Recherche avancée       Liste groupes



      
MUSIQUE BAROQUE  |  OEUVRE

Commentaires (1)
L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

- Style : Giovanni Battista Pergolesi , Jan Dismas Zelenka

Antonio LOTTI - Requiem (hengelbrock) (1730)
Par CHIPSTOUILLE le 12 Août 2006          Consultée 3863 fois

Il y a des disques comme ça, un peu méconnus, voire difficiles à se procurer. Et puis il y en a d'autres que vous trouverez un peu partout, dans des grandes surfaces, achalandés en bout de caisse entre les oeufs de Paque et les chewing-gum sans sucre. Le requiem de LOTTI fait bien entendu partie de la première catégorie, il m'a fallu parcourir quelques disquaires avant de le trouver, et ce à un prix assez décourageant. Et puis il y a eu cet autre disque, ou plutôt quadruple-disque, une compilation boursouflée de musique sacrée sans grande cohérence, passant d'extraits de la passion selon St Mathieu de BACH au requiem de VERDI en passant par l'Hallelujah d'HÄNDEL pour terminer sa course entre les petits chanteurs à la croix de bois et les polyphonies corses. Cet affront à la cohésion s'appelle "Splendeur de la musique sacrée" et malgré son côté racoleur et indigeste, possède quelques extraits de chef d’œuvres totalement méconnus. Parmi ces rares pièces d'un goût exquis, on trouve deux petites minutes (frustrantes d'éphémérité) d'une oeuvre majeure de l'un des compositeurs "classique" (au sens large) les plus méconnus : Le Requiem d'Antonio LOTTI.

LOTTI fut pourtant pris en exemple par nombre de ses contemporains, BACH, HÄNDEL et ZELENKA (lequel fut son élève) ne tarissaient pas d'éloges à son propos. On retrouve son nom cité en référence à de nombreuses reprises dans des chroniques musicales du XVIIIeme siècle et son Miserere fut rejoué tous les ans lors du Jeudi Saint à la basilique St Marc de Venise.

LOTTI était chanteur (altiste) de formation. Il fut ensuite organiste puis maître de chapelle à Dresde en Allemagne avant de s'émigrer à Venise en Italie. Il sut, à l'image de PERGOLESI, faire progresser la musique lyrique de manière à privilégier le chant à l'accompagnement, versant parfois même dans l'a capella. Ce qui marque le plus est sans doute la diversité des styles de composition pratiqués, on passe du contrepoint des fugues chantées (cf l'art de la fugue de J.S. BACH) au style français ("Tuba Mirum") plus massif. Le compositeur sait submerger d'une impression de force tout en alternant avec de sublimes passages en douceur.

Les deux premières parties du Requiem sont assez singulières car plus longues que tout ce qui suivra. LOTTI délaye son propos de manière quasi académique (on remarquera tout de même un air très bien trouvé pour "Kyrie"). Dénote alors un "Dies Irae" (le fameux air repris par HÄNDEL dans son Messie puis MOZART dans le "Kyrie" de son Requiem) ombrageux, cassant le rythme et éclatant l'espace sonore dans une dissonance d'un seul tenant éconduite par le son pincé d'une trompette. La monodie classique (au sens strict cette fois-ci) fait alors son entrée fracassante avant d'être reprise par des chœurs polyphoniques. C'est ainsi que s'introduisent les flammes du "Dies Irae", plus posé que ceux des fameux Requiem de MOZART ou VERDI mais tout aussi impressionnant.

Se démarque ensuite du lot un trio de passages tout en force, le "Quaerens Me" fait appel d'air et impose sa marche funèbre avec cette délicieuse trompette piquante (plus qu'à l'accoutumée, merci à l'excellente interprétation) et le chœur de nous cueillir comme un seul homme sur cet escalier vertigineux. Le "Juste Judex" donne un bon coup de pression et distille un dialogue de cordes et de cuivres sublimant un magnifique air de nouveau fugué trop bref qui s'évanouit dans un "Ingemisco tamquam reus" victorieux (tellement que l'on se demande où s'est perdu le recueillement autour du défunt entre temps, à l'image des "Oro Supplex" et "Tuba Mirum").

