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- Membre : Hole

Courtney LOVE - America's Sweetheart (2004)
Par SADISTICKILLER le 21 Juin 2008          Consultée 1905 fois

« Pâteux. »
Ça fait (au moins) une semaine que je cherche un adjectif vraiment approprié pour décrire le son des guitares sur cet album. Je sais c’est pitoyable, mais c’est celui-là que je voulais, et pas un autre. Un caprice de chroniqueur, si vous voulez.
Pâteux. Ça ça a de la gueule. Vous visualisez un bon pâté campagnard ? Vous savez, cette terrine bien grasse tassée par un paysan bourru dans un pot en verre avec fermeture étanche en caoutchouc orange… Maintenant, imaginez que ce pâté n’est non plus un aliment (mais l’était-il déjà à la base ? C’est un autre débat), mais un son. Vous suivez toujours ? Et bien, si vous êtes arrivés jusque là, le plus dur est fait. Il ne vous reste plus qu’à associer ce son à celui que fait la guitare de Courtney Love dès qu’elle branche la saturation (c’est-à-dire presque tout le temps) et vous voyez ce que je veux dire.
C’est moche ? Ouais, c’est moche. Un peu comme si on avait essayé de transformer un album de metal en album de pop juste par la magie de la production…

Le fait est qu’on peut s’estimer en droit de râler : vu que la Courtney en question avait quand même passé près d’un an à couver son album, on était en droit de s’attendre à ce que le fruit de la ponte vaille la peine d’attendre.
Seulement voilà, la réalité c’est que cette année-là, notre poule trash préférée l’a passée entre les cures de désintox (apparemment sans grand effet), le tribunal (pour la garde incertaine de sa gosse) et le studio d’enregistrement (juste après être passé chez son dealer). La recette n’est pas forcément des meilleures, et le résultat est, comme on pouvait s’y attendre, plutôt désastreux. Courtney elle-même, en constatant les faibles ventes de l’album (qui a fait un bide, osons le dire), le reniera même publiquement deux ans après sa sortie, reconnaissant des erreurs (notamment de pomper le riff de « Smells Like Teen Spirit » pour faire son morceau « I’ll Do Anything ») dues à son régime à base de drogues dures et autres substances plus ou moins identifiables qu’elle s’injecte par tous les orifices imaginables, mais aussi à des pressions commerciales et contractuelles de la part de sa maison de disques (Virgin, pour ne pas la nommer), qui se serait empressée de sortir l’album à son état embryonnaire (ovulien ?) de démo mal dégrossie. D’où les guitares en carton et le son aseptisé, donc…

Se pose alors pour moi, chroniqueur, une question existentielle :
Ai-je des goûts de merde ?
Parce que, même si dans les faits cet album à l’air d’être de la gerbe de junky (et quand on parle de la veuve Cobain, l’image est appropriée), il ne faut pas oublier que Courtney est une grande artiste du rock, avec tout ce que ça implique, et que, même du fin fond de ses pires bad trips, l’éclat de la reine qu’elle est brille encore.
Cet éclat, on le retrouve dans sa voix, qui est à son image, très crade et pourtant si touchante, qui réussit à sauver l’album, mais aussi dans son attitude bipolaire de grande gueule au grand cœur, une attitude qui se retrouve dans ses textes et dans sa musique, pour notre plus grand plaisir.
Sur Mono elle demande des comptes à Dieu (rien que ça) et sur Sunset Strip, voyage entre pop électrique et gros rock inesthétique, elle relâche à la face du monde du show-biz une rancœur accumulée depuis trop longtemps : America’s Sweetheart semblerait alors se présenter comme un exutoire de celle qui aurait pu être la reine du rock, si on y ajoutait Hold On To Me, ballade bateau dédiée à sa fille… dommage que l’émotion y soit factice.
Deux grosses tâches, But Julian I’m A Little Bit Older Than You (dédiée au chanteur des Strokes) et Zeplin Song (dédiée à vous-savez-qui) tirent l’album vers le bas, mais deux petits bijoux (toujours aussi crades cependant, on est bien d’accord) rattrapent le coup. Ces morceaux, ce sont Uncool, pseudo ballade désillusionnée teintée de pop électrique, et le très intense Life Despite God, où Courtney, dans un élan de lucidité tragique, porte un regard cynique et désespéré sur sa propre condition : ça marmonne, ça gueule et ça chiale aux sons d’un orgue funèbre et d’une gratte massacreuse, et le tout se mélange et se déchire en une orgie sonore à la beauté sombre et violente.

America’s Sweetheart, c’est le rock pour le rock, une réelle fragilité déguisée en agressivité et une bonne dose de provoc’ pour faire tenir le tout ensemble, mais pourvue d’une production en réel décalage avec la direction que voulait prendre son auteur.
Linda Perry, la productrice qui s’occupe du second album de Courtney Love, a dit « Cet album est à chier. Courtney le sait. Le monde le sait ».
Je relativiserai plutôt en disant qu’America’s Sweetheart est en fait un album potentiellement énorme sur lequel le sort s’est acharné pour en faire, au mieux, un album de rock aseptisé banal et plutôt moyen.

2,5/5

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1. Mono
2. But Julian, I'm A Little Bit Older Than You
3. Hold On To Me
4. Sunset Strip
5. All The Drugs
6. Almost Golden
7. I'll Do Anything
8. Uncool
9. Life Despite God
10. Hello
11. Zeplin Song
12. Never Gonna Be The Same



             



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