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Max ROMEO - War Ina Babylon (1976)
Par KLEMAN le 11 Octobre 2012          Consultée 1171 fois

Au début des années 70, Max Roméo, surtout connu en Jamaïque pour son hit de 1969 « Wet Dream » [Rêve mouillé], y revêt une solide réputation de chanteur de tube de l'été qui ne sera complètement anéantie qu'à la sortie de l'album « War ina Babylon », 7 ans plus tard. Lloyd Bradley, auteur de Bass Culture, qualifie l'opus comme « pouvant rafler le titre de meilleur album reggae dub de tous les temps », c'est pour dire l'aura et la reconnaissance que connaît l'album, jusqu'à aujourd'hui. Samplé par des monuments tels que Jay-Z ou Prodigy dans les années 90, le disque enregistré au Black Ark de Lee Perry n'a pourtant rapporté que 2500 dollars jamaïcains à l'artiste : les contrats juteux signés par les grandes maisons telles Island ou Virgin à l'époque avec les artistes jamaïcains n'avaient absolument rien de social.

Le social, il en est question dans cet album, qui se révèle être une prise de conscience collective en 1975 (année de son enregistrement studio), quelques années après l'accession de Michael Manley au poste de premier ministre de Jamaïque. Les espoirs suscités par l'intronisation d'un non-blanc socialiste, portés par les couches défavorisées, ont vite fondus. « One step forward » (« … two step backward » : « un pas en avant, deux pas en arrière ») de Max Roméo se révèle être une piste populaire clairement anti-Manley. La musique des rastas, véritables parias de la société jamaïcaine, se radicalise à cette époque, politisation que décrit Big Youth par ces quelques mots : « les temps n'étaient pas à la rigolade. Le système se moquait de ce qui pouvait nous arriver, il nous disait de nous battre contre nos propres frères, de nous battre entre nous, d'être avides et stupide. (…) nous ne pouvions pas laisser ça arriver. C'est pour cela que la musique était ainsi à cette époque, parce qu'au lieu de se contenter de prier Jah, il y avait des choses plus importantes à faire. Nous savions que nous avions le pouvoir ».

La pochette, représentant une femme noire miséreuse assise sur des ruines, accompagne ce « One step forward », terriblement roots, profond, marqué par cette ligne de basse louuurde, un riddim entêtant, majesteux, connu de tous, et qui tourne plus de cinq minutes durant sur deux accords répétés quatre fois chacun. Une simplicité apparente déroutante, mais une pureté folle dans laquelle on reconnaît le talent de Lee Perry. L'instrumental offre ici une sorte d'hymne, une marche, une marche des ghettos de Kingston, un hymne contre la corruption, contre les violences policières et gouvernementales. Un son rempli de souffrance et de hargne. Cette première piste, plongée dans le roots et le dub (3'10), laisse place à un reggae plus léger mais à un message tout aussi fort sur « Uptown babies don't cry » dont le titre évocateur (« les bébés de la haute ville ne pleurent pas ») amène à un « I Chase the Devil » vindicatif. Quelle tune ! La voix endiablée de Max Roméo emporte et fait serrer les poings et les yeux pour se concentrer sur la puissance phénoménale mais bien intentionnée de l'instrumental, tout simplement magique. Le guiro (la percussion qui fait grik grik) sur les premier et deuxième temps est super bien placé, les petits changements de tonalité refrains / couplets montent, descendent, y'a du relief et de l'intensité. Les Upsetters (le backband) signent là selon moi leur plus belle réalisation.

« War Ina Babylon », la chanson, part sur des tonalités majeures avec des chœurs bien présents, et une partie rythmique intéressante, soulignée par la basse, sur un gros skank de guitare. Le morceau suivant est nommé « Norman », du prénom du père du premier ministre Michael Manley, homme politique ayant fondé le PNP, le parti au pouvoir. La piste est un four step énergique et décidé …

« Stealing in the name of Jah », plus peace, pourrait paraître paradoxalement gentillette si l'on fait abstraction des paroles dénonçant les écarts de certains pseudos-rastas attirés par la gloire et l'argent que la musique semblait leur proposer. Toute la fin de l'album semble plus tranquille, profondément rasta. Des sons Nyabinghy-roots comme « Tan and see », d'autres plus syncopés tel que « Smockey room » ou des titres « à l'ancienne » comme « Smile out a style », une sorte de rocksteady ralenti et sonnant très reggae, ont tous trois en commun une jamaïcanité prononcée, et des vibes formidablement originales, endémiques à la petite île caribéenne. Un album sublime, inévitable bref, vous l'aurez compris, si vous ne connaissez pas, c'est le moment de l'écouter ! 5/5 sans hésitation.

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   KLEMAN

 
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- The Upsetters (backing band)


1. One Step Forward
2. Uptown Babies Don't Cry
3. I Chase The Devil
4. War Ina Babylon
5. Norman
6. Stealing In The Name Of Jah
7. Tan And See
8. Smokey Room
9. Smile Out A Style



             



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