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ROCK-FOLK CELTIQUE  |  STUDIO

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- Membre : Alan Stivell , Keris, Michel Santangeli , René Werneer

YS - Madame La Frontière (1976)
Par MARCO STIVELL le 3 Septembre 2010          Consultée 3042 fois

Nom singulier que Ys. On se doute bien que cela ne peut pas être français, et pourtant c'est un nom significatif d'une ou même de plusieurs histoires qui se sont déroulées sur l'un des sols qu'englobe la France. Il s'agit tout simplement d'une légende bretonne. Ys serait (certains disent était) une cité orgueilleuse rappelant le style Sodome et Gomorrhe de la religion judéo-chrétienne, mais du côté celtique, et dont la population en proie au péché aurait été (ou fut) punie non pas par le feu comme les deux autres villes susdites, mais par l'eau. Engloutie par les flots donc. Une histoire qui aura marqué les esprits, et l'un des premiers artistes à s'en être inspiré est sans doute Alan STIVELL, sur son album Renaissance de la Harpe Celtique sorti fin 1971. Entièrement composée par lui-même, cette pièce est l'un des emblèmes de sa carrière, mêlant plusieurs instruments et sons parmi lesquels la relation magique harpe-eau de mer.

Mais il n'y a pas que cela, et il n'est guère incongru de reparler de l'importance d'Alan STIVELL car YS, le groupe cette fois, a été formé par des musiciens qui l'ont accompagné. Mis à part le guitariste Pierre CHERÈZE - dont on n'a curieusement pas de photo sur le verso de la pochette et qui ne chante pas ici, contrairement aux autres -, les René WERNEER, Michel SANTANGELI, Pascal STIVE et Jacky THOMAS sont tous issus de la formation mythique d'Alan STIVELL au début des années 70. Ce dernier s'étant orienté vers d'autres projets après la tournée immortalisée par le live E Dulenn en 1975, les quatre musiciens forment ce groupe, YS, et publient ce premier, et hélas, unique album l'année suivante. En ce qui concerne le disque, Madame la Frontière possède un titre et contient des textes français, mais n'en est pas moins un album de rock-folk celtique endurci.

C'est le violon de René qui ouvre le disque, en jouant un reel (danse rapide nordique) sur la rythmique très punchy de Jacky et Michel. Les autres instruments arrivent ensuite, Pierre CHERÈZE lançant un bon petit riff et Pascal soulignant le tout avec des lignes de piano et des phrasés d'orgue très bien faits. Le morceau "O'Connell Street" est plutôt entraînant et révèle l'énergie du groupe, sans toutefois trop se répéter. "Dentu Ganeme" arrive ensuite avec sa mélodie au piano électrique Fender Rhodes, vite rejoint par les autres instruments. C'est la première chanson de l'album, interprétée par Michel qui s'en sort ma foi très bien. Selon les notes, c'est une chanson d'amour aux accents quelque peu érotiques, dans un registre poétique et courtois. La mélodie est simple mais très jolie, et le tout reste superbement orchestré, avec le violon, la guitare et la basse qui s'entremêlent. Un premier tube ? "Madame la Frontière", histoire carrément sordide cette fois, est chantée par la belle voix de René avec choeurs de Pascal, et repose elle aussi sur une orchestration solide (avec participation de Gabriel YACOUB - lui aussi ancien accompagnateur d'Alan STIVELL, à la guitare acoustique), une mélodie très prenante et une fin instrumentale puissante, René jouant même du... cromorne ! "Captain O'Kane" est un "slip jig" non chanté un peu plus acoustique au départ, René, révélant là encore ses talents de multi-instrumentiste, dégainant cette fois la flûte irlandaise. Ensuite Pascal, changeant le rythme en le rendant binaire, offre un motif de synthé tandis que le violon joue par-dessus. La fin revient à un rythme ternaire et un style plus électrique avec guitare et violon à l'unisson et toujours la rythmique bien adaptée. Jacques HIGELIN a été invité à l'accordéon sur ce titre, mais j'avoue que je le cherche encore... On termine cette première partie avec une magnifique chanson douce, interprétée par Pascal (dont la voix comporte un timbre juvénile loin d'être désagréable) en français pour l'unique fois de l'album. Il s'agit d'une complainte en fait. Les claviers sont à l'honneur, mais les autres instruments ne sont pas en reste. Michel fait même des roulements qui ne dénotent pas du tout. Un autre tube potentiel...

