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Philip GLASS : KOYAANISQATSI (1983)    
Ecrit par RAPHAEL BADAWI   |   Consulté 1323 fois   |   publié le 15/ 09/ 07    





AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également succeptible de contenir des révélations sur le film


En 1983 sort Koyaanisqatsi, film de Godfrey Reggio, bénéficiant de la production de Francis Ford Coppola, de la photographie de Ron Fricke, et surtout, d'une musique par Philip Glass. Le film en lui-même est non narratif et se réclame ainsi d'une neutralité de point de vue, ce qui est très fallacieux car les niveaux du langage font que le montage, le cadrage, la structure et la musique font passer un sens très clair, faisant pencher la balance d'un côté plutôt que de l'autre - et cela sera confirmé par les deux films suivants. C'est très chafouin de faire croire que la langue vernaculaire écrite et parlée est le seul vecteur de communication - elle n'est qu'un infime support sémiotique. Koyaanisqatsi est un terme hopi, signifiant "vie en déséquilibre". Tout le film va ainsi s'atteler à projeter le déséquilibre entre état de nature et civilisation, en se fondant sur trois prophéties hopies : "Si l'on extrait des choses précieuses de la terre, on invitera au désastre" ; "Près du Jour de Purification, il y aura des toiles d'araignées tissées d'un bout à l'autre du ciel" ; "Un récipient de cendres pourrait un jour être lancé du ciel et il pourrait faire flamber la terre et bouillir les océans".

Philip Glass doit donc reconstruire un hiatus, conserver son habituelle périssologie qui sied fort à la civilisation moderne, et faire une oeuvre monumentale car d'elle seule dépendra en définitive la puissance du film. Il va donc utiliser des méthodes d'orchestrations (cuivres vibrato ou arpèges staccato flutées lentes par exemple) très inhabituelles, le tout ponctué par des synthétiseurs dans les passages les plus civilisés (Resource), et longs mantras dans les décors les plus délicieux (le "Koyaanisqatsi" d'une voix rauque et profonde faisant trémuler de plaisir). Sans oublier les choeurs, véritables glapissements désespérés. L'ensemble est d'une simplicité hypnotique.

Une chose qui marque, c'est que les cellules répétées sont au début très allongées, ce qui donne l'illusion de titres non-itératifs, et à partir de la fin de Resource (et ce sera amplement développé dans Vessels), les cellules se font plus laconiques, une brachylogie obsessionnelle, à la touffeur incroyable, qui ne respire pas (les choeurs ne soufflent pas, entrecoupés et singultueux, comme une mater dolorosa ; au contraire : ils ne respirent pas du tout, ce qui trahit d'importantes retouches sur la bande magnétique). Il y a même superposition de cellules d'extensions différentes. Les cuivres seuls se renouvellent et continuent une lente fermentation, sous-entendant qu'il reste encore de l'humanité, voire de la pétulance (accents courts), dans la société moderne.

L'apogée - ou périgée - est probablement atteint avec The Grid, qui exacerbe l'amorce des précédents titres et amorce à son tour le syncrétisme nature/civilisation de Prophecies, reprenant le thème du début de façon très sobre et plus répétitive, avant de déplier des choeurs épais pour mieux retomber sur ses pattes.

Voilà, en conclusion, un album magnifique malgré ses vaguelettes redondantes qui ne plairont pas à tout le monde, mais qui en s'accumulant et s'étirant en ressacs avant se s'abattre en raz de marée, font vraiment mouche. Bref : miam.


L'équipe FP n'a pas encore évalué cette BO de film








Line-Up

       - Michael Riesman (chef d'orchestre)
       - The Philip Glass Ensemble
Track-list

      1. Koyaanisqatsi
      2. Organic
      3. Cloudscape
      4. Resource
      5. Vessels
      6. Pruit Igoe
      7. The Grid
      8. Prophecies

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