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Mick MARTIN & THE BLUES ROCKER - Long Distance Call (1997)
Par LE KINGBEE le 16 Mai 2019          Consultée 62 fois

Ce CD provient de chez Boogie à Levallois Perret, base arrière du magasine Soul Bag, déniché sous le regard désapprobateur du regretté Jean Pierre Arniac, vendeur, photographe, journaliste et grand spécialiste de la question Blues en France. Mais comme le dit l’expression latine : "De gustibus et coloribus, non disputandum"! Cinquième album du groupe, Long Distance Call n’était au moment de sa sortie disponible que chez Boogie ou Parsifal, un distributeur installé à Bruges. Eh oui, une époque pas si lointaine durant laquelle il fallait se décarcasser pour connaitre l’existence de certaines productions issues de l’étranger ou indépendantes. En 1997, Mick MARTIN & The BLUES ROCKERS, trésor bien caché basé à Sacramento, était totalement inconnu et vingt ans après, autant dire que la formation est toujours aussi méconnue dans notre territoire. Voici là une partie du boulot de chroniqueur, celle de dégoter et d’exposer des œuvres obscures. Mais comme l’affirme l’adage : "Attention, on n’est jamais à l’abri d’une découverte".

Mick MARTIN, charismatique chanteur harmoniciste et leader du groupe, a débuté sa carrière professionnelle en 1968. On le retrouve quatre ans plus tard aux côtés de Joshua Smith, puis d’Orion Express, un groupe de Blues fortement implanté dans cette partie de la Californie. L’incendie du Shire Road Pub, établissement où le groupe entrepose son matériel et se produit trois soirs par semaines met fin à l’aventure. Mick va alors embrasser la carrière de journaliste, comme critique de Rock puis de cinéma et animer une émission sur le Blues. En mars 94, il tourne avec Jimmy Smith avec lequel il se produit au Carnegie Hall lors du concert Blues In Jazz, une première pour un harmoniciste blanc issu du Blues. Accompagnateur pour Freddie KING, Jimmy ROGERS, Bo DIDDLEY, Mick TAYLOR, Grover WASHINGTON ou Roy BROWN lorsque ceux-ci se produisaient en Californie, Mick fonde The BLUES ROCKERS en 1987. Après avoir autoproduit quatre CD via le label Blues Rock Records, Mick MARTIN et ses BLUES ROCKERS franchissaient une nouvelle étape avec Long Distance Call, mais comme semble l’indiquer le titre de l’album, la route avait été longue et parfois semée d’embûches.

Quatorze titres pour deux petites compositions. Le groupe avait envie de se faire plaisir en reprenant un répertoire utilisant aussi bien des standards que des inusités, mais la formation s’éloigne ici de la copie servile évitant toute impression de rabâchage, se réappropriant par la même occasion des pièces judicieuses et audacieuses. La pochette dans lequel les musiciens se mettent en situation autour d’une cabine téléphonique plaide pour un moment de légèreté. La phone box a souvent servi de décor à de nombreux musiciens (Dexter Gordon, The Everly Brothers, Albert King, Springsteen, Nazareth, Elvis Costello jusqu’à David Bowie), une tendance qui risque de s’éteindre avec la disparition de nos vieilles cabines, témoins d’un temps révolu avalés par ce que certains appellent le progrès. Dernièrement le groupe One Direction s’offrait une escalade bouffonne sur une red box, la célèbre cabine anglaise, peut être seront-ils parmi les derniers à s’offrir une telle expédition.

Si Mike Martin excelle par son jeu de scène, un chant solide et un jeu d’harmonica pouvant passer de la sobriété à l’intempérance, le bonhomme s’est entouré d’une solide équipe rompue à la scène californienne : le guitariste Tim Barnes (ex Stoneground), le bassiste Steve Schofer (ex Orion Express) et Jerry Banks, batteur originaire de Houston implanté en Californie depuis presque trente ans (ex Al Arnett, Dave Alexander).
Mike Martin ne nous offre que deux petites compositions : le shuffle "Tougher Than Life", titre alliant Blues californien à son voisin Jump West Coast. Seconde compo avec "Stop Breaking My Heart" toujours ancré dans le Blues régional et dans lequel la section rythmique se révèle comme la gardienne du temple. Au niveau des covers le groupe étonne d’entrée de jeu avec "Crosscut Saw" : harmonica dynamique et entêtant, rythmique souple, guitare capable de hausser le ton sans rajouts intempestifs, la parfaite synthèse entre les versions d’Otis RUSH et d’Albert KING en plus rentre dedans et pour tout dire bien supérieure que celles de CLAPTON ou Earl Hooker. Les BLUES ROCKERS deviennent d’un coup beaucoup moins sympatôches en nous assénant une grande baffe avec "Call My Job". Ici pas de ronflements comme dans l’original de Detroit Junior, ni de réveil matin comme chez Albert KING, mais une rythmique au tempo imparable, un harmonica geignard, de gros riffs de gratte et surtout un morceau qui monte crescendo et accroche l’oreille avec un chanteur qui fait monter la sauce au point de la faire déborder du bol.

