Walky-talky», durant également une dizaine de minutes. Il est très dynamique et repose sur une assise bien rock avec guitare et batterie, tandis que les synthés et une harpe de Nagoya s'unissent pour développer des mélodies irréelles. Les ambiances de ce morceau peuvent être rapprochées du rock progressif et de l'album Olias of Sunhillow de Jon Anderson en particulier. Ensuite, le troisième gros morceau, «Monza» reprend des éléments du premier mais en beaucoup plus rock. Après une longue introduction instrumentale bizarre rappelant un peu Cluster II, les guitares se déchaînent sur un motif répétitif purement krautrock. C'est le morceau le plus agressif jamais livré par la paire Moebius-Roedelius.

Dans «Notre-Dame», deux séquences rythmées électroniques peu convaincantes, faisant jeu vidéo vieillot, encadrent un joli passage lent. Toute personne connaissant Oxygène 5 de Jean Michel Jarre ne peut que s'apercevoir de la ressemblance. Certes, Jarre est peut-être le seul musicien électronique des années 70 à ne pas provenir d'un milieu rock, mais il a quand même basé son travail sur celui des allemands (on trouvé également chez lui des points communs Klaus Schulze). «Gollum» est un petit morceau très sympa, où le jeu de batterie est notable, ainsi que les sons tristes très enoesques, le groupe livre en quatre minutes quelque chose de très évolutif et vivant. Par contre, le final «Kekse» n'est qu'une resucée mièvre du schéma de «Deluxe» et «Monza», un remplissage à peine meilleur que le «Morgenspaziergang» de Kraftwerk. Ajoutons des sons de grenouilles ennuyeux et nous obtenons une bien piteuse conclusion pour un si bon album.

Si Deluxe est assez éloigné du travail habituel de Cluster, il n'en est pas moins la meilleure publication d'Harmonia et un des disques phares du courant krautrock. Le supergroupe ayant eu sa petite notoriété, cet album ne s'est de plus pas trop mal vendu, ce qui ne gâte rien. Mon opinion est d'ailleurs partagée par de nombreux critiques qui classent ceci parmi les indispensables du genre. Il est un peu triste que, à l'instar des autres supergroupes, celui-ci ait péri aussi vite qu'il était apparu. L'arrivée de Brian Eno a bien failli permettre la sortie d'un troisième album en 76 mais le projet a avorté, ce travail n'a été publié que bien plus tard sous le nom «Tracks and traces». L'aventure Neu! s'étant achevée au début de la même année, Rother a continué sa route seul tandis que Cluster a repris son chemin avec Sowiesoso en 76 puis avec Eno un peu plus tard.

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- Michael Rother (guitares, claviers, chant)
- Hans-joachim Roedelius (claviers, chant)
- Dieter Moebius (synthétiseur, harpe de nagoya, chant)
- Mani Neumeier (batterie)


1. Deluxe (immer Wieder)
2. Walky-talky
3. Monza (rauf Und Runter)
4. Notre Dame
5. Gollum
6. Kekse



             



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