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1995 Sarala

HANK JONES/CHEICK TIDIANE SECK - Sarala (1995)
Par LE BARON le 10 Mai 2017          Consultée 725 fois

D’un côté, il y a Hank JONES, né en 1918, pianiste de jazz émérite, à la discographie longue comme le bras : des dizaines d’albums enregistrés en tant que leader, et tout autant en collaboration, voire comme sideman. Il faudrait des pages entières pour évoquer les enregistrements auxquels il a participé ! Il faut dire que ces enregistrements couvrent une période étonnamment longue, de 1947 à 2012. Hank JONES a joué avec tout le monde : Cannonball ADDERLY*, Lester YOUNG, J.J. JOHNSON, Dizzy GILLESPIE, etc. Proche d’Art TATUM et de Thelonious MONK, il est également le frère de Thad JONES, trompettiste, et d’Elvin JONES, mémorable batteur de John COLTRANE.

De l’autre côté, il y a Cheick-Tidiane SECK, né en 1953, également pianiste, mais aussi claviériste et chanteur malien, membre du SUPER RAIL BAND DE BAMAKO dans les années 70, à l’époque de Salif KEITA et Mory KANTE. Son franc-parler et ses idées humanistes ne lui feront pas que des amis. Exilé en Côte d’Ivoire, puis à Paris dans les années 80, il est un musicien discret, mais très respecté par ses pairs, à Paris comme à New-York ou Bamako. Il a lui aussi enchaîné les collaborations avec des artistes aussi prestigieux et exigeants que Joe ZAWINUL, Wayne SHORTER ou Randy WESTON, mais n’a à l’époque jamais enregistré sous son nom.

Plus de 30 ans séparent les deux hommes, et leurs aspirations différent, en cette année 1995. Hank JONES a déjà une très belle carrière derrière lui, mais souhaite renouveler son inspiration en explorant la musique mandingue. Cheick-Tidiane SECK est encore un homme de l’ombre et profite de cette rencontre pour en sortir. Un autre que lui aurait pu jouer les faire-valoir en concoctant des morceaux propres à faire briller le jazzman américain. Mais SECK est un guerrier, comme il aime à le rappeler, et son immense générosité musicale ne l’empêche pas de composer Sarala comme s’il s’agissait de son propre album. Hank JONES, dont le nom est écrit en gros sur la pochette, y joue avant tout l’invité, la vedette américaine. Car si le malien lui fabrique de somptueux morceaux, il ne le laisse jamais prendre complètement la main. Parions que JONES a laissé faire, conscient du quasi hold-up perpétré par son ami, mais touché par l’immense beauté de sa musique, si intense qu’elle pousse n’importe lequel de ses interprètes à une certaine modestie.

Car les morceaux de Cheick-Tidiane SECK sont des trésors : sur des mélodies délicates et entraînantes, il enchevêtre les cordes de la guitare, du n’goni ou de la kora avec le balafon ou la flûte, de façon savante, mais toujours accessible. Et s’il brode des motifs de toute beauté, et tout en nuances, leur complexité se cache toujours derrière une sérénité souriante, à l’image leur discret compositeur. Hank JONES, lui, est convié à développer de courts soli, tous incroyablement lumineux. Cheick-Tidiane, à l’orgue Hammond, mène son monde. Les musiciens qui l’accompagnent ont ce rare talent d’être à la fois brillants et humbles, ne versant jamais dans les travers de la démonstration, même lorsque SECK leur déroule un véritable tapis rouge pour y dérouler un chorus.

Alternant chansons et musique pure, Cheick-Tidiane SECK nous emmène dans un voyage à la beauté incomparable, à des lieux des chromos sur l’Afrique. Car cette musique est si vivante, mouvante, chaleureuse et lumineuse qu’elle en devient intemporelle. C’est de la « world music » telle qu’elle devrait toujours être : nourrie à toutes les influences, la musique mandingue bien sûr, mais aussi la soul, le jazz, et de façon générale toutes les musiques de l’âme.

Impossible d’entrer dans le détail de chaque titre. Je ne citerai que deux chansons : « Sarala », et « Walidi Ya », qui sont de parfait exemples de la délicatesse du travail de Cheick-Tidiane SECK, et, presqu’accessoirement, de Hank JONES.

Cet album a marqué son temps. Il a créé un véritable engouement pour cette musique, engouement qui amènera nombre de musiciens occidentaux à partir au Mali s’abreuver à la source du mandingue, parfois pour le meilleur.

C’est donc un grand album à ranger parmi ceux sur lesquels ont revient régulièrement. Si Cheick-Tidiane SECK lui « reprochera » d’avoir un son trop propre, cela n’est nullement gênant. Cela participe même sans doute à son aspect intemporel, à des lieux de toute mode ou de toute époque. L’extraordinaire beauté de la musique de Cheick-Tidiane SECK, une fois entendue, vous accompagne au long cours, d’autant plus que son universalité parle à tout le le monde, et à chacun.

*Il joue notamment sur Somethin’Else.

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   LE BARON

 
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- Hank Jones (piano)
- Cheick-tidiane Seck (direction musicale, hammond b3, percussions, voix)
- Amina Annabi (voix sur 8)
- Manian Damba (choeurs, voix sur 9 et 11)
- Kassé-mady Diabaté (voix sur 4 et 9)
- Tom Diakité (choeurs, voix sur 5, percussions)
- Assitan 'mama' Keïta (choeurs, voix sur 7, percussions)
- Fatoumata 'mama' Kouyaté (voix sur 11)
- Aly Wagué (flûte)
- Djely-moussa Condé (kora)
- Lansiné Kouyaté (balafon)
- Moriba Koïta (n'goni)
- Ousmane Kouyaté (guitares)
- Manfila Kanté (guitare lead sur 9)
- Diely-moussa Kouyaté (guitare rythmique, lead sur 8)
- Sékou Diabaté (basse)
- César Anot (basse, choeurs, percussions)
- Eric Vinceno (contrebasse)
- Moussa Sissokho (djembé, tama)
- Maré Sanogo (doum-doum)
- Jorge Amorim (percussions)


- sarala
1. Aly Kawélé
2. Sarala
3. Maningafoly
4. Tounia Kanibala
5. Komidiara
6. Fantagué
7. Mâké
8. Walidi Ya
9. Soundjata
10. Hank Miri
11. Hadja Fadima
12. Moriba Ka Foly



             



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