Lorsque LOTTI ne nous transporte pas vers les cieux par de grandes manœuvres, on plane sur des airs de soprano plus légers, tels les superbes "Mors Stupebit", "Qui Mariam" ou enfin dans la douceur incarnée des "Quid sum miser" et "Lacrimosa". On est donc tour à tour choqué par une musique abrupte et bouleversante puis accompagnés de la douleur de chants lyriques touchant au sublime. Restent quelques passages de transition également très courts proposant des mélodies directes variant les plaisirs de l'écoute dans divers styles, comme mentionné plus haut. L'offertorio final aura plus un effet libérateur, s'incarnant dans des chœurs plus massifs, parcourant des mélodies charmantes (notamment l' "Hostias") délaissant du même coup les états de choc consécutifs du "jour de colère", partie centrale de l’œuvre.

Le Miserere ainsi que le Credo sont deux autres oeuvres de musique sacrée du même compositeur, s'inscrivant dans ce même style varié et harmonique, le tout m'ayant tout de même paru un tantinet redondant avec le requiem précédant. On garde tout de même en mémoire un magnifique "Crucifixus" à plusieurs voix jouant également sur des dissonances puissantes, malgré la teneur émotive du tout. Le "Miserere" se rapproche plus de chants monastiques, bien qu'un orgue discret soutienne également le tout.

Le seul réel bémol qui aurait pu ternir le tableau est l'unicité d'un tel enregistrement, LOTTI n'étant pas vraiment le compositeur le plus fréquent sur CD (cherchez à "divers L", même dans les -très- grands magasins), Thomas Hengelbrock délivre pourtant une interprétation admirable, sans doute aidée par la qualité de composition. Les chœurs sont colorés et légers, le son miraculeusement bon et il y a bien entendu cette fameuse trompette "d'époque" aux interventions toujours judicieuses et au son perfide qui vous perce de part et d'autre. Non vraiment, j'insiste, cette oeuvre ne mérite pas un tel oubli. Que l'on réhabilite Antonio LOTTI, et ce même à coup de publicités pour les galettes au gingembre allégées s'il le faut, on s'en moque!

A lire aussi en MUSIQUE CLASSIQUE par CHIPSTOUILLE :


Felix MENDELSSOHN
Symphonie N°1 (abbado) (1824)
La treizième symphonie




Joseph HAYDN
Symphonie N°94 La Surprise (harnoncourt) (1791)
Schtroumph farceur et musicien


Marquez et partagez





 
   CHIPSTOUILLE

 
  N/A



- Thomas Hengelborck (direction)
- Balthasar-neumann-chor
- Balthasar-neumann-ensemble


- - Requiem En Fa Majeur -
- requiem
1. Requiem Aeternam
- kyrie
2. Kyrie Eleison
- dies Irae
3. Dies Irae
4. Quantus Tremor
5. Tuba Mirum
6. Mors Stupebit
7. Liber Scriptus
8. Judex Ergo
9. Quid Sum Miser
10. Rex Tremendae
11. Recordare, Jesu Pie
12. Quaerens Me
13. Juste Judex
14. Ingemisco Tamquam Reus
15. Qui Mariam
16. Preces Meae
17. Inter Oves
18. Confutatis Maledictis
19. Oro Supplex
20. Lacrimosa
21. Judicandus
- offertorio
22. Domine Jesu Christe
23. Hostias El Preces
24. Quam Olim
- - Miserere -
25. Miserere
- - Credo -
26. Credo
27. Crucifixus
28. Et Resurrexit (presto)
29. Sanctus (allegro)
30. Et Vitam



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod