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IRON BUTTERFLY - In-a-gadda-da-vida (1968)
Par DARK PANDA le 3 Août 2010          Consultée 2539 fois

Une voix rocailleuse, à la fois flegmatique et puissante, vous fait tressaillir... des mélodies labyrinthiques embrassent votre âme, un spectaculaire solo de batterie vous assomme continuellement, des couleurs vives parcourent vos rétines rougissantes et un sentiment extatique de noyade vous empêche de réfléchir convenablement ? Le diagnostic est simple : vous avez découvert In-a-gadda-da-vida d'IRON BUTTERFLY. En soi, ce n'est pas bien grave. Plutôt réjouissant, même. Mais, dites-vous, le son entêtant des guitares vous poursuit jusque dans votre sommeil et vous n'arrivez pas à les fuir... N'ayez crainte, c'est tout à fait normal. On touche là à de l'acid rock, courant du rock psychédélique fourmillant des mêmes sonorités hypnotiques et déjantées que son grand frère mais en plus erratiques et névrosées, plus acides en somme. Quelque chose qui retourne et bouscule l'être mais qui n'est pas létal, soyez rassurés. Selon certaines hypothèses, l'album se serait écoulé aujourd'hui à plus de trente millions d'exemplaires, dont plus de huit rien que dans l'année de sa sortie - ce qui en fait d'ailleurs le premier disque de platine de l'histoire de l'industrie musicale ! -, et aucun décès du à son écoute, même intensive, n'a été enregistré. Mais faites attention, vous pourriez y prendre goût...
Laissez-moi donc vous décrire le produit en détail, afin de libérer votre esprit de l'angoisse : In-a-gadda-da-vida, c'est une explosion jouissive dans l'histoire du rock psychédélique, un miracle du XXème siècle créé en juillet 1968, un an tout juste avant le gargantuesque rassemblement du festival de Woodstock. Et comme tout le monde le sait, il y a un avant et un après le festival de Woodstock. Si IRON BUTTERFLY se situe de fait juste avant, et peut ainsi être vu comme l'un des instigateurs philosophiques et musicaux des quatre jours de concert, les mauvaises langues objecteront que le "Papillon de Fer" aurait pu se situer ni avant ni après, mais "pendant" : le groupe avait en effet une place de choix dans la programmation du festival... mais a été bloqué dans les embouteillages et, s'étant vu refuser un hélicoptère, n'a jamais pu rejoindre le site des festivités ! Toujours est-il que leur second album, après un premier essai intitulé Heavy sorti la même année, a reçu un accueil phénoménal et est resté à jamais gravé dans la mémoire collective grâce à son morceau éponyme, "in-a-gadda-da-vida", une piste de 17 minutes aux paroles austères et à l'épique solo de batterie - dont le mythe voudrait qu'elle ait été composée durant un tour de chauffe de la bande. Un bien pour un mal, puisque les cinq autres titres de l'album sont bien moins connus et pourtant tout aussi virtuoses.

A commencer par le morceau d'introduction, "Most anything that you want", qui démarre sur les chapeaux de roue dans un aplat de musique proprement psychédélique : le rythme est frénétique, le clavier cinglant et omniprésent, la voix brûlante. Et lorsque la guitare balance quelques notes célestes au milieu de la chanson, rejointe par des chœurs solaires, on décolle immédiatement au septième ciel par une montée d'acide orgasmique. La seconde pièce, "Flowers and beads", est exactement du même acabit. Toujours joviale, tressée de chœurs langoureux et d'une mélodie planante cette fois exécutée à la guitare, elle symbolise par ses paroles, son humeur et ses sonorités toute l'essence du registre musical psychédélique : on y sent l'usage intensif des drogues hallucinogènes, au travers d'un son féérique d'une grande immédiateté et une structure rythmique joyeuse de simplicité, recouverte de paroles gorgées d'amour et de paix - et même plus que de la paix, un message anti-guerre affirmé.
La piste suivante est résolument moins dansante. Hommage du chanteur et claviériste du groupe, Doug Ingle, à l'un de ses amis mort tragiquement, la pièce suinte d'une douleur sourde exprimée par un chant torturé et une mélodie hypnotique. Le moindre son semble s'y déployer pour faire mal, à l'image du riff de guitare presque reggae et de la batterie résolument incisive.
Suit "Termination" et ses plages de guitare "Morriconiennes" : les paroles, bien qu'inspirées de la confrontation opposant le héros grec Hercule au chant meurtrier des sirènes, semblent tout aussi bien décrire le "high trip" céleste et hallucinatoire d'un membre de la formation sous LSD : "Gliding through skies/Voices keep calling, Fear has been stricken/the end will come soon", lâche ainsi le chanteur avec fatalité.
A l'arrivée du cinquième titre de l'album, "Are you happy", l'aspect résolument électrique, voir métallique du son estampillé "IRON BUTTERFLY", qui fait frétiller les tympans et assoit avec beaucoup de pertinence les envolées psychédéliques de l'instrumentation, explose littéralement. Écoutez donc ce riff imprenable, qui suit la décharge introductive de la batterie et les notes decrescendo du synthétiseur ! Une monstruosité acide et jubilatoire que l'on retrouve plus loin dans le morceau, lorsque la guitare se noie dans un magma de distorsions vénéneuses.

