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Ry COODER - The Prodigal Son (2018)
Par BAKER le 9 Novembre 2018          Consultée 51 fois

Même si le fils a repris le flambeau, Ry COODER ne peut s'empêcher de rester une légende. Or une légende, ça s'entretient. Et tant qu'il le peut, notre homme continue de sortir des disques, même si à vrai dire ce "fils prodigue" est une semi-surprise. Explorant la musique "Americana" dans tous ses recoins, COODER traîne sa guitare slide sur du blues, du folk, de la country et, ici plus qu'ailleurs, du gospel, un des véritables terroirs de la musique américaine dans son ensemble. D'où Jésus et compagnie, choeurs coulants (c'est comme le camembert), litanies basées sur la répétition, mais, COODER oblige, avec de nombreux chemins de traverse.

La première écoute va vous surprendre par le son gras, lourd, pour ne pas dire lourdingue, notamment sur la batterie, qui ressemble plus aux TAMBOURS DU BRONX qu'aux baguettes feutrées de Jim Keltner. Pour un artiste qui a le privilège d'avoir enregistré le tout premier album de musique populaire en digital (le très bon Bop Till You Drop), ce recours à la cradinguerie sonore peut choquer. Et autant le dire, l'écoute de ce disque n'est pas forcément aisée. Il n'y a pas beaucoup d'éléments auxquels se raccrocher, le minimalisme supposé reste en fait assez dense. C'est le groove général qui permet d'entrer au fur et à mesure dans des chansons qui ont pour force tout autant la composition que l'interprétation.

"Straight Street" ouvre le bal et peut amener sur une fausse route tant elle est sympathique de prime abord, facile à appréhender. Mais dès "Shrinking Man", blues shuffle fourmillant, on peut avoir tendance à perdre pied. Tenez bon, vous aurez des balises. Comme la slide au bottleneck bien frotté, bien bruitiste, bien grinçant comme on aime sur "Everybody Ought...", comme le petit lick sifflé sur "Gentrification" qui est irrésistible et met en valeur un beau travail des guitares, ou comme cette ambiance morbide, sépulcrale de "Nobody's Fault" - oubliez la flamboyance de LED ZEP, ici tout n'est que désespoir sublimé par une guitare hyper-minimale dont on savoure chaque glissement de doigts, chaque frottement de corde. La guitare KNOPFLERienne de "You Must Unload" sublime le propos prêchi-prêcha, bien aidée par un violon country aérien, et "Jesus and Woody" touche par sa simplicité.

L'aspect foutraque peut par contre faire tiquer lorsque COODER père et fils s'amusent un peu trop avec le studio et les technologies comme dans l'intro de "Prodigal Son" ou le final de "Nobody" un peu piraté par des sons venus d'on ne sait où. Le paroxysme est malheureusement atteint sur l'ultime titre, "In His Care", dont la joyeuse énergie ne peut totalement masquer le bordel ambiant. Finalement, le meilleur titre s'avère aussi le plus dépouillé : en misant sur une ambiance apaisée et à la limite du new-age, "Harbor of Love" conquiert l'auditeur définitivement.

Mais il est vrai que cette bataille avec l'auditeur en est une, où chaque partie a son bout de gras à défendre. Si vous venez pour des parties de guitare hallucinées, ce n'est pas la bonne adresse ; si vous cherchez le côté puriste du blues, de la country ou de la folk, car nous sommes aux frontières, vous serez déçu aussi. "Prodigal Son" est autre chose, pas un constat, pas un kif, plutôt une sorte d'excroissance musicale poussant sur le corps malade d'un pays tout autant rempli de charme que de mystères sombres. Un des disques les plus délicats de cette année à appréhender, à vous de savoir si vous avez l'estomac pour. Et la patience. Et les connaissances. Et l'exigence.

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   (2 chroniques)



- Joachim Cooder (batterie,percussion)
- Ry Cooder (banjo,basse,guitare, mandoline,vocaux,claviers)
- Terry Evans (vocaux)
- Robert Francis (basse)
- Aubrey Haynie (violon)
- Bobby King (vocaux)
- Arnold Mcculler (vocaux)


1. Straight Street
2. Shrinking Man
3. Gentrification
4. Everybody Ought To Treat A Stranger Right
5. The Prodigal Son
6. Nobody's Fault But Mine
7. You Must Unload
8. I'll Be Rested When The Roll Is Calle
9. Harbor Of Love
10. Jesus And Woody
11. In His Care



             



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