Presque à l'image du Chemins de Terre d'Alan STIVELL, le disque est partagé entre une face celtique "itinérante" (la première) et une autre un peu plus enracinée dans l'esprit rock bretonnant (la seconde donc). Il n'y a qu'à voir le premier titre, "Ag Arlane", chanté en kan ha diskan - technique de chant et déchant - par René et Jacky et puissant notamment sur son motif instrumental. "O Ya Laret Em Eus", dont le chant est tenu par Jacky est une magnifique gwerz (complainte bretonne) acoustique avec guitare, basse, claviers et dulcimer - ce dernier étant joué par, je vous le donne en mille... René, once more ! - en parfaite harmonie, tandis que Michel fait vibrer ses cymbales. "Carolan's Farewell", introduite au faux clavecin, rappelle la musique baroque... Le violon arrive ensuite pour égayer le tout et cette petite récréation se révèle très agréable. "Ar Gohoni" est chantée elle aussi en kan ha diskan par (dans l'ordre) Jacky et René. Elle évoque un autre sommet du genre, à savoir le "Metig" arrangé par Alan STIVELL (album Chemins de Terre). En plus, il y a la partie instrumentale avec le violon et la guitare électrique, excellente également. Enfin "Ystor", consacrée à la légende d'Ys est la seule véritable curiosité de l'album, le violon alto, la guitare, la basse, les claviers, les percussions et cymbales tissant des ambiances magiques en improvisant quelque peu, tout cela par-dessus des séquences sonores aquatiques. Il y a des crissements et "miaulements" qui ne sont pas sans rappeler le délire cacophonique "The Waiting Room" de GENESIS, sur leur album The Lamb Lies Down on Broadway sorti deux ans plus tôt ! Les instruments finissent par se rejoindre pour un thème commun et nettement plus facile à discerner. Une partie très forte d'ailleurs, notamment lorsque rentrent les nappes de synthétiseur. Bien que très différent du reste de l'album, c'est une franche réussite là aussi, et qui s'intègre très bien après tout le reste.

Que voilà un excellent album, sans temps mort en ce qui concerne la qualité et avec des musiciens (y compris quand ils chantent) à leur meilleure forme, rappelant aisément celle qu'ils avaient lorsqu'ils jouaient avec Alan. En comptant Pierre CHERÈZE, quatre d'entre eux se retrouveront pour un nouveau disque, avec un autre nom de groupe. La seule chose que l'on peut regretter avec Madame la Frontière, c'est qu'il n'ait jamais été réédité en CD, ce qui en fait alors un bel objet pour collectionneur de vinyles...

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   MARCO STIVELL

 
  N/A



- René Werneer (chant, violon, violon alto, cromorne, flûte irland)
- Michel Santangeli (chant, batterie, percussions)
- Pascal Stive (chant, claviers)
- Jacky 'blet' Thomas (chant, basse)
- Pierre Cherèze (guitares)
- Jacques Wiederker (violoncelle)
- Gabriel Yacoub (guitare acoustique)
- Jacques Higelin (accordéon)


1. O'connell Street
2. Dentu Ganeme
3. Madame La Frontière
4. Captain O'kane
5. Comment Vouloir Qu'une Personne Chante...
6. Ag Arlane
7. O Ya Laret Em Eus
8. Carolan's Farewell
9. Ar Gohoni
10. Ystor



             



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