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Gil SCOTT-HERON - Pieces Of A Man (1971)
Par ONCLE VIANDE le 27 Mars 2010          Consultée 1769 fois

Un nouvel album de Gil SCOTT-HERON est sorti en février. Malgré quelques contretemps, il semble qu’il passera bien en France où une poignée de fidèles l’attendent avec impatience. Après tant d’années d’absence, l’évènement a son importance. C’est l’occasion d’évoquer ou de faire découvrir ce grand monsieur à travers ses albums-clé.

Gil SCOTT-HERON est reconnu pour être un précurseur du rap. Il a très tôt déclamé ses textes en public et popularisé le spoken word avec sa chanson « The Revolution Will Be Not Televised ». Résumer son travail à ce seul aspect serait réducteur. Le verbe est au centre de son œuvre mais n’en constitue qu’un élément, et sa musique mérite à elle seule le détour.

En 1970 il enregistre pour Flying Deutschman un premier disque, Small Talk at 125th and Lenox, où il récite ses poèmes accompagné de percussions. Un exercice habile mais d’un intérêt musical limité. Pour le mélomane, tout commence avec Pieces Of A Man. Sa collaboration avec son ami pianiste Brian JACKSON est décisive. C’est bien d’un duo dont il s’agit, JACKSON composant et arrangeant une partie du matériel. Les deux hommes façonneront une œuvre authentique et engagée, au carrefour de la soul, du jazz, du blues et du spoken word.

SCOTT-HERON donne ici une forme plus accessible à son art. Les textes sont toujours aussi forts mais font jeu égal avec la musique. « The Revolution Will Not Be Televised » est réarrangée pour l’occasion avec une section rythmique et une flûte. Plus musicale et plus groovy, c’est bien cette version qui mérite son étiquette de proto-rap. Ouverture choc qui met (déjà) en garde contre les dangers d’un monde virtuel. Ouverture trompeuse aussi, puisque le reste du disque propose une musique bien différente. Guitare rythmique, flûte et piano façonnent une soul sobre aux harmonies subtiles. Trois plages lorgnent également vers un jazz cool et atmosphérique où le chanteur n'est plus accompagné que par un piano et une contrebasse.

Pieces Of A Man porte un regard lucide sur la condition afro-américaine. Qu’elles soient chroniques, diatribes ou fictions, les chansons délivrent toujours un message. Même quand il parle à une femme, le chanteur délaisse le thème de l’amour pour évoquer les pièges du paraître et des jeux de personnalité (« When You Are Who You Are »). Le recours aux images amplifie la force des situations. L’auteur compare l’homme brisé à sa lettre de licenciement déchirée ou la drogue à un domicile, afin d’en souligner la dépendance et l’habitude. Certaines phrases sont dures. « Il n’y a pas de repos, sauf peut-être après la mort » ou encore « la vie est un cercle, et je dois continuer à tourner jusqu’à la chute ». SCOTT-HERON livre ses réflexions sur le temps, la mémoire et l’oubli, et s’interroge sur l’absurdité d’une société qui ne laisse aucune place aux différences (« The Needle’s Eye »).

Des mots réapparaissent tout au long du disque et forment un tissu d’images. Le cercle, le réveil, le matin, l’habitude, les aveugles, les chaînes… l’homme est un prisonnier. Prisonnier de ses peurs et de ses habitudes... prisonnier de sa couleur surtout. Il faut attendre la toute fin du disque pour que le mot « black » soit enfin prononcé (« les bébés noirs sont enchaînés dès l’utérus ») et nous rappeler une évidence que nous avions presque oubliée. Au milieu de cette grisaille urbaine, deux rayons de soleil réchauffent les cœurs et les esprits; les enfants, dont l'éducation prépare le monde de demain (« Save The Children ») et des êtres de lumière qui ont su exprimer ce qu'il y avait de plus grand en l'homme (« Lady Day and John Coltrane »).

Le ton de Gil SCOTT-HERON ne triche pas. Il nous parle avec simplicité, justesse et une vibrante émotion que sa voix parvient à peine à contenir sur « Or Down You Fall ». Il connaît les maux de ses semblables dont il ne se dissocie jamais (« et tu sais que je ne suis qu’un homme ») et sait que la compréhension est le plus grand des réconforts. George Duhamel écrivait « ce n’est pas en dépréciant la douleur de l’autre qu’on le console, mais bien en la lui montrant belle et grande ».

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   ONCLE VIANDE

 
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- Gil Scott-heron (guitare, piano, chant)
- Johnny Pate (direction)
- Brian Jackson (piano)
- Ron Carter (basse)
- Pretty Purdie (batterie)
- Burt Jones (guitare électrique)
- Hubert Laws (flûte, saxophone)


1. The Revolution Will Not Be Televised
2. Save The Children
3. Lady Day And John Coltrane
4. Home Is Where The Hatred Is
5. When You Are Who You Are
6. I Think I'll Call It Morning
7. Pieces Of A Man
8. A Sign Of The Ages
9. Or Down You Fall
10. The Needle's Eye
11. The Prisoner



             



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