La troupe entame un premier virage avec "Hallelujah, I Love Her So", gros carton de Ray CHARLES en 56 pour la maison Atlantic. Le titre a été repris à toutes les sauces, souvent peu goûteuses, la palme revenant à de pseudo crooners et chanteuse ayant pris soin d’enrober le titre d’une ambiance Jazz de supermarché. Là nos californiens ne s’en tirent pas trop mal, l’harmonica apporte une nouvelle sonorité et permet de s’écarter des carcans et du rabâchage. Bonne et entrainante reprise du "I Can’t Hold Out" d’Elmore JAMES orientée non pas sur la slide mais sur un shuffle binaire californien, même si les chœurs semblent légers par rapport à la puissance du leader. Seconde pioche dans la besace d’Elmore JAMES avec "The Sky Is Crying" qui aurait mérité d’être raccourcie. Les puristes retourneront probablement aux versions de Freddie ou d’Albert King, voire à Magic SLIM, Tim Barnes ne s’en tire pas trop mal ici en n’exagérant pas trop sur la slide mais on se demande pourquoi il remplace son leader au micro. Curieusement, "Dimples", grand classique de John Lee HOOKER, ne rentrera dans les charts british huit ans après son enregistrement. On reste attaché à la version originale dans laquelle le machisme de HOOKER fait merveille bien secondé par Eddie TAYLOR et à celle des ANIMALS. Même impression avec "Wall To Wall", popularisé Johnnie TAYLOR, chanté cette fois par le batteur bien loin du groove dansant de l’original.

Bien évidemment Willie DIXON ne pouvait échapper aux BLUES ROCKERS qui s’attachent aux basques du contrebassiste arrangeur en trois occasions : "Back Door Man" avec son jeu de guitare imprégné de Country Blues et un nappage d’harmonica confère au standard un univers moins inquiétant que celui d’Howlin’ WOLF, sans parler du chant un brin parodique. Version honnête de "I’m Ready", popularisé par Muddy WATERS mais qui n’était à la base pas terrible à notre avis. Dernier emprunt avec "Got To Love You Baby", titre inconnu au bataillon mais qui envoie du peps. Terminons avec "Long Distance Call", un vieux titre fifties de Muddy WATERS dans lequel jouait LITTLE WALTER, grande influence de Mick MARTIN. Seul blues lent de l’album, le titre apporte une intensité dramatique et de l’ambigüité.

Si tout n’est pas parfait et si on peut reprocher un trop grand nombre de reprises, Long Distance Call se situe un cran au dessus de la production américaine du moment et contient au moins cinq petites pépites, ce qui n’est pas si mal par les temps qui courent. Ce disque témoigne que Mick MARTIN et ses potes doivent mettre le feu sur les planches des bars de Sacramento. Note réelle 3,5.

Steve Schofer, vieux compagnon de route de Mick, nous a quitté en 2012.

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   LE KINGBEE

 
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- Mick Martin (chant, harmonica)
- Tim Barnes (guitare, chant 5-9)
- Steve Schofer (basse, choeurs)
- Jerry Banks (batterie, percussions, chant 7-12)


1. Crosscut Saw / Just A Little Bit
2. Call My Job
3. Hallelujah, I Love Her So
4. Talk To Me Baby (i Can't Hold Out)
5. The Sky Is Crying
6. Dimples
7. Wall To Wall
8. Back Door Man
9. Don't Let My Baby Ride
10. Tougher Than Life
11. Long Distance Call
12. I'm Ready
13. Stop Breaking My Heart
14. Got To Love You Baby



             



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