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ABSTRACT HIP-HOP  |  STUDIO

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2004 Florida

DIPLO - Florida (2004)
Par UDUFRU le 31 Mars 2007          Consultée 2482 fois

On assiste de plus en plus souvent à la naissance d’albums qu’il faut écouter plusieurs fois avant d’en dégager une tendance dominante, et lorsque, naïfs ou bien inconscients, on tente de les décrire, on se perd souvent en qualificatifs jargonneux dont l’hermétisme n’a d’égal que le rebutant pour qui n’est pas amateur de classification masturbatoire… ou chroniqueur. D’aucuns croiront que je parle de fourre-tout musicaux qui compensent l’absence de personnalité de leurs auteurs par un aspect compilatoire censé plaire au plus grand nombre, chacun y trouvant un titre adressé à ses goûts intimes (et quantité d’autres à zapper). Mais en fait, je pense davantage aux disques magiques dont chaque piste essaie d’abattre les frontières entre les genres dans un grand désir de communion babélienne, tel les fantastiques Bad Thriller de ABSTRACKT KEAL AGRAM, ou Psyence Fiction du collectif UNKLE.

Est-ce donc un hasard si ces disques, à l’instar de Florida, sont réunis dans l’appellation d’origine incontrôlable "abstract hip-hop" ? Je ne pense pas, car il me semble de plus en plus évident que ce style est le berceau actuellement privilégié des artistes de l’originalité et du melting-pot musical. Offrant davantage de libertés que tout autre de par son côté abstrait, il s’offre aux oreilles de tous comme la grande partouze du jazz, de l’electro, du downtempo, du rock et, bien sûr, du hip-hop. DIPLO, alias Wes Pentz, enfant du Mississipi, appartient à cette école symbolisée par le label Big Dada, dont les jeunes diplômés nous enchantent régulièrement à coups de beats ravageurs.

Et le beat, il connaît ça, DIPLO ! Sa passion pour le rythme s’exprime en effet tout au long de Florida. Dans une première partie, l’album fait la part belle aux tempos lents, gras et craquants qui fleurent le vinyle à plein nez. On pourra certes reprocher à "Big Lost" d’être un peu répétitif, mais il faut y voir la seule critique adressable à l’album. Car lorsque le sample jazzy de "Sarah" s’égoutte en cristallines vibrations telles que seul un piano peut en concevoir, il devient alors impossible de relâcher son attention du travail réalisé par l’artiste. Celui-ci nous hypnotise par la suite avec son spatial "Into the Sun", aidé en cela par la voix suave de Martina Topley-Bird, qui fut chanteuse pour TRICKY. Car il est à noter que, comme tout effort d’abstract hip-hop qui se respecte, Florida bénéficie de quelques excellents featurings vocaux dont "Diplo Rhythm" fournit un assez bel aperçu : dans ce titre, tout est rythme, tout est DIPLO, aussi n’ai-je jamais vu un morceau porter aussi bien son nom. C’est cependant le plus facile d’accès et le moins représentatif de l’ensemble… le plus jouissif aussi peut-être ?
Mais là où DIPLO fait montre d’un talent prononcé hérité des maîtres de l’electro tels qu’APHEX TWIN, c’est dans la (dé)construction de rythmiques rapides et syncopées dont "Way More" se fait l’ambassadeur de charme, drapé dans un habit de lumière par l’emphase des cuivres. Dans la même veine, "Money Power Respect" et "Works" proposent des mélodies entêtantes, mécaniques, qui tournent avec violence dans nos esprits comme les rouages d’une machine sans pitié dont s’échappent les râles d’un engrenage rouillé, impitoyables et froids, comme les principes auxquels les titres de ces pistes font allusion.
Si ces titres sont à rapprocher de l’électro comme les premiers l’étaient du hip-hop, la pièce maîtresse de l’album, "Summer’s gonna hurt you", flirte résolument avec un esprit rock contemplatif et sublime. Le chant lointain, céleste, joue avec les percussions qui font et défont le rythme, les guitares qui font et défont la mélodie, et cette multitude de petits sons qui dessinent une image paradisiaque et meurtrie de l’été floridien. Un Eden terrestre semble alors possible...

L’abstract hip-hop est, depuis 2004, père d’un nouvel enfant prodige qui nous rappelle que PINK FLOYD n’a pas le monopole du psychédélique, ni SQUAREPUSHER celui de la complexité, ni encore Céline Dion celui de l’émotion (hum hum). Il ne s’agit pas d’aimer le hip-hop ou l’électro pour apprécier DIPLO, mais d’être ouvert à la musique intestine du monde d’aujourd’hui, une musique plurielle tout autant qu’intime qui a trouvé, en Floride, un autre de ses hommes capables de la traduire aux humains.

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- Wes Pentz (tout)


1. Florida
2. Big Lost
3. Sarah (feat. Martina Topley-bird)
4. Into The Sun
5. Way More
6. Money Power Respect
7. Diplo Rhythm (feat. Sandra Melody, Vibez Cartel &
8. Works
9. Indian Thick Jawns (feat. P.e.a.c.e.)
10. Summers Gonna Hurt You
11. It's All Part Of A Bigger Plan



             



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