Guitares grésillantes et dissonantes, batterie lourde, rythmique toujours appuyée, le son si métallique d'IRON BUTTERFLY semble ne pas avoir été introduit par hasard avec l'album Heavy, au nom évocateur : plusieurs revues comme Rolling Stone attribuent la paternité du heavy metal aux « Papillons de fer ». Billevesées incongrues et grotesques supputations, rétorqueront les amateurs du genre, qui argueront à raison qu'IRON BUTTERFLY officie dans un registre purement psychédélique. Il est cependant aisé d'observer, par une oreille attentive, que leur travail musical, notamment au niveau des guitares - souvent saturées -, accouche d'un son beaucoup plus "lourd", c'est à dire plus "heavy" que les autres productions du genre à l'époque. Citons à titre d'exemple Jefferson Airplane et les premiers albums de Pink Floyd, à la technique beaucoup plus délicate et satinée.
Mais reprenons notre route, car le voyage n'est pas terminé, loin de là. La pièce maîtresse, éponyme et bonne dernière de l'album, manque encore à la description. De fait, analysons sans attendre celle que l'on peut qualifier sans crainte de symbole ultime et intarissable de l'acid rock : très longue, terriblement entêtante, noyée de solos baroques, elle suinte d'une improvisation géniale et consacre le sens artistique, voir révolutionnaire, de ses auteurs. Car planter, en 1968, trois minutes de batterie frénétiquement martelée en plein milieu d'une chanson de 17 minutes est au pire audacieux, au mieux complètement dingue. Mais l'époque sied pleinement à ce genre d'expérimentation, et celle-ci est tout simplement jouissive. Cet interlude effréné de tambours ne saurait pourtant résumer à lui seul le morceau, puisqu'un synthétiseur transformé en épique orgue d'église et une guitare surchargée d'émotion s'en donnent eux aussi à cœur joie, achevant de construire l'odyssée spirituelle et musicale qu'est "in-a-gadda-da-vida" (déformation, sûrement sous acide, de "In the Garden of Eden").

Une certitude, donc, ces quatre musiciens sont bourrés de talent. Le travail féérique de Doug Ingle au synthétiseur sur "Most anything you want", mêlé à son chant intense, la guitare aigre et mordante d'Erik Brann sur "Are you happy", les prouesses du batteur Ron Bushy sur "in-a-gadda-da-vida" ou encore la précieuse profondeur apportée par la basse de Lee Dorman sur "My Mirage" donnent une merveilleuse mesure de leur énergie et leur génie. Et font de cet album un manifeste éternel de la culture psychédélique.

"I just wanna make you happy, That's all I'm trying to do", chante avec fureur Doug Ingle sur la première piste. J'aimerais pouvoir lui dire, la larme à l'oeil : "mec, tu as réussi".

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- Doug Ingle (chant principal, claviers)
- Ron Bushy (batterie)
- Lee Dorman (basse, chant)
- Erik Brann (guitare, chant)


1. Most Anything You Want
2. Flowers And Beads
3. My Mirage
4. Termination
5. Are You Happy
6. In-a-gadda-da-vida



             



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