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POST-ROCK / KRAUTROCK  |  STUDIO

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- Style : Elektro Guzzi

TO ROCOCO ROT - Speculation (2010)
Par STREETCLEANER le 16 Août 2010          Consultée 1271 fois

TO ROCOCO ROT est un groupe berlinois qui s’est formé au milieu des années 90, fondé par les deux frères Lippok (Robert à la guitare et aux claviers, et Ronald aux percussions et à la batterie) et Stefan Schneider, ce dernier officiant à la basse. Si le nom du combo semble quelque peu mystérieux, il faut y voir d’abord une figure de style puisqu’il s’agit d’un palindrome (1). Classé souvent en post-rock électronique, les allemands ont été largement influencés par la scène krautrock et notamment CAN, KRAFTWERK et NEU ! On pourrait même envisager de classer le groupe en post-krautrock ou neo-krautrock. Mais on précisera plus simplement que le groupe, dans ses compositions, oscille entre des albums teintés post-rock (le premier album .cd de 1996 par exemple) ou à dominante bien plus électronique (The Amateur View, de 1999) même si les deux registres sont régulièrement entremêlés.

Avec Speculation, leur dernier album (purement instrumental) en date, les Allemands continuent leur exploration musicale, jouant toujours avec le curseur de l’équilibre organique/synthétique afin de le placer selon leur humeur du moment. Un équilibre qui ne signifie pas forcément parité ou égalité de ces deux faces puisque sur Speculation c’est le côté rock et acoustique qui prédomine franchement, avec d’entrée de jeu, sur « Away », les guitares et la basse qui s’imposent. Ce premier morceau est construit sur une ligne de basse puis un riff hypnotique de guitare (à laquelle vient se joindre une seconde guitare), une guitare qui finit par emmener le morceau dans une -légère- déstructuration en réalité pas inattendue, question de dire que l’humain et l’organique se tailleront ici la part belle. Et qu’au passage on célèbre également l’esprit d’improvisation du krautrock des 70’s. La batterie plus énergique de « Seele », l’apparition des cymbales et bronzes, percussions, la basse, le piano aux touches pleines de réverb', le tout baignant dans une espèce d’énergie free-jazz, ne feront que renforcer ces aspects. Mais déjà on remarque que là où The Amateur View s’attachait par exemple à nous transporter dans des mélodies minimalistes et électroniques, les atmosphères jazzy ou organiques sont ici amplement privilégiées. Bien entendu, certains titres comme « Horses » apportent leur lot de petites mélodies synthétiques lumineuses et entêtantes. Mais, malgré tout, la guitare acoustique et la section rythmique traditionnelle prédominent et finissent par faire oublier le séquenceur (notamment sur le coloré et exotique « Forwardness », ou l'ambient « Horses » à la basse chaude qui constraste avec le froid de l'électronique), un séquenceur d’ailleurs plutôt assez effacé. « Working Against Time » en est un autre bon exemple de ces motifs répétés par la guitare, motifs qui s’avancent de manière quasiment robotique et qui finissent par pénétrer l’esprit de l’auditeur pour s’y incruster durablement. Au passage, on remarquera une belle symbiose avec le jeu de basse.

Si tous ces titres se révèlent être plutôt fort appréciables, j’avoue avoir un petit coup de cœur plus marqué et personnel pour « Ship » et « Bells », deux titres qui mettent plus encore l'accent sur des atmosphères psychédéliques ou planantes, emportant notre esprit un peu plus profondément dans des ambiances enfumées qui n’auraient pas été reniées par quelques hippies aux esprits égarés. Et par la même occasion les racines du krautrock se rappellent à nous par le biais de ses effets hypnotiques, ceux qui sont censés élevés l’âme, l’alléger, nous aider à perdre nos repères trop terrestres. La guitare porte en elle une légèreté irréelle, apaisante. La vie ralentit, notre esprit aussi, les volutes de fumée montent lentement pour former dans l’air chaud des représentations ou motifs constamment changeants. Et nous laisserons le soin de leurs interprétations à nos cerveaux divagants. Finalement, ce Speculation n’est rien d’autre qu’une proposition ambiante à destination de l’esprit fatigué de ce monde. Speculation c’est un voyage, une parenthèse bienveillante, sereine, légère comme les sons des cloches de « Place It » qui ne souhaitent que notre endormissement. En tout cas c’est, à mon avis, de cette manière qu’il convient d’aller à sa rencontre. Question aussi de dire qu’il faut soigner l’angle d’abordage de ce disque afin de ne pas renoncer trop facilement aux premières écoutes. La longue et dernière plage du disque (plus de 10 minutes), « Fridays », nous enfonce un peu plus profondément dans des songes expérimentaux en clair obscur (et hallucinogènes) dirigés en sous-main par un orgue, et là également chacun s’essayera à retrouver ses inspirateurs des 70’s (CLUSTER ?). Que ceux qui veulent tenter un voyage « krautrock revival » s’essayent donc à ce Speculation, un album qui ne devrait pas décevoir, largement plaisant, addictif, et sans faiblesse notable, mais qu’il conviendra à mon sens d’appréhender à travers une fenêtre largement atmosphérique, voire ambiante, puisque Speculation se veut dans l’ensemble reposant, léger, et souhaite nous faire oublier nos soucis quotidiens.

Note réelle : 3.75/5.

(1) mot ou groupe de mots qui peut se lire indifféremment de gauche à droite et de droite à gauche.

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- Robert Lippok (séquenceur, ordinateur)
- Ronald Lippok (percussions, batterie, piano)
- Stefan Schneider (basse, synthés, guitare, piano)
- Jochen Irmler (orgue sur fridays)


1. Away
2. Seele
3. Horses
4. Forwardness
5. No Way To Prepare
6. Working Against Time
7. Place It
8. Ship
9. Bells
10. Fridays



             



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