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Ry COODER - Paris, Texas (1985)
Par AIGLE BLANC le 29 Août 2015          Consultée 1051 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Palme d'or du Festival de Cannes en 1985, le film de Wim WENDERS a été unanimement, et à juste titre, reconnu comme un pur chef-d'oeuvre. En effet, Paris Texas compte parmi les rares longs-métrages à s'être imposés comme un classique instantané du 7°art. Statut dont il ne risque pas de déchoir tant cette histoire de vie gâchée et de rédemption crépusculaire a su viser l'universalité, au-delà des cultures et des époques. Une oeuvre intemporelle d'une beauté qui laisse pantois. La chair de poule m'envahit à sa seule évocation.

Après avoir été le chef de file de la nouvelle vague germanique au début des seventies, aux côtés de Werner HERZOG, Volker SCHLONDORFF et Rainer Werner FASSBINDER, en 1985 Wim WENDERS lâchait enfin la bride à son amour pour la culture américaine, pas n'importe laquelle. L'Amérique qui passionne le cinéaste allemand est celle des losers, une Amérique oubliée de laquelle sourd une profonde mélancolie. Une Amérique qu'a immortalisée le peintre Edward Hopper. En reprenant ses thèmes de prédilection (l'errance et la solitude, l'incommunicabilité), le cinéaste s'abandonnait pour la première fois à la simplicité déchirante d'une histoire d'amour détruite. A travers l'interprétation sublime du trop rare Harry DEAN-STANTON, le film questionne le mal être latent en chaque homme devant la perspective tétanisante d'une vie de couple qui, loin de se sentir soudée par l'arrivée d'un enfant, s'affole au contraire devant l'écrasante responsabilité qu'implique une telle situation.
Le script d'une sensibilité infinie est signé Sam Shepard, acteur américain rendu célèbre par L'étoffe des Héros, et plus récemment par Un juillet de sang (Cold in July), mais aussi écrivain et dramaturge méconnu au talent fulgurant.

Si la distribution des rôles (Harry Dean STANTON et Nastassja KINSKI en tête) compte énormément dans l'impact émotionnel du film, il est un deuxième élément qui contribue indéniablement à son éclatante réussite : la musique de Ry Cooder. Existe-t-il BO plus à fleur de peau que celle-ci? Au musicien américain, dieu de la guitare slide, de livrer l'une de ses oeuvres les plus sincères et de viser par la même occasion directement le coeur. Le Blues qui transpire de cette BO et qui se déverse sur les images mélancoliques (ô combien sublimes !) de Robby Müller est de ceux qui laissent une trace indélébile.

"Paris, Texas", titre d'ouverture et thème principal de l'album, concentre à lui seul toute la chaleur du Texas, jusque dans les inflexions de la slide de COODER où suinte une solitude râpeuse à laquelle le guitariste imprime une vibration à nulle autre pareille. Dans son jeu au bottleneck, COODER délivre des stridences morbides qui rappellent les circonvolutions aériennes des vautours aux aguets. Je serais presque porté à croire qu'il s'agit ici du Blues définitif tel que je l'ai toujours rêvé et ressenti. La composition se passe aisément d'un accompagnement vocal tant l'expressivité de la slide contamine chaque instant.

"Brothers" et "Nothing Out There" naviguent dans les mêmes eaux troubles magnifiées par le jeu habité du musicien, sortes de variations instrumentales, encore plus minimalistes, autour du thème initial qui se voit ici comme désossé, réduit à une aridité radicale.

"No Safety Zone" délivre des frottements de manche métalliques qui transpirent la solitude et la pourriture. Absence de mélodie au profit d'une plage purement ambient.

"Houston In Two Seconds" et "On The Couch" reprennent le thème de "Paris, Texas" en variant les rythmes globalement ralentis et en jouant davantage sur les silences quand les notes de la slide s'allongeant paresseusement frôlent l'apnée.

Dans "She's Leaving The Bank", composition co-écrite avec Jim DICKINSON qui tient ici la seconde guitare, la cohésion des deux musiciens que l'on imagine en transe confère à ce titre toute sa force et sa beauté lumineuse. C'est l'un des duos guitaristiques les plus envoûtants qu'il m'ait été offert d'écouter.

Et que dire de la sublime "Dark Was The Night" qui conclut la BO, pièce écrite par Blind Willie JOHNSON en 1927, mais que réarrange ici Ry COODER en se la réappropriant avec son jeu très personnel ? Sinon qu'il s'agit du pic émotionnel du film et de l'album. Un Blues déchirant et crépusculaire après lequel tout a été dit, tout a été joué. Il ne reste plus dès lors au personnage incarné par Harry Dean-STANTON qu'à repartir seul et pour s'enfoncer dans la nuit bleutée, après avoir réuni la mère et son enfant pour un avenir dont il se sentira malgré lui et à jamais exclu.

La seule plage chantée du disque est un traditionnel mexicain : "Cancion Mixteca". La guitare de COODER engage une mélodie triste à pleurer qui traduit le souvenir des jours heureux. Quand intervient le chant masculin, l'émotion est à son comble. Le chanteur dont l'identité n'est pas révélée dans le livret, mais qui chante en Espagnol, trouve dans les accents mélodramatiques de sa voix une force qui transcende une chanson par ailleurs modeste mais bouleversante.

Les 8 minutes de "I Knew These People" sont un quasi monologue, pas tout à fait un dialogue, extrait de la plus belle séquence du film : la scène dans le peep-show quand Harry Dean-STANTON raconte à la prostituée ce qui a été leur histoire d'amour commune, sans que cette dernière séparée de lui par une glace sans tain puisse reconnaître le père de son enfant. Pour qui a vu le film, il est clair que d'en écouter la piste sonore exclusive ravive de très forts souvenirs, d'autant que sur le monologue de l'homme évoquant l'époque heureuse de son couple débutant Ry COODER a greffé une partition solo exécutée avec sa guitare et qui reprend la mélodie de la "Cancion Mixteca" précédemment mentionnée.
Il eût été autrement plus judicieux de remplir ces 8 minutes parlées avec les propres compositions de COODER, ce qui aurait élevé favorablement la durée décente d'une BO exemplaire mais bien trop courte.

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   AIGLE BLANC

 
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- Ry Cooder (guitare slide)


1. Paris, Texas
2. Brothers
3. Nothing Out There
4. Cancion Mixteca
5. No Safety Zone
6. Houston In Two Seconds
7. She's Leaving The Bank
8. On The Couch
9. I Knew These People
10. Dark Was The Night



             



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